Québec : Mois de l’Histoire des Noirs, une 6e édition sur le thème de la jeunesse, «plus que nécessaire»

Lysiane Randria vient de Madagascar. Elle est d’origine malgache, mais elle vit au Québec depuis 20 ans déjà. Racisme, discrimination, «c’est toujours les mêmes problématiques qui reviennent», observe-t-elle. Après George Floyd aux États-Unis et les autres mouvements sociaux qui ont marqué 2020, la sixième édition du Mois de l’Histoire des Noirs à Québec, en février, est «plus que nécessaire» pour célébrer l’apport des communautés noires et afro-descendantes dans la région, selon la présidente de l’événement.

Q L’afro-américain George Floyd, la femme autochtone Joyce Echaquan et j’en passe: qu’allez-vous retenir de 2020 et des mouvements sociaux auxquels on a pu assister? 

R 2020 c’est une année de combats à plusieurs niveaux: ça a été une année de combats que ce soit au niveau de la santé, des enjeux économiques ou professionnels. Tout le mouvement autour de George Floyd et celui de Joyce Echaquan aussi, même si ça ne nous touchait pas directement c’est venu nous toucher pareil. 

Justement, en ayant eu une année aussi tumultueuse, on s’est dit qu’on irait de manière positive pour valoriser toutes les choses que les gens ne voient pas au quotidien. L’édition 2021 c’est plus que nécessaire. 

Q Des gens de partout sur la planète se sont indignés de voir autant de violence envers les personnes racisées. Est-ce qu’on est sur la bonne voie d’après vous?

R C’est venu choquer tout le monde c’est sûr. Nous on se dit qu’en fait, tout ça est toujours causé par le fossé du vivre ensemble. On aimerait beaucoup plus provoquer un rapprochement culturel, social ou autre pour permettre à l’un et à l’autre de mieux se découvrir. 

Il y a plein de choses qu’on vit au quotidien, où on se résigne à dire ‘’je continue mon chemin parce qu’on ne veut pas trop brasser’’. Mais à un moment donné, il faut vraiment que ça change. Pour nous et nos enfants, pour qu’avec la nouvelle génération qui monte, on ait plus d’espérance. 

Q La sixième édition du Mois de l’Histoire des Noirs porte d’ailleurs sur le thème de la jeunesse. Pourquoi? 

Pour moi, c’est important de m’impliquer pour les enfants, pour la nouvelle génération qui s’en vient et c’est pour cette raison que j’ai choisi la jeunesse comme thème central. L’espoir de nos communautés, c’est nos jeunes qui prennent leur place, qui viennent avec une image plus réelle de qui nous sommes et qui sont capables de nous valoriser. 

La thématique de cette année est donc axée sur la valorisation de la jeunesse. La jeunesse des communautés contribue déjà dans la société, mais nous souhaitons mettre en lumière l’apport de la jeunesse afro-descendante dans la Capitale-Nationale. 

On a d’ailleurs organisé une table ronde avec des jeunes autochtones et des jeunes noirs, autour de laquelle on va discuter des enjeux que vivent ces deux jeunesses-là, leurs similitudes dans les choses qu’ils vivent et les différences au quotidien. 

Q La situation du racisme au Québec, quelle est-elle? 

R On parle beaucoup de racisme systémique, il y a encore une confusion d’opinions autour de tout ça. Les réalités américaines on les retrouve au Québec, mais pas au même degré. La discrimination est bien réelle au Québec, je ne dirais pas autant qu’aux États-Unis, mais quand même, elle est réellement présente et on la vit au quotidien. Les membres des communautés noires portent des charges émotionnelles assez importantes: on est une communauté dont les membres doivent travailler plus fort pour être reconnus. 

Mais il y a eu un renversement de situation en 2020. Par exemple, les travailleurs de la santé, parmi lesquels on retrouve beaucoup de membres des communautés noires, n’ont jamais été visibles. Il a fallu la pandémie pour que la situation se renverse et que là, ils deviennent des travailleurs essentiels. Au mois de février, le fait de célébrer les communautés noires c’est aussi une marque de reconnaissance de tous leurs apports dans la société québécoise.

Q Quels sont les enjeux que vous souhaitez défendre en 2021?

R Ça fait 20 ans que je suis au Québec et ça fait 20 ans que les mêmes problématiques reviennent d’année en année. Alors mes collègues et moi avons tous un enjeu identique à défendre: c’est d’apporter à la société un éclairage sur l’apport réel de notre présence dans la communauté de la Capitale-Nationale. Surtout, l’enjeu numéro un, c’est de mettre en lumière que la jeunesse, qui était invisible ou qui avait une image un peu tronquée par rapport à nos réalités, afin que toute la perception sociale puisse changer. 

La sixième édition du Mois de l’Histoire des Noirs de la Ville de Québec sous la thématique Leadership des Afrodescendants et engagement citoyen: jeunesse et développement durable se déroulera entièrement de façon virtuelle, du 1er au 28 février 2021. Conférences, débats, concours d’écriture jeunesse, exposition virtuelle d’œuvres artistiques, activités sportives virtuelles sont au menu. 

Le Soleil