Portugal : L’identité du pays reste ancrée dans son passé colonial

L’identité nationale du Portugal reste ancrée dans son passé colonial, qui est lié au racisme dont sont encore victimes les personnes d’origine africaine, a affirmé mercredi un groupe d’experts des Nations unies après avoir visité le pays.

« L’identité portugaise continue d’être définie par son passé colonial, ainsi que par l’esclavage et le trafic d’Africains », a déclaré la responsable du groupe de travail de l’ONU sur les personnes d’ascendance africaine, Dominique Day, citée dans un communiqué.

En juillet, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a chargé ce groupe d’experts d’examiner « les causes profondes du racisme systémique dans l’application des lois et dans le système de justice pénale, du recours excessif à la force, du profilage racial et d’autres violations des droits de l’homme (…) à l’égard d’Africains et de personnes d’ascendance africaine ».

Au terme d’une mission organisée au Portugal entre fin novembre et début décembre, ces experts ont entendu de « nombreux témoignages crédibles » de ce type d’abus. Et, tout en saluant « le discours émergent au sujet du racisme systémique au Portugal et ses racines historiques », ils ont recommandé aux autorités de revoir la façon dont l’histoire du pays y est enseignée, afin de mettre en évidence le lien entre le passé colonial du Portugal et « les manifestations actuelles du racisme systémique ».

Percée de l’extrême droite

Ces sujets ont pris une importance croissante dans le débat politique portugais, alors que l’extrême droite a réalisé ses premières percées électorales après 45 ans de démocratie.

En janvier 2020, le député André Ventura avait provoqué un tollé en proposant que Joacine Katar Moreira, une parlementaire noire qui défendait la restitution d’œuvres d’art à d’anciennes colonies, soit « rendue à son pays d’origine » en Afrique de l’Ouest.

Le Portugal a conservé plusieurs colonies en Afrique, dont l’Angola et le Mozambique, jusqu’à la Révolution des Œillets de 1974 provoquée par un coup d’État militaire visant à mettre fin à treize années de guerres coloniales. Le Portugal avait auparavant joué un rôle clé dans le trafic d’esclaves africains, notamment vers le Brésil, devenu indépendant vis-à-vis de Lisbonne en 1822.

Le Quotidien