Pays-Bas : Le carrosse doré du roi ravive le débat sur le racisme

Le carrosse, appelé le « Gouden Koets », est au centre d’un débat sur l’esclavage et le racisme. En cause, une décoration sur son flanc gauche représentant des hommes noirs agenouillés devant leurs maîtres blancs, dont une jeune femme sur un trône représentant les Pays-Bas, à qui ils remettent du cacao et de la canne à sucre.

La dernière fois que le roi Willem-Alexander des Pays-Bas et son épouse Maxima se sont assis sur la banquette de leur carrosse doré, c’était un jour d’automne en 2015, lors de la cérémonie traditionnelle d’ouverture du Parlement. Près de six ans plus tard, le carrosse et le monarque étaient brièvement réunis jeudi dans un musée d’Amsterdam, où la somptueuse voiture à chevaux tout juste rénovée trône comme pièce maîtresse d’une exposition sur le passé colonial des Pays-Bas.

Sur la peinture, appelée « Hommage des colonies », on voit également un jeune homme blanc donner un livre à un garçon noir, une scène dans laquelle le peintre Nicolaas van der Waay a dit en 1896 avoir représenté la « civilisation ». Le carrosse, doré à l’or fin, utilisé par la famille royale pour des baptêmes, mariages et autres occasions, est devenu « un objet de controverse », affirme Margriet Schavemaker, directrice artistique du Musée d’Amsterdam.

Les représentations « dépeignant le passé colonial néerlandais met mal à l’aise un grand groupe de personnes aux Pays-Bas », explique Mme Schavemaker devant des journalistes.

« Perspectives divergentes »

Une restauration complète du carrosse a démarré en septembre 2015, peu après avoir transporté en grande pompe dans les rues de La Haye les membres de la famille royale jusqu’au parlement, lors d’une journée festive et traditionnelle sous les yeux d’un large public.

Le carrosse devait faire son grand retour pour les cérémonies officielles après avoir fait peau neuve, mais le gouvernement a décidé de marquer le pas à cause de la controverse, et a choisi de l’exposer au musée. Aux Pays-Bas, comme dans d’autres pays européens, le débat récurrent sur le passé colonial et l’esclavage a ressurgi après le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis.

Le sujet est actuellement abordé dans divers musées, dont le Rijksmuseum d’Amsterdam, qui a récemment ouvert une exposition intitulée « Esclavage ». Le carrosse doré est à voir jusqu’au mois de février au Musée d’Amsterdam, « pour que chacun puisse se faire sa propre opinion », indique Mme Schavemaker.

« Il doit y avoir une place pour des perspectives divergentes. Les gens ne seront pas d’accord les uns avec les autres », observe-t-elle. Cela ne veut pas dire que le musée est « neutre » dans le débat, souligne-t-elle. En 2019, il a officiellement abandonné l’utilisation du terme « siècle d’or », période de  prospérité néerlandaise grâce au commerce maritime aux XVIe et XVIIe siècles.

« Magnifique »

Le carrosse doré trône derrière une vitrine au centre du musée. Dans des salles attenantes sont affichées des opinions de différentes personnes sur la question et les origines de la voiture, offerte à la fin du XIXe siècle par les habitants d’Amsterdam à la reine Wilhelmina.

À l’époque, les opinions étaient déjà partagées sur la question de savoir si la famille royale devrait bénéficier d’un moyen de transport aussi opulent. « Les gens ne savent-ils pas que de tels carrosses, qui correspondaient aux idéologies d’il y a 100 ans et plus, ne conviennent plus à notre époque ? », écrivait le journal militant De Locomotief en 1896.

Le premier ministre actuel Mark Rutte a défendu la « magnifique » voiture. « Réécrire l’histoire en défigurant le Carrosse Doré, je n’y suis pas favorable », a-t-il déclaré, une citation affichée dans le musée. Tous les regards sont désormais rivés sur le roi. Décidera t-il de laisser le carrosse au garage, préférant utiliser son substitut, le carrosse de verre, moins cossu, utilisé ces dernières années ?

Le monarque de 54 ans a déclaré l’année dernière à la télévision publique NOS que le carrosse doré faisait « partie du patrimoine culturel néerlandais », mais qu’il était important de combattre la discrimination. « Je porte attention au débat, bien que je n’y participe pas », a-t-il ajouté. « Une fois que le carrosse aura retrouvé toute sa splendeur, nous déciderons des prochaines étapes à suivre ».

La Presse