Pourquoi la France ne compte pas s’excuser pour la colonisation de l’Algérie

La France ne compte pas s’excuser pour la colonisation de l’Algérie. C’est ce que l’Elysée a fait savoir en recevant mercredi le rapport de l’historien Benjamin Stora sur la guerre d’Algérie. 

C’est un dossier très sensible, voire explosif parce que les plaies ne sont pas refermées. A l’approche du 60e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron avait confié une mission à l’historien Benjamin Stora. Le rapport rendu public mercredi préconise une série de gestes concrets ou symboliques, mais effectivement il ne recommande pas de formuler des excuses.

Benjamin Stora estime en substance que ce n’est pas efficace. Et ça arrange bien l’Elysée qui a aussitôt fait savoir qu’il n’était pas question de présenter des excuses à l’Algérie. La nouvelle position officielle de la France, c’est donc la reconnaissance des fautes ou des crimes, oui. La repentance, non.

A Alger, le candidat Macron avait parlé de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité, une vraie barbarie. Ce qui avait provoqué la colère des pieds noirs et de leurs descendants. Pas très contents d’être traités de barbares. Mercredi, il a fait savoir qu’il ne regrettait pas ses propos de campagne, mais sa nouvelle doctrine contre la repentance montre bien qu’il a tout de même évolué.

Les Algériens risquent de ne pas apprécier

Parce que les Algériens veulent des excuses et des vraies ! Le président Abdel Majib Tebboune l’a encore redit l’été dernier. Des excuses pour les 132 ans de colonisation. Pour les massacres de Sétif le 8 mai 1945. 40.000 morts selon les Algériens. Entre 2.000 et 20.000 selon les historiens français. Quel que soit le chiffre retenu, c’est énorme. Une terrible répression des premières manifestations pour l’indépendance.

Les Algériens voudraient aussi des excuses pour la torture pendant la guerre d’Algérie et des explications sur les disparus. Ils le demandent depuis des années. Ils ont compris mercredi que ce n’était pas pour tout de suite.

Est-ce que ça veut dire que l’on est dans une impasse?

Non parce que Benjamin Stora propose toute une série de gestes pour avancer. La création d’une commission “mémoire et vérité”. Un travail sur les archives, des échanges d’informations sur les disparus ou encore un meilleur enseignement de cette histoire dans les écoles françaises.

Dans le même esprit l’été dernier, la France avait restitué les crânes de 24 chefs de tribus qui avaient résisté à l’invasion française au 19e siècle. A l’époque ils avaient été arrêtés et décapités et leurs têtes étaient conservées depuis presque 200 ans dans les caves du musée de l’homme à Paris. Ces têtes sont rentrées en Algérie en juillet, accueillis avec les honneurs militaires. 

Tout ça pour dire qu’il y a entre la France et l’Algérie, toute une série de questions qui ne sont pas réglées. La question de l’entretien des cimetières français en Algérie, la question du droit au retour des harkis et beaucoup d’autres. Benjamin Stora voudrait qu’on les règle une à une.

Emmanuel Macron envisage aussi de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon

Ce serait encore un symbole. Gisèle Halimi, l’avocate féministe disparue l’été dernier mais surtout l’avocate du FLN à l’époque. Elle avait notamment défendu Djamila Boupacha, une femme accusée d’avoir organisé un attentat. Gisèle Halimi, soutenue par Simone de Beauvoir et par Picasso, avait démontré que les soldats français avaient obtenu ses aveux en la torturant et en la violant.

Elle avait été la première à dénoncer les méthodes de l’armée française. Elle était alors détestée par les militaires, elle a été poursuivie et même emprisonnée. En entrant au Panthéon, Gisèle Halimi recevrait 60 ans plus tard le plus grand des honneurs.

Ce serait encore une illustration de ce qu’on appelle donc désormais, la reconnaissance de ce qui s’est passé. Pas la repentance.

RMC