Pourquoi le patron de l’agence de gardes-frontières Frontex a-t-il démissionné ?

Accusé de non-respect des procédures et de déloyauté, Fabrice Leggeri a démissionné de la direction de Frontex. Depuis plusieurs mois, l’orientation idéologique de l’agence européenne fait l’objet de vives critiques.

Le patron de l’agence européenne des frontières Frontex, Fabrice Leggeri, a démissionné vendredi 29 avril.
afp.com/Janek SKARZYNSKI

Visé par une enquête de l’Office européen de lutte antifraude pour ne pas avoir respecté les procédures internes, avoir été déloyal envers l’Union européenne et avoir mené un management incompatible avec le bon fonctionnement de l’institution, le patron de l’agence européenne de gardes-frontières et garde-côtes, appelée communément Frontex, a présenté sa démission. Elle a été acceptée vendredi 29 avril. 

Un mandat marqué par une réorientation sécuritaire

Sur fond d’accusations régulières par des ONG de refoulements illégaux de migrants, appelés “pushbacks”, une enquête avait été ouverte par l’Olaf, qui l’a clôturée en février dernier. Son rapport final de 129 pages dénonce l’action de Fabrice Leggeri à la tête de Frontex, lui reprochant notamment d’avoir drastiquement renforcé la sécurité des frontières extérieures de l’UE et ainsi mis à mal la culture humanitaire inhérente à la création de l’agence en 2004. Sous son mandat, commencé en 2015, les effectifs de garde-frontière et garde-côtes ont augmenté et leur pouvoir a été considérablement élargi, puisque certains agents ont désormais l’autorisation de porter des armes. 

Afin d’illustrer le changement de cap idéologique mené par Fabrice Leggeri, le rapport dénonce en particulier une attitude de complaisance envers le renvoi de migrants par les autorités grecques. Dans ses notes rédigées entre mars 2020 et septembre 2021, Frontex avait en effet qualifié de simples “opérations de prévention” le renvoi massif de migrants vers la Turquie. Une vidéo publiée fin 2020 montrait même un navire de l’agence bloquer un bateau de réfugiés, alors qu’il se trouvait dans les eaux grecques.  

Dans le même temps, Frontex a recruté plusieurs moniteurs des droits fondamentaux chargés de veiller à la bonne application du droit d’asile. Assurer l’imperméabilité des frontières et aider les demandeurs d’asile, telle est la double mission que Fabrice Leggeri n’a pas réussi à mener de front, la jugeant publiquement “schizophrène” lors d’une table ronde organisée en décembre 2021.  

De mauvaises relations avec les autres instances européennes

Dans son courrier de démission, Fabrice Leggeri estime qu’il a été élu pour assurer la sécurité des frontières et que “son mandat a été modifié”. Cette déclaration a provoqué la réaction ironique, sur Twitter, de la parlementaire européenne néerlandaise Tineke Strik, cheffe de file du groupe de travail en charge de Frontex, qui réclamait la démission du haut fonctionnaire. Elle considère que la protection du droit d’asile a toujours été inscrite dans les statuts de Frontex et que celle-ci devra bien être ” la priorité du prochain directeur.” 

En conflit avec plusieurs élus du Parlement européen, Fabrice Leggeri n’entretenait pas non plus de bonnes relations avec la Commission européenne et sa présidente, Ursula von der Leyen. Tout comme avec la commissaire aux Affaires intérieures suédoise, Ylva Johansson, et la directrice générale de ces mêmes Affaires, Monique Pariat, toutes deux victimes, selon le rapport de l’Olaf, de remarques désagréables. En 2020, des accusations de harcèlement en interne avaient également fait l’objet d’une enquête. 

L’EXPRESS