Quand l’ADN du prince Philip levait le mystère des Romanov

Le duc d’Edimbourg avait du sang impérial russe dans les veines. Il a contribué à démêler l’une des énigmes qui entourent l’assassinat du tsar Nicolas II et de sa famille, en 1918.

On connaît ce mot du prince Philip qui avait son franc-parler, pas toujours très diplomatique. Quand en 1967, en pleine guerre froide, on lui demande s’il serait prêt à aller en Russie pour contribuer à la détente entre les deux blocs, il répond: «J’aimerais beaucoup aller en Russie, même si ces bâtards ont assassiné la moitié de ma famille.»

Le duc d’Edimbourg avait en effet du sang impérial russe dans les veines et son ADN a contribué à lever un des mystères qui entourent l’assassinat des Romanov par les bolcheviques dans des conditions atroces en 1918 à Ekaterinbourg, dans l’Oural. Le prince Philip est le petit-neveu de la tsarine Alexandra, dont la sœur aînée, Victoria de Hesse (petite-fille par sa mère de la reine Victoria et devenue plus tard Victoria Mountbatten) était sa grand-mère maternelle. Quand neuf corps sont exhumés d’une fosse commune en juillet 1991, on estime que ces ossements appartiennent au dernier tsar, à la tsarine Alexandra, à trois de leurs cinq enfants et à quatre personnes de leur entourage. Deux enfants manquent. En 2007, les restes de deux autres corps sont trouvés dans un champ des environs, sans doute ceux du tsarévitch Alexis et de l’une de ses sœurs (Maria ou Anastasia).

En 2008, le parquet russe rend public des analyses génétiques qui identifient les corps retrouvés comme étant bien ceux des Romanov. Mais certains continuent à émettre des doutes, d’autant que des rumeurs de fuite à l’étranger d’un ou deux enfants – notamment Anastasia – ayant échappé au massacre persistent. Pourtant, des analyses conduites par des experts britanniques ont permis de résoudre en grande partie l’une des plus grandes énigmes historiques de l’époque récente.

En 2018, une exposition du Science Museum de Londres a raconté comment le duc d’Édimbourg a aidé à lever les doutes sur les meurtres du tsar Nicolas II et de sa famille. En 1993, l’équipe de Peter Gill, du service scientifique de médecine légale du ministère de l’Intérieur britannique, se lance dans l’enquête avec des scientifiques russes ayant fourni des ossements, parmi lesquels le biologiste Pavel Ivanov.

Dans le laboratoire médico-légal d’Aldermaston, à l’ouest de Londres, elle se sert d’un échantillon de sang fourni par le prince Philip pour confronter son ADN avec celui de ces os. D’autres échantillons, obtenus auprès de personnes vivantes cette fois liés au tsar, la princesse Xenia Sfiri Cheremeteff et le duc de Fife, sont aussi utilisés. Les spécialistes britanniques concluent que les ossements sont bien ceux des Romanov.

L’énigme de la princesse Anastasia

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Des scientifiques contestent ces conclusions, notamment parce qu’une très petite partie de l’ADN du tsar ne correspond pas aux parents vivants. «Nous avons travaillé pendant une année de plus pour vérifier nos résultats, mais certains considéraient toujours nos conclusions comme douteuses, a raconté Peter Gill. Des scientifiques aux États-Unis et en Russie ont travaillé pour confirmer ou infirmer nos résultats. Un groupe a même exhumé le corps du frère du tsar, George, de la cathédrale de Saint-Pétersbourg. Mais chaque nouveau test a confirmé nos résultats originaux.»

Pour l’épouse et les enfants, la certitude est totale. Pour le tsar, elle est «de 99,9 %» car, explique Nicolas Ross dans son enquête très fouillée Ils ont tué le tsar (Éditions des Syrtes, 2018), «on a découvert une mutation, l’hétéroplasmie, absente des gènes des donneurs». L’ADN de Nicolas II concorde ainsi avec celui des descendants de sa famille maternelle «à raison de 790 paires de bases – les maillons élémentaires de l’ADN – sur 800», a ainsi précisé le docteur Gill.

Ces recherches ont permis de lever une énigme dans l’énigme. Plusieurs personnes ont en effet prétendu être la princesse Anastasia, la quatrième fille du tsar, que des diamants portés sous les vêtements auraient pu notamment protéger des balles. Le cas qui a le plus défrayé la chronique est celui d’Anna Anderson, une jeune femme sauvée du suicide en 1920 à Berlin et qui va vivre ensuite entre les États-Unis et la Suisse, comme le raconte Jean-Christophe Buisson dans l’ouvrage collectif Les grandes énigmes de l’histoire (Perrin, 2021). Les controverses à son égard sont passionnées.

Mais en 1994, la comparaison de l’ADN d’Anna Anderson, gardé suite à une opération de l’intestin en 1979, avec celui du prince Philip se révèle négative. Anna Anderson n’est pas une Romanov. Des analyses montrent qu’il s’agit en fait d’une Polonaise du nom de Franziska Schanzkowska. Tous les membres de la famille Romanov auraient donc bien été sauvagement exécutés dans la maison Ipatiev – rasée depuis sur l’ordre d’un certain Boris Eltsine – dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918.

Le Figaro