« Pourquoi fumer, c’est de droite » : Le cardiologue Olivier Milleron tord le cou aux fumeurs de gauche

Par la radiographie d’une industrie cynique et destructrice, Olivier Milleron dévoile l’intrication de l’histoire du tabac avec celle du capitalisme et du colonialisme. Car l’industrie du tabac participe au pire du capitalisme mondialisé, échappant au contrôle des états et des citoyens. Pour l’auteur, se réclamer de la gauche anti-capitaliste et fumer relève de la contradiction politique. Cet ouvrage pamphlétaire ouvre le débat.

Olivier Milleron est cardiologue à l’hôpital Bichat, à Paris. Mais il est aussi «militant du service public et ancien fumeur», et c’est surtout sous cette deuxième casquette qu’il s’exprime dans son essai Pourquoi fumer, c’est de droite (éd. Textuel, coll. Petite Encyclopédie critique). Dans cet essai, à la fois drôle et sidérant, Olivier Milleron s’attache à dénoncer l’industrie du tabac non pas d’un point de vue sanitaire mais politique. Le cardiologue s’étonne de voir que, dans les collectifs de gauche et syndicats qu’il fréquente, la question du tabac en tant qu’acteur du capitalisme n’est jamais soulevée.

Plus que n’importe quelle méthode de type Allen Carr pour arrêter de fumer, ce petit livre, qui dénonce cette «production déconnectée des besoins humains» et dont la seule ambition est la «recherche de profits quelles qu’en soit les conséquences» pourrait bien voir le nombre de ses lecteurs (et fumeurs) de gauche l’écraser une bonne fois pour toutes.

L’origine du mal

A ceux qui répondent, d’un air pénétré, que «de tout temps, l’homme a toujours fumé», Olivier Milleron remet les points sur les i : certes, le tabac était consommé en Amérique de façon rituélique depuis 8.000 ans, mais il est arrivé tardivement en Europe, adopté par les colonisateurs avant d’être consommé uniquement par les aristocrates dans les cours européennes.

Le tabagisme est une métaphore du capitalisme: production déconnectée des besoins humains, manipulations des consommateurs grâce à l’utilisation des moyens de communication modernes, recherche de profit et d’accumulation de capital comme principal et unique objectif, puissance financière permettant une influence médiatique, scientifique et politique qui met en danger la démocratie.»

Ce réquisitoire énoncé, Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat, à Paris, «ayant fréquenté nombre de groupes, collectifs, syndicats de gauche, et aussi beaucoup fumé», s’étonne de n’avoir jamais entendu dans ces cercles «ni d’appel au boycott des entreprises qui vendent du tabac ni de débat sur la nécessité d’arrêter de fumer pour des raisons politiques (et non médicales)».

(1) Pourquoi fumer, c’est de droite, par Olivier Milleron, Textuel, 160 p.

Dans un essai, le praticien, lui-même ancien fumeur, dénonce dans un mélange d’humour et de pédagogie l’histoire capitalistique de l’industrie du tabac. Efficace.

A l’appui de son argumentaire, l’auteur retrace l’histoire de l’industrie du tabac née avec la colonisation du Nouveau Monde, rentabilisée par l’esclavage et dopée par des publicités qui, en Europe, vantaient son «caractère thérapeutique». A l’époque contemporaine, c’est la «stratégie du doute» sur sa nocivité, instillée par des scientifiques financés par les majors du secteur, qui «a fait gagner quarante ans [aux vendeurs de cigarettes] avant d’être obligés de reconnaître publiquement la dangerosité du tabac».

Soulignant encore le travail des enfants auquel recourent les sociétés du secteur et «l’impact environnemental important» provoqué par le fumeur, l’auteur en conclut que «l’industrie du tabac collectionne tous les pires travers du capitalisme mondialisé». De quoi faire réfléchir les fumeurs, sympathisants de gauche comme de droite.

Le Vif