Pourquoi la députée LREM Sira Sylla veut faciliter les transferts d’argent vers l’Afrique

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L’élue a déposé en juillet une proposition de loi pour réduire le montant des commissions appliquées aux transferts d’argent.

Faut-il faciliter les transferts d’argent vers le continent africain ? Fin juillet, une polémique éclatait entre la députée LREM de Seine-Maritime Sira Sylla et des militants se réclamant de Génération identitaire.

Sur son compte Twitter, l’élue avait alors posté une photo montrant cinq manifestants présents devant sa permanence. «Aidez les Français, pas les Africains», pouvait-on lire sur une des banderoles déployées. Les manifestants dénonçaient notamment sa proposition de loi pour une défiscalisation des transferts d’argent vers l’Afrique.

Le Figaro a contacté la députée Sira Sylla afin d’aborder le sujet des transferts de fonds vers le continent africain. Une question qui reviendra à coup sûr dans le débat au cours des prochains mois. Une proposition de loi a en effet été déposée par la députée. Que propose-t-elle concrètement et pour quelles raisons ?

Sira Sylla – qui est membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale – avait initialement déposé trois amendements. Mais ces derniers ont été rejetés à l’occasion du troisième projet de loi de finances rectificative (PLFR 3) pour 2020, en juin dernier.

Dans ces amendements, la députée proposait des mesures de «court terme» afin de pérenniser les envois de fonds de particuliers vers l’Afrique dans le cadre de la crise du Covid-19. Il était notamment question d’instaurer un crédit d’impôt sur le montant des commissions dans une limite de 1000 euros envoyés ou encore que les transferts d’argent soient reconnus comme des dons (ce qui donne droit à une réduction d’impôt égale à 75% des versements), là aussi dans une limite de 1000 euros envoyés.

Les envois de fonds, une manne colossale pour l’Afrique

Pourquoi vouloir faciliter les transferts d’argent vers l’Afrique ? Rappelons tout d’abord que ces transferts, émanant de particuliers, sont une source de revenus majeure pour le continent.

«Les transferts de fonds représentent des flux très importants», nous indique une source au ministère de l’Économie. Au niveau mondial, selon cette même source, les transferts d’argent – lors d’une année «normale» comme 2018 -, s’élèvent au total à 530 milliards de dollars (environ 450 milliards d’euros), soit près de trois fois le montant de l’aide publique au développement !

Si on se concentre sur l’Afrique, les foyers du continent reçoivent chaque année environ 70 milliards d’euros de transferts d’argent de particuliers, à comparer aux 50 milliards d’euros d’aide publique au développement (55 milliards de dollars). Sur les 70 milliards de transferts de fonds privés, 12 milliards arrivent de France. Et sur ces 12 milliards, environ 40% sont à destination des pays du Maghreb.

Pour certains pays du continent africain, ces envois de fonds (venant du monde entier, et pas uniquement de France) représentent une part important du produit intérieur brut (PIB) : Sénégal (10% du PIB), Mali (6%), Maroc (6%), Tunisie (5%) ou encore Niger (3%), nous indique notre source à Bercy.

La crise a fait chuter les transferts d’argent _ Problème : avec la crise du Covid-19, les envois d’argent ont fortement baissé. «Les transferts d’argent vers l’Afrique ont beaucoup diminué avec la crise», explique la députée Sira Sylla. Les chiffres de la Banque mondiale lui donnent raison. «Les remises migratoires devraient connaître un repli sans précédent dans l’histoire récente», indique l’institution dans un communiqué d’avril 2020.

«Les envois de fonds des migrants dans le monde devraient chuter d’environ 20% en 2020», peut-on lire dans ce communiqué. Toujours selon la Banque mondiale, ce recul devrait même atteindre 23,1% pour les fonds à destination de l’Afrique subsaharienne. En employant le terme «migrants», qui peut prêter à confusion, l’institution fait référence aux acteurs privés qui envoient des fonds (immigrés, binationaux, nationaux). _

Ce repli – mondial -, n’épargne évidemment pas les fonds transitant de la France vers l’Afrique. «Certains, qui envoyaient de l’argent depuis la France, se sont retrouvés au chômage ou au chômage partiel avec la crise», illustre Sira Sylla. «Il y a une baisse des transferts car il y a une perte de revenus dans les pays du Nord. C’est du pouvoir d’achat en moins pour faire vivre les familles restées au pays», abonde une source à Bercy.

