Pourquoi la France est-elle le pays le plus sceptique au monde au sujet des vaccins

Si les Français sont champions du monde en matière d’opinions antivaccins, c’est parce qu’ils se méfient de leur gouvernement bien plus que de la médecine, explique cet hebdomadaire allemand. Pour gagner la confiance de la population, il faudrait se montrer plus humble et arrêter les effets d’annonce.

En quelques mots seulement, Mauricette a mis son pays en ébullition. Il y a quelques jours, cette résidente d’un Ehpad de 78 ans a été la première Française à recevoir le vaccin contre le Covid-19. Au moment de la piqûre, elle a bredouillé : “Ah, faut faire avec ça.” Ou était-ce plutôt : “Ah, faut faire un vaccin ?” Les antivaccins, convaincus d’avoir entendu cette deuxième phrase, affirment que la septuagénaire a reçu l’injection contre son gré. Si la suite de la vidéo montre clairement que Mauricette avait bien donné son consentement, des dizaines de milliers d’internautes ont partagé ces thèses complotistes.

Car tandis [qu’en Allemagne], la polémique enfle autour de la pénurie de vaccins, en France, on manque surtout de personnes disposées à les recevoir. Seuls 40 % de la population [au 6 janvier] se disent prêts à se faire immuniser contre le Covid-19, soit le taux le plus faible au monde. Les Français ont toujours montré une certaine défiance vis-à-vis des vaccins, mais leur inclination à se faire vacciner a encore diminué avec la pandémie.

“Peut-être avons-nous le peuple le plus débile de la Terre”, commente ironiquement le quotidien Libération. Les sociologues et les politologues s’accordent sur le principal moteur de ce scepticisme : se faire vacciner implique de faire confiance au gouvernement et aux institutions. Or, les sondages indiquent que les Français sont les Européens les plus méfiants envers leurs dirigeants, ce que prouvent également les mouvements de contestation comme celui des “gilets jaunes”, qui a rassemblé des centaines de milliers de manifestants.

Ce n’est pas un hasard si, tandis qu’Angela Merkel s’apprête à terminer son quatrième mandat, aucun président français n’a été réélu au cours des vingt dernières années. “Au fond, la défiance envers le vaccin contre le Covid-19 est une motion de censure contre le gouvernement”, explique l’historien français Laurent-Henri Vignaud, dont les recherches portent sur le mouvement antivaccins à travers le monde.

La posture du sauveur omniscient

L’attitude française semble paradoxale : “Nous attendons beaucoup de notre gouvernement, les déceptions sont donc très fortes.” Selon Laurent‑Henri Vignaud, le gouvernement lui-même nourrit ces attentes en se présentant au peuple comme un sauveur omniscient. Au début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron s’est posé en chef de guerre, en souverain ne permettant aucune remise en question et édictant de nouvelles règles tous les quinze jours dans ses allocutions. Parmi elles, la limitation des déplacements dans un rayon d’un kilomètre, que

En quelques mots seulement, Mauricette a mis son pays en ébullition. Il y a quelques jours, cette résidente d’un Ehpad de 78 ans a été la première Française à recevoir le vaccin contre le Covid-19. Au moment de la piqûre, elle a bredouillé : “Ah, faut faire avec ça.” Ou était-ce plutôt : “Ah, faut faire un vaccin ?” Les antivaccins, convaincus d’avoir entendu cette deuxième phrase, affirment que la septuagénaire a reçu l’injection contre son gré. Si la suite de la vidéo montre clairement que Mauricette avait bien donné son consentement, des dizaines de milliers d’internautes ont partagé ces thèses complotistes.

Car tandis qu’en Allemagne, la polémique enfle autour de la pénurie de vaccins, en France, on manque surtout de personnes disposées à les recevoir. Seuls 40 % de la population [au 6 janvier] se disent prêts à se faire immuniser contre le Covid-19, soit le taux le plus faible au monde. Les Français ont toujours montré une certaine défiance vis-à-vis des vaccins, mais leur inclination à se faire vacciner a encore diminué avec la pandémie.

“Peut-être avons-nous le peuple le plus débile de la Terre”, commente ironiquement le quotidien Libération. Les sociologues et les politologues s’accordent sur le principal moteur de ce scepticisme : se faire vacciner implique de faire confiance au gouvernement et aux institutions. Or, les sondages indiquent que les Français sont les Européens les plus méfiants envers leurs dirigeants, ce que prouvent également les mouvements de contestation comme celui des “gilets jaunes”, qui a rassemblé des centaines de milliers de manifestants.

Ce n’est pas un hasard si, tandis qu’Angela Merkel s’apprête à terminer son quatrième mandat, aucun président français n’a été réélu au cours des vingt dernières années. “Au fond, la défiance envers le vaccin contre le Covid-19 est une motion de censure contre le gouvernement”, explique l’historien français Laurent-Henri Vignaud, dont les recherches portent sur le mouvement antivaccins à travers le monde.

