Saint-Etienne-du-Rouvray (76) : Mohamed, éducateur de foot, menacé d’expulsion : « Les gamins l’adorent » (MàJ)

Joueur et éducateur au sein du Football club de Saint-Etienne-du-Rouvray depuis 2013, Mohamed Hachhach est menacé d’expulsion. Au club, une chaîne de solidarité s’est mise en place pour obtenir sa régularisation.

…« Ça a été un choc », assure celui qui habite dans la commune voisine de Sotteville-lès-Rouen au domicile de ses parents adoptifs, son oncle et sa tante, chez qui il s’est installé en 2010. « Au Maroc, ce sont mes grands-parents qui m’ont élevé. Mais ils étaient trop âgés pour continuer à s’occuper de moi. Alors mon oncle a décidé de prendre le relais et de m’accueillir chez lui ».

Vivre sa passion

Arrivé à 15 ans avec un titre de séjour valable jusqu’à sa majorité, depuis il n’a eu de cesse de chercher des solutions pour régulariser sa situation et vivre de sa passion pour le football qui remonte à l’enfance […]. Des dirigeants qui eux aussi ont été choqués par la décision de la préfecture. Au téléphone, le président Laurent Byrotheau n’en revient pas : « […] Dès que l’on a appris la nouvelle, on a décidé de l’épauler dans ses démarches pour qu’il puisse rester ici » […].

«Mon avenir est ici»

Une mobilisation qui fait chaud au cœur de Mohamed qui ne cesse de répéter que « c’est ici qu’est mon avenir. Au Maroc, je n’ai rien construit […]».

Le Parisien


12/05/2021

Mohamed Hachhach, 26 ans, est menacé d’expulsion après dix années passées à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). Son club de foot, où il est éducateur, a lancé une pétition.

Mohamed est éducateur auprès des enfants qui jouent au Football Club Saint-Étienne-du-Rouvray depuis huit ans. Il est aujourd’hui menacé d’expulsion vers le Maroc, qu’il a quitté à l’âge de 16 ans. (©DR)

Pour lui, comme pour ceux qui l’entourent, c’est l’incompréhension. Depuis le 3 mai 2021, Mohamed Hachhach est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), alors qu’il vit à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime) depuis dix ans. Dix années passées dans la maison de ses parents adoptifs, son oncle et sa tante, tous deux français, entre ses 16 et 26 ans. Théoriquement, à la réception du document, il a un mois pour rejoindre le pays qu’il a quitté à l’adolescence, le Maroc. « Mais ça ne m’intéresse pas du tout de retourner là-bas. Je ne connais plus rien à ce pays », lance le jeune homme, désemparé.

« Les gamins l’adorent »

Pour témoigner de l’intégration de Mohamed et, plus encore, de son implication dans la vie citoyenne, le FC Saint-Étienne-du-Rouvray, où il est joueur de foot et éducateur, a lancé une pétition. « C’est un mec super investi, lance Laurent Byrotheau, président du club. Humainement, c’est une très belle personne et il est l’un des piliers éducatifs de la structure. » « Mo », comme il l’appelle, est éducateur sportif bénévole auprès des 7-8 ans et des 13-14 ans depuis 2013. « Les gamins l’adorent. Si je pouvais en avoir dix comme lui, je serais très heureux », poursuit le président.

Muni, en 2011, d’une carte de séjour pour les mineurs, les choses se compliquent à la majorité. « J’ai intégré un CAP plomberie et chauffage, en alternance. J’ai fait qu’un an sur les deux, parce que je n’ai pas trouvé de patron la seconde année », explique le jeune homme. Pour pouvoir rester en France, il est sommé de trouver une activité salariée le plus rapidement possible. Mais toutes les formations auxquelles il peut s’inscrire nécessitent qu’il ait un titre de séjour, raconte-t-il.

« Simplement exercer mon métier »

« Le club de foot avait bien voulu me recruter en service civique, puis me formuler des promesses d’embauche. J’avais aussi tout plein d’autres opportunités, dans le domaine de la plomberie, mais les personnes qui veulent me donner du travail ont besoin que j’aie une carte de séjour », se désespère Mohamed.

Entre septembre 2020 et mars 2021, il s’est même inscrit à un BPjeps activités sports collectifs, le parcours pour devenir éducateur professionnel, mais n’a pas pu passer les examens finaux. Toujours le même problème : « Il me fallait une carte de séjour, pour cela. »

Contraint de revoir ses plans pour l’avenir, il trouve une main tendue par son entraîneur de foot. Propriétaire d’une entreprise multiservices, cet entraîneur lui offre un CDD de trois mois, dans le bâtiment. Mais après deux mois d’activité, il reçoit ladite OQTF. 

« Je suis parfaitement intégré, je veux simplement pouvoir exercer mon métier. Ma vie, elle est ici, chez mes parents », se désole Mohamed. La pétition a réuni quelque 1 500 signatures. Le maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, Joachim Moyse, a lui-même envoyé un courrier à la préfecture de Seine-Maritime pour apporter son soutien au jeune éducateur.

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