Pessat-Villeneuve (63) : En 2015, le maire a décidé d’ouvrir les portes de sa commune à des migrants, après le démantèlement de la “jungle” de Calais

Lors de la réunion publique où il explique à ses administrés sa décision d’accueillir des migrants, le maire Gérard Dubois en prend “pour son grade”. Une mère de famille dit : “Ils vont violer mes enfants !” Finalement, “la mayonnaise a bien pris”…

Gérard Dubois, maire de Pessat-Villeneuve, dans le Puy-de-Dôme, un village de 650 habitants, a été bouleversé en 2015 par la photo du petit Aylan, cet enfant syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage de Turquie. Le gigantesque camp de migrants, appelé la “jungle” de Calais, est ensuite évacué par l’Etat. Il faut trouver des lieux d’accueil pour des centaines d’entre eux. Alors, il décide d’engager sa commune dans l’aide aux réfugiés, quitte à affronter l’hostilité de certains.

Cette commune faisant partie de l’aire urbaine de Clermont-Ferrand, en région Auvergne-Rhône-Alpes, se porte ainsi volontaire. Un premier bus arrive et se gare sur le parvis de la mairie, rebaptisé depuis Parvis des droits de l’Homme et des réfugiés : “C’était tellement évident. Quand j’ai vu ces jeunes descendre de ce bus, fatigués, apeurés, et on verra plus tard qu’ils étaient complètement dénutris…” se souvient l’édile pour le magazine “Nous les Européens“.

“On accueille des êtres humains. Point !”

“On est dans la presse dès le lendemain et on commence à avoir les premiers coups de fil à la mairie… des messages d’insultes, précise Gérard Dubois. Il est vrai que cela s’est fait confidentiellement, mais j’ai promis de donner des explications à la population sur ce cheminement qui nous a amené jusqu’à l’accueil. Lors de la réunion publique avec 300 personnes, c’est l’apocalypse. J’en prends pour mon grade. Une mère de famille me dit : ‘Ils vont violer mes enfants !’ Que répondre à ça, car je ne suis pas formé pour ce genre de réunions ‘punch line’ ? Je n’ai pas les réponses…”

“Et au milieu de la réunion, une personne dit tout simplement : ‘Comment vont-ils ?‘ raconte le maire à la journaliste Eléonore Gay. C’est un déclencheur, on est en train de s’intéresser à des êtres humains qui sont là. Les toubibs présents, qui les ont auscultés, ont témoigné des parcours. On avait la réalité, là, avec les marques de torture… On accueille des êtres humains. Point ! On parle d’une histoire simple et certains ont essayé autour d’en faire une mauvaise mayonnaise, mais elle a bien pris finalement. Elle est agréable et ça se passe très bien.” Depuis, le centre provisoire d’hébergement (CPH) a été pérennisé et 70 réfugiés y sont accueillis.