Québec : Mobilisation pour éviter l’expulsion de « l’ange gardien ivoirien » Mamadou Konaté, travailleur essentiel

Le travailleur essentiel demandeur d’asile a cumulé plusieurs emplois depuis son arrivée au Québec, ayant même travaillé à l’émondage des arbres à Saint-Michel-des-Saints pour le compte d’Hydro-Québec.

Une vingtaine de personnes se sont réunies mardi devant les bureaux montréalais du premier ministre Justin Trudeau pour manifester leur soutien à Mamadou Konaté, un travailleur essentiel menacé d’expulsion.

Le député fédéral de Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, n’a pas caché sa colère devant l’absence de réponse d’Ottawa et de Québec. Une demande a été déposée auprès du ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, mais seul un accusé de réception a été reçu explique l’élu néodémocrate. « Je n’ai jamais vu un ministre aussi inutile et aussi inefficace de toute ma vie », a-t-il lancé.

« Si on déporte quelqu’un comme Mamadou Konaté, on fait dur comme pays. On fait dur comme province. Ça me révolte et je suis contre ça », a fustigé le député. « Elle est où, leur ouverture, leur tolérance, le fait qu’on veuille que le pays soit une terre d’accueil, si on est incapable de garder quelqu’un comme Mamadou qui a contribué à notre société ? » a insisté M. Boulerice.

Le porte-parole de Québec solidaire en matière d’immigration, Andrés Fontecilla, est aussi d’avis que « Mamadou Konaté a risqué sa vie » en travaillant dans les CHSLD et que de lui garantir la résidence permanente serait la moindre des choses.

M. Konaté était lui-même présent, aux côtés de son avocat, pour témoigner de sa situation précaire. L’agent d’entretien dans les CHSLD lors de la première vague de la pandémie a salué la petite foule : « Merci à tous ceux qui me soutiennent et merci d’être présents aujourd’hui. Pas seulement pour moi, mais aussi pour toutes les personnes immigrantes qui vivent une situation semblable à la mienne. »

« Si je prends le micro aujourd’hui, c’est que j’ose dire tout haut ce que plusieurs personnes immigrantes pensent tout bas : pourquoi on n’aide pas les gens qui ont aidé le pays à rester à flot durant la pandémie ? » a déclaré Mamadou Konaté. « Est-ce parce que nous n’avons pas payé assez cher le prix de la COVID ? » s’est demandé l’homme, qui a d’ailleurs contracté la maladie au début de la pandémie en travaillant dans des conditions qui en font fait fuir beaucoup, selon son témoignage.

« Au début, il n’y avait pas d’équipements », a expliqué M. Konaté en ajoutant que la plupart des gens venus en renfort ont rebroussé chemin. « Ceux qui sont restés, ce sont les immigrants. » Or, « l’immigration est une fausse chance » pour plusieurs d’entre eux qui sont retournés dans leur pays d’origine, déçus du traitement qui leur était réservé.

Le travailleur essentiel demandeur d’asile a cumulé plusieurs emplois depuis son arrivée au Québec, ayant même travaillé à l’émondage des arbres à Saint-Michel-des-Saints pour le compte d’Hydro-Québec. Son avocat, Me Stewart Istvanffy, le décrit comme un « immigrant modèle » qui mérite de demeurer au Canada, d’autant plus que la situation en Côte d’Ivoire, le pays d’origine de M. Konaté, demeure instable.

Plus de 12 000 personnes ont été déportées depuis le début de la pandémie, ont fait savoir les organisateurs de l’événement.

La porte-parole d’Amnistie internationale Canada francophone, Marisa Berry Méndez, a parlé d’un système d’immigration à deux vitesses qui favorise certains pour avoir rapidement accès à la résidence permanente, mais qui ne tient pas toujours compte de la « contribution des personnes migrantes » pour obtenir ce même statut.

M. Konaté est originaire de la Côte d’Ivoire et est menacé de déportation. Il a aussi travaillé comme préposé à l’entretien dans des CHSLD de Montréal pendant la première vague de COVID-19. Il ne se qualifie toutefois pas au programme spécial d’accès à la résidence permanente pour les « anges gardiens » parce qu’il n’a pas fourni de « soins directs » aux patients.

Le Devoir