Portugal : Pour l’ancien ministre de l’Europe, « L’islam fait partie de l’histoire européenne et de sa culture, nous en avons besoin »

“L’histoire glorieuse de l’Europe […] J’espère qu’elle pourra être comprise, et que nous pourrons aboutir à une bonne relation avec l’islam et comprendre qu’il fait partie de l’histoire et de la culture européennes… dans les Balkans, en Espagne et dans d’autres régions, et maintenant dans de nombreuses villes européennes à forte densité de population”, a déclaré à l’agence Anadolu Bruno Macaes, qui a été ministre de l’Europe du gouvernement portugais entre 2013 et 2015, en marge du Forum diplomatique d’Antalya.

Il a ajouté : “Il ne s’agit donc pas d’une religion étrangère, elle fait partie de nous, et peut aider à restaurer quelque diversité et dynamisme en Europe. Nous en avons besoin.” L’islam, considéré comme la religion qui connaît la croissance la plus rapide en Europe, est présent sur le continent depuis le 8e siècle. Les musulmans ont établi une illustre civilisation en Espagne, puis se sont étendus vers le sud-est de l’Europe.

De nombreuses régions ont connu des massacres, des expulsions et des conversions forcées de musulmans, mais des éléments de leur civilisation et de leur culture, tels que l’architecture, la nourriture, la musique et la langue, ont subsisté.

Interrogé sur les propos controversés du président français Emmanuel Macron concernant l’islam, Macaes, actuellement conseiller principal chez Flint Global, a déclaré : “Ce n’est pas aux politiciens de décider si les religions sont en crise ou non, c’est à chaque religion de décider de son sort.”

L’année dernière, Macron a accusé les musulmans français de “séparatisme” et a décrit l’islam comme une “religion en crise.” Il a également défendu les caricatures blasphématoires représentant le prophète Mohamed.

S’agissant de la montée de l’islamophobie en Europe, Macaes a déclaré : “oui, c’est un gros problème, très préoccupant”, car il ne se limite pas à la France, soulignant le racisme et la haine envers les minorités dans des pays comme l’Autriche.

“En Autriche, il y avait cette idée d’avoir une loi contre l’islam politique et personne ne sait très bien ce que signifie l’islam politique dans la pratique”, a-t-il déclaré, ajoutant : “Ce qui m’inquiète, c’est que cela ne se limite pas à des incidents isolés, mais que cela vient parfois des politiciens eux-mêmes.”

– Relations transatlantiques

Alors que le président américain Joe Biden a récemment effectué une visite en Europe, Macaes a déclaré que les relations entre les États-Unis et l’Union européenne sont désormais “bien meilleures” que sous l’ère de l’ancien président Donald Trump.

“Ce n’est pas une surprise”, a-t-il déclaré, ajoutant qu’ils ont “une très bonne compréhension les uns des autres”.

Il a ajouté qu’après George Bush père, Biden semble être celui “qui apprécie le plus l’Europe et l’UE.”

Selon Macaes, les anciens présidents américains, dont Barack Obama, “nourrissaient des doutes à propos de l’Europe.”

“Il y a des questions difficiles à traiter, mais la tendance est de dire ‘nous avons des questions difficiles à traiter mais nous sommes animés d’un bon esprit'”, a-t-il expliqué.

Pour autant, a-t-il soutenu, l’Europe veut être plus “autonome pour développer ses capacités.”

“Il y a des questions commerciales et technologiques à résoudre. Il y a des approches légèrement différentes vis-à-vis de la Chine. Il y a donc, bien sûr, des questions politiques, mais l’esprit est très bon”, a-t-il déclaré.

– Les relations entre la Turquie et les États-Unis

Concernant l’avenir des relations entre la Turquie et les États-Unis après la récente rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et Joe Biden lors du sommet de l’OTAN du 14 juin à Bruxelles, Macaes a déclaré : “Étonnamment, meilleur que prévu”.

“Je pense que le premier signe était le processus de paix en Afghanistan et la façon dont la Turquie a été impliquée … les États-Unis semblent être très heureux de cela. Et puis cette réunion s’est également bien passée”, a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : “Biden a probablement compris que la Turquie est importante. Les États-Unis sont en pleine confrontation avec la Chine et la Russie, et il est important d’avoir la Turquie de son côté, ou du moins je pense qu’il y a cette idée à Washington que l’Amérique ne doit pas pousser la Turquie à se rapprocher de la Russie et de la Chine.”

Commentant le Forum diplomatique d’Antalya, un rassemblement de dirigeants politiques, de diplomates, de faiseurs d’opinion et d’universitaires, il a déclaré que ” la portée géographique ” du forum, allant de l’Afrique et de l’Amérique latine au Moyen-Orient et à l’Asie centrale, l’a impressionné.

“La Turquie est désormais très ouverte sur le monde, et pas seulement sur l’Europe, signe d’une nouvelle Turquie”, a-t-il déclaré.

Agence Anadolu