Pont-Audemer (27) : La belle histoire de Mohamed Lamine Konaté, un Malien apprenti-boucher qui rêve d’ouvrir sa propre échoppe en Côte d’Ivoire ou, pourquoi pas, en France

En 2019, Mohamed Lamine Konaté a posé ses valises à Pont-Audemer. Après avoir obtenu un CAP boucherie, il prépare désormais un brevet professionnel.

C’est l’histoire d’un jeune homme courageux qui aspire à une vie meilleure. D’une voix calme et posée, Mohamed Lamine Konaté a accepté, la semaine passée, de ne nous retracer son parcours migratoire qui l’a mené jusqu’à Pont-Audemer (Eure). Petite ville normande dans laquelle il se sent apaisé et bien intégré. « Ma mère, qui est restée au pays, est fière de savoir que je fais tout pour m’en sortir », glisse-t-il avec conviction.

De la Côte d’Ivoire à Pont-Audemer

Mohamed Lamine Konaté est arrivé en France le 3 octobre 2017. Originaire du Mali et après avoir passé son enfance en Côte d’Ivoire, à Attécoubé, une ville située près de la capitale Abidjan, l’adolescent âgé à l’époque de 15 ans a quitté sa famille pour tenter d’accomplir son rêve :

Comme beaucoup de jeunes de Côte d’Ivoire, je voulais aller en Europe pour devenir footballeur professionnel. » – Mohamed Lamine Konaté

En Côte d’Ivoire, les jeunes gamins de son âge voient dans le football un moyen de s’émanciper et de fuir leur quotidien précaire. Pour eux, la seule solution est de rejoindre le continent européen : « En Côte d’Ivoire, financièrement, on vit avec le minimum. Il n’y a pas de perspectives pour les jeunes. Dans mon quartier, avec des amis, on n’arrêtait pas de jouer au foot. Je me suis aperçu que certains d’entre eux étaient déterminés à quitter le pays pour rejoindre l’Europe et espéraient être recrutés par des clubs. Aujourd’hui j’en connais certains avec qui je jouais en Côte d’Ivoire, qui jouent à Dijon ou en Espagne à Cadix et Saragosse. » Des étoiles plein les yeux, Mohamed Lamine veut lui aussi tenter sa chance.

Après avoir traversé le Mali, le Niger et la Libye en compagnie d’autres migrants, l’enfant d’Attoubé réussit à rejoindre l’Italie, puis la France, à la gare de Bercy.

« Contrairement à d’autres migrants, j’ai eu de la chance, car j’ai dormi seulement trois jours dehors. J’ai été recueilli par une personne qui m’a hébergé. » À son arrivée en France, l’adolescent est pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance.

Puis en 2019, il est accueilli à la maison familiale de Saint-Germain à Pont-Audemer, par le Service d’hébergement et d’accompagnement des mineurs non accompagnés (SHAMNA) : « Les éducateurs m’ont donné la confiance. Ce sont de belles personnes », déclare-t-il avec sincérité. Malgré l’amour qu’il porte pour le ballon rond, Mohamed Lamine s’aperçoit rapidement qu’il ne pourra pas faire carrière dans le football. « On m’a vendu du rêve. En Côte d’Ivoire, beaucoup de jeunes pensent qu’il est possible de devenir footballeur en Europe. »

Formé à la boucherie Lefrançois

Finalement, grâce au suivi du SHAMNA, le jeune homme réfléchit à un autre avenir professionnel. Pendant plusieurs mois, il effectue des stages dans des entreprises de Pont-Audemer, d’abord dans une boulangerie, une pizzeria et enfin dans une société de ferronnerie. Puis un jour, il pousse la porte de la boucherie Lefrançois, située rue de la République. « Je me suis présenté au patron en lui disant que je n’avais jamais travaillé dans ce domaine. En Côte d’Ivoire, j’avais malgré tout l’habitude de découper de la viande lors de la fête de la Tabaski*. Il m’a proposé un stage d’une semaine. Voyant que je me débrouillais plutôt bien, il m’a ensuite proposé un contrat d’apprentissage. »

En alternance à la boucherie de Pont-Audemer et au Centre de formation professionnelle (CFA) à Val-de-Reuil, Mohamed Lamine est motivé et se fait rapidement remarquer. L’an passé, il a décroché son CAP boucherie et a même été reconnu meilleur apprenti de sa promotion. Pour le féliciter, le jeune migrant, accompagné d’un autre apprenti de Normandie, a effectué le 19 mai dernier un stage à l’école nationale de boucherie à Paris. Depuis septembre, il prépare pendant deux ans un brevet professionnel, avant peut-être de réussir un projet qu’il nourrit depuis quelques temps :

Mon objectif est d’ouvrir ma propre boucherie en France ou en Côte d’Ivoire. » – Mohamed Lamine Konaté

* Fêtée deux mois et dix jours après la fête du Ramadan, la Tabaski, littéralement « fête du mouton », est célébrée chaque année par tous les fidèles musulmans.

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