La «bibancarisation» pour faciliter les transferts d’argent

Face à cette situation et malgré le rejet, en juin dernier, de ses trois amendements, la députée Sira Sylla ne baisse pas les bras. Elle porte désormais une proposition de loi sur la «bibancarisation» afin de réduire le montant des commissions appliquées aux transferts d’argent. Cette proposition de loi a été déposée et est enregistrée au bureau de l’Assemblée nationale. La députée espère une adoption d’ici la fin de l’année.

«Il y a un gros souci pour les transferts d’argent. Les commissions, c’est 10% pour l’Afrique et 20% pour l’Afrique australe. Il faudrait que les banques africaines puissent commercialiser leurs services bancaires en France afin de diminuer le coût de ces transferts», explique la députée. De plus, estime-t-elle, la bibancarisation permet de «tracer l’argent» et de «lutter contre le financement du terrorisme».

Les transferts d’argent, un outil de co-développement

«Le président Macron essaie de mettre place une nouvelle relation avec l’Afrique et souhaite mettre au centre les diasporas africaines», poursuit Sira Sylla. «Les diasporas, ce sont les immigrés africains venus en France, les binationaux mais aussi beaucoup de Français. Dans le terme diaspora, j’intègre aussi des gens qui ont un lien avec l’Afrique, par exemple des gens qui envoient de l’argent, ont des entreprises ou des associations en Afrique. Ce n’est pas une histoire de noirs ou de blancs», détaille-t-elle, en précisant qu’elle se définit comme une élue de la République, et non pas comme une femme noire.

Selon elle, le fait de faciliter les transferts d’argent vers l’Afrique s’intègre dans la politique française de co-développement. «C’est une aide directe aux gens sur place qui leur permet d’acheter de la nourriture et de se soigner. Ces transferts d’argent permettent aussi aux gens de vivre en Afrique. C’est un outil de développement pour financer des projets comme des hôpitaux, des routes ou des écoles», argumente Sira Sylla. Selon elle, «la seule réponse pour que les gens ne quittent pas leur pays est le développement, l’entrepreneuriat, l’éducation et la santé».

Si les fonds à destination de l’Afrique continuent à diminuer, faut-il alors s’attendre à plus d’émigration vers les pays du Nord ? Pas si évident, selon Gérard-François Dumont, géographe et professeur à la Sorbonne. «Si la pandémie dure, il risque de toute façon d’y avoir une baisse des migrations internationales. C’est l’un des scénarios possibles», parie-t-il.

«Les migrations répondent à une logique d’attraction et de répulsion. S’il y a moins d’offres d’emploi dans les pays du Nord, avec la crise économique, il y aura probablement moins de migrations», poursuit le chercheur.

Toujours dans l’optique de faciliter les transferts d’argent vers l’Afrique, la députée Sira Sylla donne enfin un dernier argument d’ordre géopolitique. «Avec la crise économique qu’on va avoir, il y aura de moins en moins d’argent public. Il y a donc besoin d’argent privé en Afrique. C’est du gagnant-gagnant pour la France. La France ne peut pas se détourner de l’Afrique.

Nous avons perdu du terrain et nous sommes concurrencés par la Chine. Quand on voit aussi les problèmes de terrorisme en Afrique, ça risque de nous revenir comme un boomerang», conclut-elle.

Réduire le coût des transferts d’argent sera-t-il toutefois suffisant pour aider l’Afrique ? «Il y a une baisse des transferts de fonds et la source s’est tarie. Faciliter les transferts d’argent risque ne pas suffire», met en garde une source au ministère de l’Économie. Cette même source met en exergue les mesures d’ampleur mises en œuvre au niveau international pour financer l’économie africaine.

Depuis avril, le Fonds monétaire international (FMI) a envoyé 15 milliards d’euros à 35 pays d’Afrique subsaharienne. Et certains pays, à l’instar du Mali, ont aussi obtenu une suspension du paiement de leur dette. Des actions internationales qui, avec la crise, devront sans doute être poursuivies.

Le Figaro

3 Commentaires

  1. Par contre gare à toi honnête Fds si tu veux payer un achat de plus de 1000 euros en espèces !

  2. Du coté de la concurrence avec la Chine, question envoi de pognon des nègres vers leurs pays, faudrait déjà en trouver qui y touchent des prestations sociales à tire-larigot, ou y travaillent.
    Là c’est pas gagné.

  3. Un article finalement très long pour dire, comme d’hab, “toi Blanc toi donné moi argent je pas argent ouga bouga”.

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