Pourquoi la Russie s’entiche-t-elle de Greta Thunberg ?

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“Non à la Russie. Non à l’Otan. Non à la guerre.” De ce slogan aperçu sur une pancarte brandie lors d’une manifestation du mouvement écologiste de Greta Thunberg à Stockholm, les va-t-en-guerre russes n’ont retenu que la phrase du milieu.

Les médias russes proches du pouvoir semblent s’être tous subitement souvenus de l’existence de Greta Thunberg, la célèbre militante écologiste suédoise, pour laquelle ils n’avaient pourtant que peu d’estime il y a encore quelques jours. Pourquoi ?

À en croire les titres des journaux sur la Toile russe et les flashs d’informations à la télévision, Greta Thunberg se serait récemment prononcée “contre l’adhésion de la Suède à l’Alliance atlantique (Otan)”, selon Gazeta.ru. Et serait même devenue “une ennemie de l’Otan”, ajoute 360.tv.

Du coup, cet intérêt devient plus logique : depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Otan est devenue le grand – et principal – ennemi de la Russie, d’après la propagande du Kremlin. Et la récente demande d’adhésion de deux pays traditionnellement neutres, la Suède et la Finlande, qui partagent de surcroît une longue frontière terrestre avec la Russie, n’a fait qu’alimenter la conviction que l’Alliance ne cessait de se rapprocher du pays, un sentiment qui a en grande partie provoqué la guerre avec l’Ukraine – du moins selon le discours officiel.

Mais est-ce que la jeune militante suédoise (désormais âgée de 19 ans) est véritablement devenue la nouvelle égérie anti-Otan dont rêvait la Russie ? En fait, ces spéculations font suite à la publication d’un grand article du journal en ligne Vzgliad, connu pour ses prises de position pro-Kremlin, intitulé “Greta Thunberg renaît en ennemie de l’Otan”. L’auteur y explore très sérieusement cette possibilité en se demandant en toute franchise en quoi la métamorphose de cette jeune fille, qu’il qualifie par ailleurs d’“hystérique” et de “fanatique”, et son mouvement de “secte”, peut être utile à la Russie.

“Une mouche”


Tout son raisonnement part d’une photo, partagée par Greta Thunberg sur son compte Twitter le 8 juillet dernier, où l’on voit des jeunes militants de son mouvement Fridays For Future, qui organise des manifestations sur le climat tous les vendredis à travers le monde. Ces derniers posent pour une photo de groupe à Stockholm, brandissant cette fois-ci, outre leurs slogans écologistes traditionnels, cinq pancartes plus “politiques”, dont trois pour la défense du “Kurdistan libre”, une disant “Non à l’Otan” et la dernière disant “Non” à la Russie, à l’Otan et à la guerre (dans cet ordre). Greta Thunberg est absente du cliché.

C’est, bien évidemment, le “Non à l’Otan” qui intrigue le plus le commentateur de Vzgliad, car il estime que, traditionnellement, les Verts et la gauche européenne sont plutôt tous devenus atlantistes, à l’instar de l’ancien ministre allemand Joschka Fischer qui, malgré son passé de militant antimilitariste, était l’un des “plus fervents partisans de l’intervention américaine en Yougoslavie”.

Une protestation verte contre l’Otan, c’est presque une révolte au sein de l’élite d’Europe occidentale. Et Thunberg, comme mentionné ci-dessus, est une personne têtue et persistante, et si elle prend ce sujet à bras-le-corps, elle deviendra une importante source de nuisance pour les atlantistes, un peu comme une mouche qui ne cesse de bourdonner à leur oreille.

Néanmoins, les va-t-en-guerre russes ne devraient pas se réjouir trop vite d’avoir trouvé un nouvel “idiot utile” en Occident, met-il en garde, en rappelant que les
jeunes militants de Greta disent aussi “non à la Russie”. Toujours est-il que Greta Thunberg semble être restée à l’écart de la “croisade médiatique” contre la Russie, note l’auteur de Vzgliad – “ce dont on la remercie”, dit-il. Quant à son “Non à l’Otan”, même si elle ne l’a jamais vraiment formulé elle-même, c’est une “bricole”, conclut-il. Mais une bricole qui fait “tellement plaisir

Courrier International