Quand TikTok sert les jeunes musulmanes qui revendiquent le port du voile à l’école en France

Le nombre d’incidents scolaires liés au port du voile ou d’une tenue islamique au collège et au lycée a fortement progressé en France le premier et le second trimestre 2022, avec au final 241 entorses à la loi de 2004 sur la laïcité à l’école au cours des six premiers mois de l’année. Et la tendance est en train de s’accélérer depuis la rentrée, a indiqué Pap Ndiaye, le ministre de l’Education nationale, le 30 septembre. Le ministre a également indiqué que ces signalements concernent « particulièrement le « port de vêtements » comme les « abayas » : des atteintes « qui semblent se multiplier ».

« Je ne suis pas naïf sur le fait qu’il puisse y avoir des mots d’ordre et des agitateurs prosélytes qui n’ont pas de bonnes intentions pour l’école et pour les jeunes », a également lancé le ministre.

Les chefs d’établissement s’y attendaient depuis une note du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), datée du 27 août. Les personnels de l’Éducation nationale peuvent « refuser » l’accès de l’établissement aux élèves portant une abaya, « un marqueur religieux », et doivent signaler les atteintes à la laïcité, a rappelé hier la secrétaire d’État à la Citoyenneté Sonia Backès.

Sans doute ne sont-ils pas aidés dans leur tâche par le relativisme culturel des professeurs de moins de 30 ans qui sont 57 % à soutenir le port du voile par les étudiantes (NDLR: il n’est pas interdit dans les universités), contre 36 % chez l’ensemble des professeurs, selon un sondage Ifop, réalisé à la demande de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès et publié en juillet 2021. Un clivage générationnel également présent dans les lycées.

Impossible d’entrer dans un établissement du second degré par la grande porte avec un hijab sur la tête ? Pas de panique, les jeunes filles déterminées trouvent la solution sur le réseau social TikTok où les posts prosélytes ne manquent pas pour les encourager à porter des tenues religieuses, voire à prier en cachette à l’intérieur des établissements scolaires.

Ici, une jeune fille conseille de porter un sweat à capuche pour remplacer le voile. Là, une autre trouve triste de devoir se cacher. « Qu’Allah nous facilite. Le voile est obligatoire en islam », commente une anonyme. Et qu’importe que ça ne soit pas le cas.

Des hommes y vont de leur soutien – « Courage ma sœur, soit forte » – ou conseillent des tenues « halal » : abaya pour les filles, kami pour les garçons. Le ticket de caisse d’un grand magasin suffira à prouver qu’il ne s’agit pas d’une tenue religieuse, quitte à légèrement relever l’abaya pour faire croire à une blouse ample.

Les injonctions vont même plus loin : « Si on voit les jambes, ce n’est pas légiféré, faites attention à ne pas égarer des sœurs sans le vouloir », intervient l’un tandis qu’un autre tranche : « Arrêtez cela et optez pour des cours à distance. » L’invisibilisation complète des filles dans l’espace scolaire serait-elle l’objectif ?

Quant à celles qui s’interrogent sur la possibilité de laisser libres leurs cheveux le temps des cours, elles sont vite recadrées. « Ma sœur, il faut que tu comprennes que le voile est une obligation », coupe une voix d’homme dans une série de messages audio. On t’a éduquée en France pour que tu croies que le bonheur, c’est la scolarité et ensuite l’emploi […]. Eh bien, sache que le bonheur, c’est d’obéir au créateur du bonheur. Si tu dois choisir entre Allah et tes études, tu choisis Allah. »

Parler de liberté de choix dans ces cas-là, c’est se voiler la face.

La Dépêche