Pourquoi les femmes continuent-elles à soutenir les hommes politiques populistes et machos

Malgré la défaite de Donald Trump, le “populisme macho” dont il est le fer de lance est là pour durer, au Brésil, aux Philippines ou encore en Pologne. Notamment grâce au soutien persistant des femmes.

Mais que peuvent-elles donc bien leur trouver ? Voilà, résumée de façon un peu triviale, la question que s’est posée la journaliste Jill Langlois après avoir constaté que, “bien qu’ayant échoué à se faire réélire, Donald Trump avait vu son soutien de la part des femmes augmenter en 2020”.

Mais aussi que “des leaders mondiaux comme le président brésilien, Jair Bolsonaro, le président des Philippines, Rodrigo Duterte, et le président polonais, Andrzej Duda, continuent eux aussi de profiter du fort soutien de nombreuses femmes”.

Et ce “en dépit de l’hostilité envers les femmes” de ces représentants de ce que le magazine américain appelle le “populisme macho” : Bolsonaro “a dit un jour à une députée qu’il ne la violerait pas parce qu’elle ‘ne le méritait pas’”. Duterte “a attribué l’augmentation des viols dans sa ville d’origine au fait que l’on y trouvait ‘beaucoup de belles femmes’”. Duda “a défendu une décision de justice décrétant que les avortements motivés par des anomalies fœtales – qui représentent la plupart des avortements réalisés dans le pays – étaient anticonstitutionnels”.

Et l’expression “grab them by the pussy” (“les attraper par la chatte”) de Donald Trump, par laquelle il exprimait sa satisfaction de l’effet supposé de son pouvoir sur les femmes, a fait le tour du monde.

Et pourtant… “Même si la défaite de Trump a peut-être porté un coup à ce ‘populisme macho’ qui est sa marque de fabrique, le phénomène n’est pas près de disparaître. Et dans de nombreux cas, ce sont les femmes elles-mêmes qui l’alimentent.”

Il n’existe pas d’“explication globale” à cet état de fait, mais on trouve des points communs aux situations dans ces différents pays. À commencer par le fait que “les femmes ont tendance à être plus religieuses que les,hommes, une donnée que les machos populistes utilisent souvent à leur avantage”.

Identités de genre

Signé d’une journaliste basée à São Paulo, l’article rapporte le témoignage de la Brésilienne Ellen Nunes, 29 ans, fervente supportrice de son président, Jair Bolsonaro, qui, selon elle, “se base sur le principe de la famille nucléaire, et c’est ce qu’il nous faut dans nos foyers”. Elle-même ayant grandi dans une maison “où les hommes étaient des hommes et les femmes, des femmes”.

Au Brésil, “comme en Pologne, cette dynamique attire des femmes vers ces hommes qui semblent correspondre aux normes de genre traditionnelles”. Chez Ellen Nunes comme chez beaucoup d’autres, ces convictions traditionalistes résonnent avec les postures de ces “politiciens qui projettent un idéal de domination masculine”.

Lors de ses apparitions publiques, Bolsonaro utilise souvent son deuxième prénom, Messias, ce qui l’assimile de façon rhétorique au Christ, le Messie.Il a dit à ses partisans qu’il avait été choisi pour sauver les Brésiliens du chaos causé par la corruption, la violence, les gauchistes et le féminisme. ‘Les partisans de Bolsonaro se comportent comme s’ils étaient ses fidèles’, selon Daniela Gomes, professeure d’études internationales au Trinity College de Hartford. ‘Ils le vénèrent quoi qu’il en soit.’” Peu importent donc ses propos outranciers envers les femmes.

Ils ne gênent pas

Ellen Nunes qui n’y voit “ni sexisme ni autoritarisme”. D’autant qu’il est un homme, et que, de toute façon, les hommes sont comme ça. “Ils sont plus rentre-dedans, plus directs”, que les femmes, selon Claudia Félix, 49 ans, une autre de ses partisanes.

De la même façon, la guerre contre la drogue déclarée par le président philippin, Rodrigo Duterte, depuis son élection compte beaucoup plus aux yeux de ses partisanes, “qui ont tendance à pencher pour une ligne dure envers la criminalité”, que ses “innombrables remarques encourageant la violence sexuelle”. Tant pis s’il a“admis avoir agressé sexuellement une domestique quand il était adolescent et avoir ordonné à des soldats philippins de tirer dans les vagins de rebelles”.

Aux États-Unis, “les femmes noires et latinos ont voté de façon écrasante pour Joe Biden lors de la présidentielle”. Mais “55 % des femmes blanches ont voté pour Trump”. Ce qui fait du pays un cas particulier.

Selon Christina M. Greer, professeure de sciences politiques et d’études américaines à l’université Fordham, si les électrices passionnées de Trump ne sont pas choquées par son comportement et sa politique, c’est parce qu’elles ne se sentent pas visées : “Nous avons tous de multiples identités, et beaucoup de femmes blanches ont choisi leur couleur de peau plutôt que leur sexe.”

Si la défaite de Donald Trump a provoqué une grande déception chez la Brésilienne Miriam Goulart, elle croit dur comme fer à la réélection de Jair Bolsonaro a la présidence du Brésil en 2022. Car après un peu plus de deux ans de mandat, elle est toujours aussi accro : “Comment peut-on ne pas aimer ce président ?

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