Pont-à-Mousson (54) : Souleymane, le migrant soudanais devenu poète qui se rêve philosophe

Souleymane Mohamad, 23 ans, a déjà vécu plusieurs vies. De son enfance au Darfour, explosée à 9 ans par la guerre, à son installation à Pont-à-Mousson, où il travaille en intérim, il aura traversé plusieurs pays et affronté mille vents contraires. Notamment à Paris, où son expérience a inspiré un documentaire, Paris Stalingrad, sorti fin avril. « Mon université, c’est la route », confie celui qui écrit et se rêve en philosophe.

Souleymane Mohammad, jeune Soudanais réfugié en France, vit aujourd’hui à Pont-à-Mousson. A l’écran, on le suit entre campements de fortune, distribution de nourriture et quête administrative dans la capitale.

“Mon pays m’a condamné à l’exil”, explique Souleymane Mohammad dans le film “Paris Stalingrad” réalisé par Hind Meddeb et qui sort ce mercredi 26 mai au cinéma. Un documentaire tourné entre 2016 et 2018 dans le quartier du métro Stalingrad à Paris où se réfugient dans des campements de fortune des hommes et des femmes fuyant la guerre dans leur pays. 

Ils viennent de Somalie, d’Ethiopie, d’Érythrée, du Nigéria, d’Afghanistan, d’Iran, du Pakistan. Ou encore du Soudan comme Souleymane qui, après sa régularisation, vit depuis deux ans désormais en Lorraine : Nancy puis Pont-à-Mousson où il est employé dans une entreprise de travaux publics, à bientôt 24 ans.

Souleymane, à Paris filmé par Hind Meddeb
Souleymane, à Paris filmé par Hind Meddeb

Souleymane, jeté sur la route depuis l’âge de 13 ans. Son village du Darfour a été incendié, son père et son grand frère ont été tués par des milices. “C’était une famille d’agriculteurs”, précise Hind Meddeb. “Ils vivaient de la terre, ils étaient très heureux et ils n’ont jamais pensé à s’exiler. Il y a eu une politique terrible d’expropriation des terres au Soudan qui a été très longtemps le grenier de l’Afrique et c’est dans cette région qu’il y a eu le plus de guerres et d’expropriations. Plus de 300.000 morts, peut-être plus encore, avec des crimes contre l’humanité.”

Sur la route de l’exil depuis l’âge de 13 ans : “J’ai grandi tout seul”

Tchad, Niger, Libye. Puis Sicile, Italie, France. Nice, Marseille, Paris, Calais et retour à Paris. Cinq années d’exil et la force de rester en vie. “Sans famille, j’ai grandi tout seul”, confie à France Bleu Lorraine Souleymane qui a travaillé 40 mètres sous terre dans une mine d’or, réduit en esclave pour payer la traversée de la Méditerranée. 

Les campements de fortune à Paris, démantelés par la police (image du film Paris-Stalingrad)
Les campements de fortune à Paris, démantelés par la police (image du film Paris-Stalingrad)

Un vie sans répit et sans plainte. “Aujourd’hui, ça va. Demain, ça ne va pas. Après-demain, bien sûr ça va. Comme ça, je continue. C’est ça les lois de la vie.” Dans le film “Paris Stalingrad”, la caméra suit Souleymane avec ses compagnons d’infortune, en quête d’eau, de nourriture, de papiers. Expulsés de leurs tentes par la police et les agents de propreté de la capitale.

Souleymane, qui s’exprime en arabe dans le film, parle aujourd’hui français, continue d’écrire des poèmes, chante. Son rêve ? Devenir rappeur et raconter sa vie dans un livre. Sa quête ? Retrouver un jour sa mère et ses quatre sœurs dont il est sans nouvelle. “Elles doivent penser que je suis mort.”

Républicain Lorrain