Québec : Ces enfants trop dérangeants pour l’école

Ce sont des enfants « différents », qui ne cadrent pas dans le moule de l’école. Dérangeants, souvent handicapés, parfois violents, perçus comme une menace, près de 1500 élèves étaient exclus de l’école et renvoyés à la maison cette année, malgré la scolarisation obligatoire jusqu’à 16 ans.

Un rapport inédit du ministère de l’Éducation lève le voile sur ce phénomène peu documenté des élèves en « bris de service ». Autrement dit, renvoyés chez eux. Avec de l’aide pédagogique ou psychosociale quelques heures par semaine, dans le meilleur des cas. Et ça se produit dès la maternelle […]. Ces élèves sont généralement renvoyés à la maison parce qu’ils « représentent un danger pour eux-mêmes ou pour les autres » […].

Parcours du combattant

Les parents d’enfants victimes de « bris de service » sont épuisés. Marie Ismé a l’impression que le système scolaire cherche à la décourager d’envoyer à l’école son fils Brandon, 17 ans, qui a un trouble du spectre de l’autisme. Elle a dû l’encadrer à la maison durant plus de deux ans. Il avait été renvoyé de l’école spécialisée des Érables, à Deux-Montagnes, notamment parce qu’il se mutilait les doigts.

« Ils m’ont dit : “On n’est pas un centre hospitalier, sa place est à l’hôpital.” Mais mon fils n’est pas malade, il est autiste », dit la mère de famille de Terrebonne, en banlieue nord de Montréal. Elle a renoncé à un poste à temps complet de préposée aux bénéficiaires pour s’occuper de Brandon. Elle travaille les fins de semaine.

Brandon est revenu à l’école à temps partiel, trois jours par semaine, à raison d’une heure et demie par jour, au début du mois d’avril. Et c’est plutôt difficile. Le garçon a tendance à fuguer.

« Et il court vite », précise Marie Ismé.

Elle est convaincue que son fils, qui est Noir, est victime de racisme systémique.

« On dirait qu’il fait peur aux gens. C’est sûr que si mon fils est en crise, il peut se démener. Il est fort. Mais il n’est pas agressif. »

Le Centre de services scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles se défend de toute forme de racisme. « Il s’agit d’une situation complexe où plusieurs intervenants de différents milieux travaillent activement à la recherche de solutions pour répondre aux besoins de cet enfant », indique l’organisme. Ce processus vise aussi à « assurer un milieu sain et sécuritaire à l’ensemble des élèves et du personnel ».

Le Devoir