La posture du sauveur omniscient

L’attitude française semble paradoxale : “Nous attendons beaucoup de notre gouvernement, les déceptions sont donc très fortes.” Selon Laurent‑Henri Vignaud, le gouvernement lui-même nourrit ces attentes en se présentant au peuple comme un sauveur omniscient. Au début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron s’est posé en chef de guerre, en souverain ne permettant aucune remise en question et édictant de nouvelles règles tous les quinze jours dans ses allocutions. Parmi elles, la limitation des déplacements dans un rayon d’un kilomètre, que

En quelques mots seulement, Mauricette a mis son pays en ébullition. Il y a quelques jours, cette résidente d’un Ehpad de 78 ans a été la première Française à recevoir le vaccin contre le Covid-19. Au moment de la piqûre, elle a bredouillé : “Ah, faut faire avec ça.” Ou était-ce plutôt : “Ah, faut faire un vaccin ?” Les antivaccins, convaincus d’avoir entendu cette deuxième phrase, affirment que la septuagénaire a reçu l’injection contre son gré. Si la suite de la vidéo montre clairement que Mauricette avait bien donné son consentement, des dizaines de milliers d’internautes ont partagé ces thèses complotistes.

Car tandis [qu’en Allemagne], la polémique enfle autour de la pénurie de vaccins, en France, on manque surtout de personnes disposées à les recevoir. Seuls 40 % de la population [au 6 janvier] se disent prêts à se faire immuniser contre le Covid-19, soit le taux le plus faible au monde. Les Français ont toujours montré une certaine défiance vis-à-vis des vaccins, mais leur inclination à se faire vacciner a encore diminué avec la pandémie.

“Peut-être avons-nous le peuple le plus débile de la Terre”, commente ironiquement le quotidien Libération. Les sociologues et les politologues s’accordent sur le principal moteur de ce scepticisme : se faire vacciner implique de faire confiance au gouvernement et aux institutions. Or, les sondages indiquent que les Français sont les Européens les plus méfiants envers leurs dirigeants, ce que prouvent également les mouvements de contestation comme celui des “gilets jaunes”, qui a rassemblé des centaines de milliers de manifestants.

Ce n’est pas un hasard si, tandis qu’Angela Merkel s’apprête à terminer son quatrième mandat, aucun président français n’a été réélu au cours des vingt dernières années. “Au fond, la défiance envers le vaccin contre le Covid-19 est une motion de censure contre le gouvernement”, explique l’historien français Laurent-Henri Vignaud, dont les recherches portent sur le mouvement antivaccins à travers le monde.

La posture du sauveur omniscient

L’attitude française semble paradoxale : “Nous attendons beaucoup de notre gouvernement, les déceptions sont donc très fortes.” Selon Laurent‑Henri Vignaud, le gouvernement lui-même nourrit ces attentes en se présentant au peuple comme un sauveur omniscient. Au début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron s’est posé en chef de guerre, en souverain ne permettant aucune remise en question et édictant de nouvelles règles tous les quinze jours dans ses allocutions. Parmi elles, la limitation des déplacements dans un rayon d’un kilomètre, que les Français ont dû respecter pendant trois mois.

Aux premières heures de l’épidémie, il déclare depuis le palais de l’Élysée que la France est “en guerre” contre le virus et qu’il veillera à l’instauration d’un “monde d’après”.La France attend encore l’avènement de ce monde meilleur. Tandis qu’Emmanuel Macron se dresse en monarque, ses concitoyens, eux, se voient traiter comme des ignares. Puisque le pays manque de masques, le gouvernement affirme que ces derniers sont tout bonnement inutiles pour “la population générale”,incapable de les utiliser correctement. Quelques mois plus tard, le port du masque est finalement imposé à l’école, dans tous les lieux publics clos et dans la plupart des centres-villes.

D’après Laurent-Henri Vignaud, cette infantilisation a renforcé le sentiment de défiance. Habituellement, les épidémies font progresser l’adhésion aux vaccins : la maladie balaie les arguments classiques des détracteurs qui remettent leur utilité en question. C’est pourquoi l’augmentation actuelle du nombre d’antivaccins en France inquiète le chercheur.

Didier Raoult, l’affaire du Mediator et le H1N1

La géographe Lucie Guimier a réalisé une cartographie des Français particulièrement hostiles à la vaccination. Il s’agissait à l’origine de “catholiques intégristes”, répartis sur l’ensemble du territoire et menés par des conservateurs etla branche religieuse du Rassemblement national. Désormais, d’après la chercheuse, c’est principalement la région de Marseille qui se montre réfractaire aux vaccins. La cité phocéenne est le fief de l’infectiologue Didier Raoult, dont les pronostics sur une disparition rapide de l’épidémie se sont révélés erronés, mais que de nombreux Français estiment tout de même plus crédible que le ministre de la Santé.

