Pont-Aven (29) : « Il tenait un crucifix entre ses dents, il avait l’air très pieux… », un érythréen embauché illégalement pour prendre soin d’une jeune Bretonne lourdement handicapée

Un habitant de Pont-Aven (29) comparaissait, ce jeudi 27 ocotbre, devant le tribunal correctionnel de Quimper. Ce dernier est soupçonné, avec son ex-compagne, d’avoir employé illégalement un jeune migrant pour s’occuper de leur fille handicapée.

L’affaire commence en octobre 2016, dans le 18e arrondissement de Paris : c’est là, dans le camp de migrants qui a pris place Porte de la Chapelle que Pierre (*), de Pont-Aven (29), rencontre Yonas, un migrant venu d’Érythrée : « Il tenait un crucifix entre ses dents, il avait l’air très pieux… Ça m’a marqué », se souvient le Finistérien. C’est là, entouré d’autres candidats à l’asile, qu’il fait à Yonas une proposition alléchante : l’emmener à Pont-Aven pour s’occuper de sa fille, lourdement handicapée, contre rémunération. Le jeune homme accepte et, pendant près de quatre ans, vit avec le couple à son domicile.

Des doutes quant aux intentions des employeurs

Mais en 2019, Yonas porte plainte : dans sa déclaration aux gendarmes, ce dernier affirme avoir travaillé sans rémunération et sans contrat de travail, d’octobre 2016 à décembre 2017. « Si j’étais dans votre situation, ce n’est pas forcément à la sortie d’un camp de migrants que j’irais chercher quelqu’un. Pourquoi ne pas vous être adressé à Pôle emploi, pour faire les choses dans les règles ? », questionne le président.

On a essayé, mais ça n’intéressait personne de travailler pour 921 € par mois. Et puis, je ne voulais plus avoir de chambres vides chez moi alors que certains en ont besoin… C’était une démarche humanitaire », se justifie Pierre. « Lui a expliqué aux gendarmes qu’il travaillait 7 J/7, de 5 h à 21 h, avec très peu de jours de repos… Pour une démarche humanitaire, c’est étrange, non ? », interroge encore le président. « La trahison est à la hauteur de la déception », concède Pierre. « Ou alors, lui rétorque le magistrat, vous avez considéré Yonas comme un larbin et derrière la démarche humanitaire, il y avait des intentions moins louables… »

Pas de contrat, pas de rémunération… pas de travail ?

Sur l’absence de contrat de travail, Pierre explique qu’il ne pouvait pas en rédiger un légalement tant que Yonas n’avait pas officiellement obtenu le statut de réfugié. « En attendant, il aidait aux tâches du quotidien, c’est tout. » Ce dernier versait, par ailleurs, chaque mois à Yonas la somme de 400 €, équivalente à l’allocation pour demandeurs d’asile. Reste, pour la procureure Marie-Noëlle Collobert, des zones sombres quant à l’embauche de Yonas : « Vous savez ce qu’est un Restavèk ? À Haïti, c’est lorsque les enfants pauvres quittent leur famille pour en rejoindre une autre dans l’espoir d’échapper à la misère. Finalement, ils deviennent des domestiques. Autrement dit, c’est de l’esclavage moderne ».

Dans sa plaidoirie, Me Le Lay, avocat de la défense, tient à rectifier la direction prise par l’audience : « Il y a une coloration très nauséabonde qui a été donnée à ce dossier. Le fond de l’affaire, ce n’est pas de savoir s’il y avait une manière plus académique d’embaucher quelqu’un, mais d’évaluer si un contrat de travail aurait dû être rédigé. À ce sujet, c’est parole contre parole ». Huit mois d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire ont été requis à l’encontre de Pierre et huit mois de prison avec sursis pour son ex-femme. Le jugement sera rendu le 24 novembre.

* Les prénoms ont été modifiés

Le Télégramme