Pascal Légitimus : « Je n’ai qu’un seul problème dans la vie, celui d’être de forte pigmentation »

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Pilier des Inconnus, l’humoriste a de nombreuses cordes à son arc. Celle de l’auteur – à succès – fonctionne bien avec son livre L’Alphabêtisier.

On ne présente plus Pascal Légitimus. Avec Bernard Campan et Didier Bourdon, ils ont posé les fondations d’un mythe au début des années 1990, celui des Inconnus. Trente ans plus tard, leurs créations tournent encore en boucle sur les chaînes de télévision. Les trois humoristes ont également volé de leur côté. Comédien, metteur en scène, Pascal Légitimus est également, depuis peu, un auteur à succès. Son livre L’Alphabêtisier (avec Gilbert Jouin, aux éditions Michel Lafon) connaît toujours un immense succès.

Êtes-vous encore étonné par le succès de votre livre?

Je ne m’attendais à rien car je suis un novice dans le livre. Quand je l’ai fait, je voulais qu’il fasse surtout réfléchir, il a une portée philosophique. J’ai fait différents salons du livre, quand on pouvait encore en faire et j’observais souvent la même chose lors des dédicaces. Les gens ouvraient le livre et puis ils riaient, ils souriaient et, enfin, ils réfléchissaient. Ce n’est pas quelque chose d’autobiographique, il est intemporel. On a été surpris par le succès car on en a vendu près de 500 par semaines à un moment donné, le bouche-à-oreille a été très important aussi.

La langue française est un support inestimable au final.

C’est une langue qui mute depuis des siècles, qui s’est inspirés qui se nourrit, encore aujourd’hui, de nombreuses choses, de la banlieue, de son époque, de l’Afrique du Nord à un moment donné, etc. Les auteurs ont été les premiers à adapter la langue, Molière, Racine, Feydeau. J’ai simplement utilisé la langue et je l’ai détournée. Je fais rire les gens en rajoutant une lettre et, au final, sur certains mots, on se dit que c’est logique

Quel mot de votre livre aimeriez-vous voir rentrer dans le dictionnaire

Il y a déjà « bouleversifiant » que l’on avait inventé du temps des Inconnus. (Rires) À l’époque, on avait aussi mis au goût du jour une manière de parler dans le sketch des Pétasses, par exemple. Ma plus grande fierté serait que l’Académie française adoube l’un de mes mots. J’y crois, je ne perds pas espoir

C’est un besoin d’écrire?

Tant que le monde va mal, on a envie d’écrire. Et le monde est anxiogène, les gens souffrent, sont malades. Le monde va mal mais ça se sait de plus en plus, ce n’était pas le cas avant. Alors dans ce marasme, le comique a une fonction sociale. On a un rôle à jouer, il faut « desanxiogéniser » les gens car le bien-être permet de renforcer notre défense immunitaire, c’est scientifique. Il faut incarner ce contrepoids et prendre la parole. Surtout en ce moment où les Français ne sont pas forcément très solidaires entre eux…

Si nos créations tournent encore sur les télévisions et trouvent un public, c’est que c’est possible. On devrait sans doute le faire avec un autre papier cadeau mais le message resterait le même. On a conscience qu’il y a plus de censure actuellement, plus d’autocensure aussi. Nous, on n’a jamais été dans l’agressivité, on parlait à travers des personnages, ça nous mettait une forme de barrière. Mon livre est un peu dans ce moule aussi, c’est un autre moyen d’expression.

Vous multipliez les moyens d’expression entre la télévision, le cinéma et les livres.

Ce qui compte, c’est la résonance sociale. Faire rire pour faire rire, ça ne m’intéresse pas. Il faut un message. Récemment, j’ai fait un sketch sur Daesh dans mon spectacle et on me demandait si c’était une bonne idée… Du coup, je l’ai essayé hors de France pour me rendre compte. C’était quelque chose de simple, je parlais d’un Club Med rebaptisé Club Médina dans lequel on recevait un cocktail Molotov de bienvenue. Un chef de village prenait la parole et vantait les bienfaits des fruits comme la grenade car c’est antioxydant et que les filles avaient un cours de voile car l’idée du club, c’était de s’éclater.

Ça a très bien fonctionné, il suffit de trouver la forme. On reproche beaucoup l’utilisation des accents qui pourraient participer à une banalisation du racisme. Je n’écoute pas ces gens-là. Ils n’ont pas le droit à la parole. J’ai toujours utilisé des accents depuis que j’ai débuté, l’humour c’est avant tout rire de soi-même. Quand on voit les chaînes d’informations continues qui tentent de mettre en place un climat anxiogène, il faut que ça cesse. Ils ne font pas de l’information mais de l’audimat, ce n’est pas la même chose. L’information est détournée. C’est comme sur une autoroute, quand il y a un accident, les gens ralentissent. C’est malsain. Si on n’aime pas un spectacle ou quelque chose, on ne regarde pas. Mais on ne demande pas son interdiction […]

Nouvel Obs