Didier Raoult est tellement admiré que, cette année, certains sapins ont abrité des santons à son effigie. Durant l’été, il a affirmé qu’il ne se ferait pas vacciner contre le Covid-19 car cette maladie “ne tue pas”, bien que la France déplore désormais plus de 60.000 victimes.

Malgré ses erreurs de diagnostic, le Marseillais reste populaire :il revendique en effet son indépendance et dénonce régulièrement les relations étroites qu’entretiennent ses confrères avec l’industrie pharmaceutique.De nombreux Français approuvent cette critique, en réaction à plusieurs scandales sanitaires comme celui du Mediator, un traitement contre le diabète qui a entraîné environ 2 100 décès.

Une procédure judiciaire est toujours en cours contre les laboratoires Servier, accusés de dissimulation des effets secondaires graves, mais également contre l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, qui a ignoré les alertes de nombreux médecins. On invoque aussi régulièrement la sous-estimation des effets indésirables du vaccin contre la grippe A.

Lorsque l’épidémie a éclaté en 2009, le ministère français de la Santé a commandé environ 70 millions de doses. Mais le virus H1N1 s’est finalement révélé moins dangereux que prévu, et les effets secondaires du vaccin, eux, plus graves qu’estimé. L’État ayant déchargé les fabricants de leur responsabilité, il doit désormais indemniser plusieurs centaines de Français qui ont développé une narcolepsie après la vaccination.

L’État préfère les entreprises privées à ses fonctionnaires

C’est dans ce contexte qu’à l’automne, Emmanuel Macron a confié sa campagne vaccinale à un ancien lobbyiste d’Abbott, l’un des plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux. Celui-ci n’a même pas cherché à dissimuler le conflit d’intérêts, facilement repérable sur LinkedIn. Ce n’est qu’après avoir essuyé de nombreuses critiques pour avoir choisi un lobbyiste qu’Emmanuel Macron l’a remplacé par Alain Fischer, un médecin parisien reconnu.

Ce dernier a exprimé pour sa part toutes les réserves possibles sur le vaccin, notamment les incertitudes concernant sa durée d’efficacité, le manque d’informations sur ses conséquences à long terme, ou le fait qu’il n’ait pas encore pu consulter l’ensemble de la documentation des fabricants.

Si ce discours est approprié pour un scientifique, les propos du “Monsieur Vaccin” du gouvernement ont nourri les doutes des plus sceptiques. Après son allocution, de nombreux commentateurs ont affirmé qu’il leur avait fait passer l’envie de se faire vacciner.

Peut-être Emmanuel Macron a-t-il également du mal à convaincre ses compatriotes de faire confiance aux institutions car il accorde lui-même davantage de crédit aux entreprises privées qu’à ses propres fonctionnaires. Le président a fait appel au cabinet de conseil McKinsey pour organiser la logistique de la campagne vaccinale. Résultat : [début janvier], la France n’avait vacciné que quelques milliers de personnes, tandis que les autres pays de l’OCDE, dont l’Allemagne, atteignaient les centaines de milliers voire les millions de doses injectées. L’approvisionnement des Ehpad serait trop compliqué.

Selon Mediapart, au début de la crise,Emmanuel Macron avait déjà engagé plusieurs sociétés de conseil comme McKinsey pour déterminer le nombre de tests que pouvaient réaliser les laboratoires. Une tâche qui incombe normalement au gouvernement. Pendant des années, ces mêmes entreprises ont d’ailleurs prôné dans leurs expertises la réduction des effectifs et des lits dans les hôpitaux.

Les beaux jours des complotistes

En réponse aux critiques acerbes sur la lenteur de la campagne de vaccination,Emmanuel Macron a une fois de plus endossé le rôle du sauveur – et décevra donc de nouveau les attentes des Français, si l’on en croit le politologue Laurent-Henri Vignaud. [Le 3 janvier], Le Journal du dimanche, proche de la majorité, a publié en une un portrait du chef de l’État accompagné du sous-titre : “la colère de Macron”. Ce dernier réclame une accélération de la campagne de vaccination. Une colère surprenante de la part d’un président qui élabore en conseil de défense les stratégies de lutte contre le Covid-19, et dispose de larges pouvoirs.

Pour que les gens changent d’avis, il faudrait que le gouvernement fasse preuve de plus d’humilité”, affirme Laurent-Henri Vignaud. Mais selon lui, on en est encore loin. Dans presque tous les discours, on se félicite que la France dispose “du meilleur système de santé au monde”. Cette allégation est aussi commune que sujette à caution. Le lancement de la campagne vaccinale n’avait rien de modeste non plus.

Mauricette était entourée de nombreux médecins et infirmières, et les images du moment où on lui explique comment la seringue va la piquer ont tourné en boucle dans les médias. Avec une telle mise en scène, les complotistes ont encore de beaux jours devant eux.

Die Zeit