Quand des transsexuels veulent la mort des femmes

Une frange radicale de la communauté transgenre souhaite effacer la distinction entre les sexes biologiques – au détriment du droit et de la santé des individus… et de la réalité.

«Je veux être une femme. Désormais, vous m’appellerez Loretta.» Nous sommes en 1979, dans une scène de La Vie de Brian, des Monty Python. La réplique culte est suivie d’un dialogue parfaitement savoureux («Je veux avoir des bébés.» – «Mais tu ne peux pas avoir de bébés!» – «Arrête de m’oppresser!») qui se termine par un délicieux et prémonitoire échange: «Se battre pour son droit d’avoir des bébés alors qu’il ne peut pas en avoir, c’est le symbole de notre lutte contre l’oppression» – «C’est surtout le symbole de sa lutte contre la réalité.»Un demi-siècle plus tard, sur le plateau de France Télévisions lors de l’émission «Quelle époque!», l’ambiance n’est plus aux rires.

Dora Moutot, journaliste et militante féministe, débat avec Marie Cau, premier maire transsexuel de France – c’est-à-dire un individu né homme mais qui est devenu (administrativement tout du moins) une femme. Nous sommes en 2022 et pour avoir simplement précisé qu’un homme qui décide, comme Marie Cau, de changer de sexe n’est pas une femme mais un «homme transféminin» (transsexuel, Ndlr), Dora Moutot se fait immédiatement rattacher à «la fachosphère», «l’extrême droite» ou au «discours des conservateurs américains intégristes».

Le déni de la biologie

Et, in fine, de transphobe. Sur le plateau, personne ne vient défendre Dora Moutot. L’humoriste Jérémy Ferrari ira même jusqu’à lui reprocher de ne pas avoir d’arguments. «Il n’y a que de la haine, de l’agressivité quand vous parlez.» Il y a encore quelques années, les organes militants de gauche auraient jeté Ferrari en pâture pour avoir, sur un sujet censé ne pas le concerner, fait la leçon à Dora Moutot. Mais ça, c’était avant. Avant quoi? Avant que naisse et s’installe dans notre société (comme en témoigne cet échange télévisé à heure de grande écoute) le débat sur l’identité de genre.

Détrompez-vous: Dora Moutot n’est pas transphobe. Comme beaucoup d’autres, la journaliste insiste simplement sur une réalité scientifique qui, aujourd’hui, semble déranger une frange de la communauté dite «trans»: le sexe biologique est important dans la catégorisation d’un individu. À l’instar d’autres personnalités ayant formulé des opinions similaires (l’auteur J. K. Rowling, pour ne citer qu’elle), la militante féministe n’a strictement rien contre le fait que – pour une raison ou pour une autre – un individu décide de changer de sexe via une prise de médicaments ou une opération chirurgicale.

La discorde se cristallise simplement autour du mot «femme». Pour ladite frange militante et radicale, une femme peut, par exemple, avoir un pénis et un homme peut être «enceint» puisqu’il suffit de se revendiquer d’un autre genre pour y appartenir. Mais n’en déplaise à Jérémy Ferrari et Marie Cau, il n’y a pas que les fascistes qui s’opposent à cette nouvelle vision du genre et du sexe.

Il y a, entre mille autres, Fred Sargeant. Difficile de penser que l’homme de 74 ans est un apparatchik de l’extrême droite: hormis l’horrible défaut d’être un mâle blanc de plus de 50 ans (personne n’est parfait), Sargeant est l’un des quatre fondateurs de la première Gay Pride en 1969. Voici ce qu’il déclarait dans une vidéo YouTube il y a quelques jours: «Cette marche est devenue une plate-forme de misogynie, d’exclusion et de haine», assène-t-il coiffé d’une casquette «LGB Alliance». LGB, et non LGBT car pour Sargeant et beaucoup d’autres, le constat est sans appel: la communauté transsexuelle est aujourd’hui représentée politiquement par des individus souhaitant éradiquer toute notion de genre.

Il poursuit: «Les faits sont importants. Le sexe est binaire. Il est déterminé lors de la conception et observé à la naissance.» Pourquoi ces mots dérangent certains? Car en souhaitant effacer la différence entre les sexes biologiques, la frange radicale de la communauté transsexuelle dénonce les hommes homosexuels qui ne souhaitent pas avoir de rapport avec une femme qui se dit homme – et les lesbiennes de refuser de coucher avec un homme qui se dit femme.

Cooptée par la maison-blanche

Ce déni de réalité affecte aujourd’hui tous les domaines et les anecdotes, cocasses et terrifiantes à la fois, sont pléthore et concernent tous les aspects de la société. La plus savoureuse – et inquiétante? La réception à la Maison-Blanche, par Joe Biden en personne, de Dylan Mulvaney – un ancien acteur de Broadway ayant «transitionné» il y a moins d’un an – pour évoquer la place des transsexuels dans la société et… la condition des femmes.

Ci-gît le combat féministe quand des hommes en robe usurpent la condition féminine. Et les secousses provoquées par ce mouvement radical ébranlent jusqu’aux plus hautes sphères scientifiques et médicales. Adhérant à ce mouvement, par opportunisme ou conviction, des médecins acceptent de prescrire à des enfants et des adolescents des traitements «bloquant» la puberté dont les effets secondaires peuvent être dévastateurs.

Le Figaro