Procès de Florian D., figure de l’ultragauche : De la lutte contre Daech avec les Kurdes au projet terroriste antifa contre les forces de l’ordre

L’ex-combattant en Syrie et figure de l’ultragauche, est soupçonné de complot contre les forces de l’ordre. André Hébert est le pseudonyme d’un écrivain et ancien combattant français du YPG. Il a passé 15 mois en Syrie à combattre l’État islamique entre 2015 et 2017. Il est l’auteur de l’ouvrage Jusqu’à Raqqa dans lequel il raconte son engagement politique et militaire au Rojava.

Cet étudiant de 28 ans, déçu par la passivité de ses contemporains, a décidé à l’automne 2014 de rejoindre les combattants kurdes de Syrie engagés contre l’État islamique. De retour en France, il a publié un témoignage lucide et direct sur cette guerre. Son nom de guerre était Firat, qui signifie Euphrate en kurde. Son nom d’auteur, André Hébert, sous lequel il signe à 28 ans ses mémoires de guerre, est aussi un pseudonyme. Pour le reste, toute son histoire est vraie.

Florian D., à Paris, en mai 2019, à l’occasion de la promotion de son livre «Jusqu’à Raqqa», publié sous le nom d’André Hébert, l’un de ses pseudonymes

Pendant que d’autres jeunes gens de sa génération allument des bougies après les attentats, ou jouent à la révolution en jetant des trottinettes dans des vitrines, cet étudiant français a choisi un autre engagement. Il a pris les armes contre ce qu’il considère comme l’incarnation moderne du fascisme, et l’ennemi absolu de notre temps: l’État islamique.”

Issu d’un milieu qu’il définit comme «bourgeois et intellectuel», André Hébert milite depuis l’adolescence dans des mouvements d’extrême gauche, sans pouvoir s’empêcher de trouver cette action un peu vaine. Étudiant en histoire déçu par son époque, il finit par trouver la cause qu’il recherche à l’automne 2014. Quelques mois plus tôt, la proclamation du califat entre l’Irak et la Syrie a frappé le monde de stupeur.

Il s’agissait du seul dossier terroriste de l’ultragauche à l’instruction. Dans son réquisitoire signé le 23 novembre, le parquet national antiterroriste a requis le renvoi, devant le tribunal correctionnel, de sept personnes âgées d’une trentaine d’années (six hommes et une femme) pour association de malfaiteurs terroriste délictuelle. Le 8 décembre 2020, des enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure interpellaient neuf personnes dans le Sud-Ouest, en banlieue parisienne et en Bretagne. Sept d’entre elles, âgées de 30 à 36 ans, étaient mises en examen. Tous sont aujourd’hui sous contrôle judiciaire. Le dernier suspect a été libéré sous bracelet électronique en avril 2022 pour motif médical après une grève de la faim.

La justice le considère comme le meneur d’un groupe accusé de préparer un projet terroriste non finalisé. Né en 1990, Florian D. est connu sous les pseudos et surnoms d’«André Hébert» (son nom de plume), «Libre Flot» (son surnom sur les sites militants)…ou encore «Firat», son nom de guerre kurde. Dès 2015, il s’était en effet rendu en Syrie pour y affronter Daech auprès des marxistes kurdes des Unités de protection du peuple (liées au PKK, en guerre contre Ankara et soutenues par l’Occident contre Daech).

Les services de renseignement ont alors déjà dans le collimateur le futur auteur du livre Jusqu’à Raqqa dans lequel il racontera ses faits d’armes. Fiché S, il est inquiété en 2016 puis blanchi et repart début 2017 au Rojava (zone autonome kurde). À l’époque, Paris n’est pas seul à s’inquiéter des dérives possibles de militants radicaux formés militairement. Comme en témoigne, par exemple, la surveillance par les autorités transalpines, dénoncée par l’extrême gauche, d’une Italienne revenue du Rojava.

Revenu en France en janvier 2018, «André Hébert» aurait fomenté un complot visant notamment les forces de l’ordre. Des éléments en témoigneraient (armes, composants entrant dans la fabrication d’un engin explosif, billes d’acier, vis et écrous…). Pour l’accusation, «Firat» a voulu former ses camarades à la confection d’explosifs et à l’usage des armes. Utilisant des communications cryptées, il aurait tenté de développer un réseau à l’international. Les autres personnes mises en cause, aux degrés de responsabilité divers, sont issues de l’ultragauche. Certaines seraient liées à la mouvance zadiste, avec une présence remarquée à Sivens. D’autres, en lien présumé avec les black blocs, ont été interpellées en marge de manifestations pour outrage ou jets de projectile.

Tribune de soutien

Le futur procès s’annonce houleux. La réalité du complot terroriste est rejetée par les mis en examen. Mais bien au-delà par les sites internet radicaux, les milieux prokurdes, l’extrême gauche et une partie de la gauche. Lors de la grève de la faim de «Libre Flot», une tribune de soutien, publiée notamment dans L’Humanité et Politis, avait été signée par des intellectuels, des artistes, des militants politiques ainsi que par l’Algérien Kamel Daoudi, condamné pour terrorisme islamiste et assigné à résidence depuis 2008.

En 2019, «Libre Flot» évoquait pour sa part «la révolution au Rojava» et précisait: «Ces idées sont aussi réclamées de plus en plus ardemment par les Français. C’est cela qui inquiète le pouvoir. Ils ne veulent pas que ce qu’ils appellent notre “radicalité” se répande en France. Ils craignent plus que tout au monde que se diffuse ce “virus” qui crée les révolutionnaires.»

Le Figaro