Pouvoir d’achat, pénuries… Démoralisation générale chez les Français et les Européens

Les peurs des pénuries et de la baisse du pouvoir d’achat bouleversent les comportements mais la consommation résiste, analyse Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem, qui a sondé les consommateurs.

Sans mauvais jeu de mots, la consommation donne l’impression de suivre les pentes sinueuses d’une montagne russe depuis trois ans. Après le fort décrochage de 2020, au premier confinement, puis un spectaculaire rebond en 2021, le soufflet est retombé en février 2022, après l’invasion russe en Ukraine.

“A l’image des crises qui s’enchaînent sur des périodes très courtes, la perception des ménages de leur situation personnelle, ou de leur pays, change très rapidement”, souligne Jean-Daniel Levy, le directeur délégué de l’institut Harris Interactive, associé de l’Observatoire Cetelem. En novembre, quelque 14 200 personnes ont été sondées en Europe, dont 3 000 Français, sur fond de forte poussée inflationniste.

La démoralisation générale a succédé à l’euphorie des consommateurs

“L’an dernier, nous avions quitté les Européens presque euphoriques, rappelle Flavien Neuvy, qui dirige la cellule d’études de BNP Paribas. Aujourd’hui, c’est la démoralisation générale.” Plus des deux-tiers des Européens (70 %) estiment que les prix ont nettement augmenté lors des 12 derniers mois. Et une majorité d’entre eux anticipe une baisse de leur pouvoir d’achat cette année. Cette dégradation inquiète particulièrement les femmes et les plus de 50 ans, et cela quels que soient leur catégorie sociale et leur lieu d’habitation.

Cependant, dans ce sombre panorama, les Français ne sont pas les plus pessimistes quant à la situation de leur pays. Ce sont les Anglais, les Italiens et les Belges qui, les premiers, broient du noir. “Mais le sentiment d’inquiétude augmente en France avec la crainte des pénuries et celle de l’inflation qui rogne le pouvoir d’achat. Nous avons l’impression d’être dans une économie de guerre”, remarque Flavien Neuvy. Et de rappeler que la flambée des prix est un phénomène que les moins de 40 ans n’avaient jamais connu.

Par ailleurs, la crainte des pénuries est particulièrement forte avec 3 Européens sur 4 qui anticipent au moins une privation de ressource dans les prochains mois. En particulier, le manque de fuel, les coupures d’électricité et de gaz, l’absence d’essence et aussi des limitations d’utilisation de l’eau.

De même, la peur des pénuries alimentaires est très marquée en Italie (70 %), en Espagne (69 %), au Royaume-Uni (64 %) mais aussi en France (59 %). Une angoisse qui frappe notamment les plus jeunes, les moins riches et les habitants des villes moyennes. Et, chez eux, cette inquiétude se double souvent d’une peur de ne pas pouvoir payer ses factures d’énergie. Plus d’un Français sur deux (55 %) indiquant craindre de ne pas pouvoir régler sa facture d’électricité.

La consommation résiste mais l’équipement de la maison et de la personne va flancher

Cependant, les deux principaux moteurs de la consommation – l’achat plaisir et le renouvellement de biens – résistent bien en France. “On n’observe pas d’effondrement”, souligne Flavien Neuvy, qui rappelle que le pouvoir d’achat des Français a progressé de 3 % en 2021. Il sera cependant en recul cette année comme en 2024, selon les prévisions de Pascale Hébel, directrice associée de C-ways, en raison d’une moindre progression des salaires face à l’inflation.

Dans ce contexte, les Français n’ont pas hésité à piocher un peu dans leur épargne pour continuer à dépenser. Mais il leur faudra bientôt faire des arbitrages. Et selon l’Observatoire Cetelem, les secteurs de l’équipement de la maison et de la personne devraient être les plus touchés si l’on en croit les intentions d’achat des consommateurs. La faillite de Camaïeu, les difficultés de Go Sport et les ventes décevantes de Fnac-Darty sont peut-être annonciatrices d’un retournement violent.

Challenges