Procès du Bataclan : Retour sur le parcours de Salah Abdeslam, un jeune Bruxellois

A priori rien ne prédestinait ce jeune Bruxellois – il avait 26 ans en 2015 – à devenir un terroriste. Amateur de boîtes de nuit et de casinos, consommateur de cannabis, condamné pour quelques larcins, Salah Abdeslam fait partie des vingt accusés renvoyés devant la cour d’assises de Paris, à partir du 8 septembre. Il est aujourd’hui le seul terroriste vivant du commando des attentats du 13 novembre 2015. Il paraît avoir basculé dans l’islamisme en moins d’un an.

Un gilet explosif défectueux

Près de six ans après les attentats, de nombreux enquêteurs doutent toujours du renoncement de Salah Abdeslam à se faire exploser. Le communiqué de Daech revendiquant les attentats mentionnait en effet une attaque survenue dans le XVIIIe arrondissement à Paris. Or, c’est justement dans ce secteur, après avoir déposé les terroristes du Stade de France, qu’Abdeslam a laissé sa Clio. Cet autre attentat qui était visiblement prévu par l’État islamique, n’a-t-il pas eu lieu car la ceinture explosive de Salah Abdeslam n’a pas fonctionné ? Celle-ci avait été retrouvée dans un secteur pavillonnaire, rue Chopin à Montrouge, le 23 novembre 2015. Or, en l’examinant, les experts se sont aperçus que l’inflammateur de la plaque arrière était défectueux et qu’un câble électrique de la partie avant avait été sectionné. Autrement dit, difficile de dire si Salah Abdeslam a actionné ou non son gilet explosif, celui-ci n’étant pas en mesure d’exploser.

À ces deux copains venus le chercher de Bruxelles, dans la nuit du 13 au 14 novembre, pour le ramener en Belgique, dans l’une des caches de la cellule terroriste, le djihadiste n’avait pas été plus clair. Selon eux, durant le trajet du retour, il leur avait livré deux explications. La première était qu’il était encore en vie car après avoir voulu se faire exploser dans un café, il aurait renoncé en voyant des jeunes dans l’établissement. La deuxième était que son détonateur n’avait pas fonctionné… Tout en ajoutant en criant à plusieurs reprises : « Ils vont payer pour la mort de mon frère [Brahim] Je me vengerai. »

Un message laissé par le terroriste dans les jours suivants – retrouvé dans l’un des ordinateurs découverts par les enquêteurs belges – stipule très clairement que le seul survivant du commando n’a pas l’intention d’en rester là : « J’ai réussi à rejoindre le reste des frères car il y avait un défaut dans ma ceinture. J’ai pensé dans un premier temps venir dans la terre du Sham [une région englobant la Syrie, Liban, Palestine et la Jordanie] , mais en réfléchissant j’ai conclu que c’était une idée de shaytan [démon] et que la meilleure chose était de finir le travail ici avec les frères. Cependant, j’aimerais juste pour l’avenir être mieux équipé avant de passer à l’action […] »​, écrit-il.

La question d’un éventuel renoncement de Salah Abdeslam est d’autant plus intéressante qu’elle amène à s’interroger sur sa radicalisation. Que ce natif de Bruxelles qui aura 32 ans le 15 septembre, ait participé à la préparation des attentats, ne fait aucun doute. Entre le 1er septembre et le 14 octobre 2015, il a ainsi récupéré douze djihadistes venus de Syrie en cinq groupes : le plus souvent en allant les récupérer en Hongrie ou en Allemagne, après avoir loué des voitures. Ses départs étaient généralement précédés de la fabrication de fausses cartes d’identité, par un réseau depuis démantelé, destinées aux arrivants […].

Or, ce qui interroge, ce sont les raisons ou l’engrenage qui ont conduit ce jeune délinquant à se radicaliser. Salah Abdeslam est le quatrième d’une famille de cinq enfants, tous nés à Bruxelles, leurs parents étant, eux, originaires d’Algérie […].

À son casier figurent en outre quelques condamnations pour des affaires de roulage et pour une tentative de vol dans un garage. C’est également un adepte des casinos qu’il fréquente régulièrement à Namur, Bruxelles, Strombek, mais aussi à Breda aux Pays-Bas. Moins d’un mois avant les attentats de Paris, il s’était encore rendu dans deux casinos de Strombek Bever pour jouer de l’argent.

Côté ressources, il percevait les allocations sociales belges (996 € par mois) …

Ouest France