Poitiers (86): le mendiant roumain rackettait le sexagénaire handicapé

Le tribunal de Poitiers a condamné l’homme soupçonné d’avoir extorqué Jean-Paul.

Poitiers. Un malheureux sous curatelle était racketté par un mendiant. Celui-ci est parti en prison.

Jean-Paul est un personnage bien connu de la place du Marché-Notre-Dame, à Poitiers. Cet homme de 60 ans, sous curatelle et hébergé depuis trente ans par la communauté Emmaüs, a pour principale distraction de s’asseoir sur un banc et de regarder passer les gens.
Tous les mercredis, Jean-Paul a sur lui une petite fortune : les 40 € que lui remet pour sa semaine le directeur d’Emmaüs. Cette rente hebdomadaire n’a de secret pour personne et attise bien des convoitises dans le monde interlope de la rue. Régulièrement, ceux qui s’occupent de Jean-Paul sont obligés d’éloigner les quémandeurs plus ou moins insistants. Mais ils ignoraient la récente arrivée sur la place de Petru.
Petru Novacovici est un ressortissant roumain de 37 ans. Depuis des années, il voyage entre le pays natal et Poitiers où il s’adonne à la mendicité, ce qui en soi n’a rien de répréhensible. Informé de la bonne fortune hebdomadaire de Jean-Paul, Petru s’en va, le 19 mai dernier, lui raconter la misère de ses enfants, totalement inventés pour les besoins de la cause. Jean-Paul se laisse émouvoir : il remet la totalité des 40 € touchés le matin même.


Un passant intervient et prévient la police

Le mercredi suivant, Petru est de retour. Mais Jean-Paul qui n’a pu s’offrir pendant une semaine les menus plaisirs que lui permettent ses 40 €, est réticent. « Si tu me donnes pas les sous, je vais te mettre un coup de tête. » Le malheureux, qui a été battu durant toute son enfance, est terrorisé : il s’exécute.
La scène se reproduit les mercredis suivants. Par deux fois, malgré les menaces, Jean-Paul ne cède pas. Le 16 juin, Petru le secoue un peu et obtient ce qu’il est venu chercher.
Les 40 euros sont vite dépensés. Dès le vendredi suivant, Petru fait le siège de sa victime, qui n’a plus un sou sur elle. Mais l’attitude de Petru intrigue un passant, qui alerte la police et prend le sexagénaire sous sa protection. Petru Novacovici est interpellé un peu plus tard et renvoyé dès ce lundi devant le tribunal correctionnel.
Là, le prévenu, en dépit des accusations précises de la victime et du bon Samaritain qui l’a prise en charge, nie toute responsabilité : « Je n’ai pas fait ces choses-là. Je ne connais pas cette personne », traduit l’interprète qu’on lui a fourni.
Cette attitude agace tout le monde. À commencer par le bâtonnier Emmanuel Breillat à qui on a demandé de défendre le malheureux Jean-Paul : « C’est quelqu’un de particulièrement vulnérable. Il a peur. »
Le procureur Jean-Dominique Trippier s’interroge : « Sans l’intervention de ce passant, combien de temps cela aurait-il duré ? Le prévenu a eu un comportement de prédateur. » Il requiert dix mois de prison, dont quatre ferme et une interdiction du territoire français pour trois ans.
Le jugement est à peine plus clément : trois mois de prison avec mandat de dépôt à l’audience. À sa sortie de Vivonne, Petru Novacovici sera mis dans le premier avion pour Bucarest.

La Nouvelle République