Port-en-Bessin (14) : Le renfort bienvenu des marins pêcheurs sénégalais

Le manque de main d’œuvre est une réalité dans la pêche aujourd’hui. Sur la côte normande, depuis quelques années, des marins sénégalais embarquent sur les navires de pêche. A Port en Bessin, ils seraient même près d’une vingtaine sur les bateaux en pleine saison.

Ils sont venus du Sénégal, en passant par l’Espagne ou le Sud de la France. Des matelots sénégalais qui se sont faits une place sur les bateaux de Dieppe, Cherbourg, Saint Vaast-la-Hougue, Trouville-sur-Mer… ou encore à Port-en-Bessin (Calvados) où ils sont les plus nombreux. Nous avons enquêté sur ce phénomène des marins sénégalais installés depuis quelques années dans les ports de la côte normande.

Sur les bateaux et sur les quais de Port-en-Bessin, ils ne passent pas inaperçus. Mais on n’entend jamais parler d’eux. Ces marins pêcheurs sénégalais sont ici pour la saison de coquille Saint-Jacques ou bien pour pêcher du poisson sur des navires hauturiers. Ils sont payés à la part, comme les marins français.

Quelques-uns, très rares, ont été rejoints par leur femme mais l’écrasante majorité sont des hommes seuls. Présents en toute légalité, ils combinent souvent saison de pêche au thon en Espagne ou à Sète et saison de pêche en Normandie. Dans notre région, ils représentent une main d’œuvre bienvenue qui a pu sauver quelques saisons de coquille Saint-Jacques, comme l’explique Grégory Chitel, patron pêcheur.

La moitié de l’équipage sénégalais à bord d’un coquillard Normand, cette image est aujourd’hui banale. Mais il y a dix ans, les étrangers, et notamment les Africains, étaient rares sur les bateaux de Port en Bessin. Le tout premier, c’est Agnès Marie, mécanicienne à bord des bateaux et aussi épouse d’un armateur, qui l’a fait venir. En 2010, son mari peine à trouver des marins. Elle entend alors parler de Sénégalais qui pêchent le thon dans le Sud de la France. Mais Agnès Marie hésite. “On n’est pas raciste du tout, au contraire. On s’adapte et on tend la main à tout le monde. Mais Port-en-Bessin est une petite communauté. Et par rapport au regard des gens, on était en train de changer un système vers quelque chose qui n’avait jamais existé. On avait peur pour les gars, qu’ils ne s’entendent pas… Mais on a fait l’essai.

Quelques mois plus tard, il manque de nouveau un marin à bord du Jérémie Teddie. Cette fois, Agnès n’hésite pas. Elle demande aux Sénégalais de faire venir leur cousin, Bob.

Sénégalais et Normands, des liens aussi au quotidien

Bob Souleymane navigue à Port en Bessin depuis 10 ans maintenant… Entre temps, il a changé d’armement, mais des liens très forts se sont tissés avec le couple Marie qui l’aide notamment dans les démarches administratives et passe de nombreux moments avec lui. 

En faisant venir des marins musulmans, les Normands craignaient un choc des cultures… qui n’a jamais eu lieu pendant les 6 ans à bord du chalutier Jerémie Teddie. Tout le monde a fait un pas vers l’autre, dans le respect des traditions. 

Et une fois la marée terminée, que font ces marins ? Tous nous l’affirment : ils restent chez eux et ne sortent que pour faire des courses ou envoyer de l’argent à la famille restée au pays. Il veulent éviter tout conflit pour conserver leur travail, et garantir l’avenir des Sénégalais à Port-en-Bessin et sur toute la côte normande. 

11 mois sur 12 à bord des bateaux loin de leur famille

La grande majorité de ces marins passe donc 11 mois sur 12 à bord des bateaux européens loin de leur famille,  restée au Sénégal.

“C’est très dur”, reconnaît Ibrahim Cissé, marin-pêcheur sénégalais. “Normalement quand tu rentres du travail, ta famille, tes enfants t’accueillent. Mais bon c’est la vie. C’est dur mais il n’y a pas de choix”, nous déclare-t-il, résigné. Depuis dix ans, une vingtaine de marins sénégalais viendraient ainsi travailler sur les bateaux de Port-en-Bessin. Des allers et venues, au gré des saison de pêche, sans jamais faire de vague.