Pourquoi les soldats Kadyrovtsy tchétchènes font-ils trembler les Ukrainiens ?

Les hommes du dirigeant tchétchène Kadyrov sont dans les rangs russes en Ukraine. Mais leur présence inquiète… et c’est un euphémisme.

Des milliers de soldats alignés, habillés de noir, sur la grande place qui jouxte le palais présidentiel de Grozny. Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov harangue les foules dans une mise en scène quasi hollywoodienne, à coups de drones et de chants guerriers. Aux premières heures du conflit, le sombre Ramzan Kadyrov n’a laissé aucune place au doute : les soldats tchétchènes seront de la partie en Ukraine.

Le dirigeant tchétchène a diffusé une vidéo montrant ses combattants sur une place de Grozny.

Voir ses militaires sur le terrain ukrainien a fait planer une peur bien utile à Vladimir Poutine. La Tchétchénie fait partie de la fédération de Russie : la présence des Tchétchènes dans les rangs russes n’est donc que peu étonnante. Mais la mauvaise réputation colle à la peau des Kadyrovtsy, le surnom des soldats tchétchènes. « C’est le dirigeant lui-même qui fait peur », indique Julien Pomarède, chercheur en sciences politiques à l’ULB. Ramzan Kadyrov a l’image d’un « dictateur de la pire espèce, sanguinaire, à la botte » du président russe, utilisant la terreur pour gouverner.

Les guerres ont marqué la région au fer rouge de la violence entre 1994 et 2009. Les organisations de défense des droits humains n’ont eu de cesse de dénoncer les exactions, meurtres maquillés en combat, viols, villages ravagés… Des fosses communes contenant des corps souvent atrocement mutilés ont été découvertes par des habitants. Le siège de Grozny est par ailleurs toujours cité comme l’un des plus violents des dernières décennies. « La question de la diffusion des logiques de violence de la guerre vers l’ensemble de la société russe se pose également tant sont nombreux les soldats ou officiers russes passés par la Tchétchénie aujourd’hui », pointait la FIDH dans un rapport à l’issue de la première guerre de Tchétchénie. Selon une source diplomatique européenne, ces soldats pratiquent « un art de la guerre et un respect du droit international humanitaire qui n’est pas tout à fait le nôtre »…

« Les Tchétchènes sont aussi connus pour leur répression, au Daghestan », rappelle Julien Pomarède. Cette invasion, selon les justifications du Kremlin, devait lutter contre le terrorisme islamiste dans la région. « C’est une armée habituée des guerres non conventionnelles, qui opère au milieu des populations. On craint donc que leur présence annonce des opérations de contre-guérillas sur le long terme. » Et dans une guerre où nul ne sait si Vladimir Poutine entend, ou non, occuper l’Ukraine à long terme, la perspective inquiète.

Le Soir