Pourquoi on ne peut pas couper le gaz aux particuliers

En cas de pénurie de gaz cet hiver, le gouvernement n’exclut pas le délestage chez les gros consommateurs industriels. Chez les particuliers, une telle mesure obligerait un technicien à passer dans chaque foyer pour remettre le gaz.

Les entreprises « seraient les premières touchées » en cas de « rationnement » face à un risque de pénurie, a prévenu la première ministre Élisabeth Borne, lors de son discours devant les patrons réunis par le Medef, lundi 29 août.

En première ligne figurent les entreprises consommant plus de 5 GWh par an. Elles sont un peu moins de 4 000 en France. En cas de risque de pénurie, celles-ci doivent être en mesure de réduire ou arrêter leur consommation de gaz dans un délai de deux heures. Et ce, afin de préserver les organisations assurant une mission d’intérêt général, comme les hôpitaux, ou les particuliers.

Techniquement difficile à mettre en œuvre

Pour les ménages, Élisabeth Borne a souligné que chacun économiserait l’énergie « compte tenu de ses moyens » car « les Français en précarité énergétique ne sont pas ceux qui devront encore faire des efforts ».

Des mesures de délestage auraient été dans tous les cas quasi impossible à mettre en place dans les foyers des Français. Et ce pour des raisons techniques. « Quand on opère un délestage, c’est le client qui coupe sur ordre sa consommation de gaz car nous ne sommes pas en mesure de l’interrompre à distance », même avec le « compteur communicant » Gazpar, explique Nathalie Minialai, déléguée acheminement livraison national chez GRDF. Les entreprises consommatrices fournissent donc les coordonnées de trois interlocuteurs joignables 24 heures sur 24, pour mettre en œuvre la réduction de la demande dans le temps imparti.

Si les entreprises peuvent elles-mêmes remettre en route leur installation gaz, la procédure pour les particuliers serait également plus difficile à mettre en œuvre à grande échelle. « Pour des raisons de sécurité, des techniciens devraient se déplacer dans chacun des foyers pour rétablir le gaz », poursuit Nathalie Minialai.

La sobriété d’abord

Pour les entreprises, le rationnement sera « uniquement une solution de dernier recours », a toutefois insisté Élisabeth Borne. Elle a exhorté à cet égard les entreprises à établir en septembre des « plans de sobriété » énergétiques, consistant à réduire les consommations de 10 % sur deux ans, afin d’éviter que le gouvernement n’impose des « baisses de consommation ».

Un premier bilan de ces plans sera tiré « début octobre ». Pour réduire l’impact d’un éventuel rationnement, le gouvernement réfléchit par ailleurs avec les entreprises à un « marché d’échange de droits à consommer ».

L’industrie n’est que le deuxième poste de consommation de gaz en France (28 % de la consommation en 2019), derrière le résidentiel (31 %), selon les chiffres du ministère de la transition écologique. La production d’électricité et de chaleur (19 %) et le tertiaire (17 %) suivent.

La Croix