Qui est Félix Mora, le recruteur « attitré » de 80 000 mineurs marocains pour les Houillères ?

Félix Mora est un ancien officier français qui a recruté, durant près de 20 ans, près de 80 000 Marocains pour le compte des Houillères du Nord et de Lorraine. Comment est-il devenu recruteur de masse des Charbonnages?

Près de 27 ans après son décès, son nom résonne encore dans le Rif marocain. Il est évoqué dans des paroles de chants berbères, partie intégrante de la tradition orale des femmes des tribus Aït Atta. Né le 28 août 1926 à Croix-Wasquehal, Félix Mora est un ancien militaire français dans la garnison de Goulimine. Affecté à Agadir vers 1946, il en profite pour apprendre l’arabe. Après l’indépendance du Maroc, il se convertit en recruteur de mineurs pour les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais. Ceci, suite à une petite annonce des Charbonnages de France qui recherchait un « officier des affaires indigènes », dont la mission est d’engager des bras, solides mais pas trop regardants sur la pénibilité de la tâche, pour venir extraire du charbon dans les mines au Nord de la France, fait savoir La Voix du Nord.

Félix Mora met rapidement en place sa stratégie de recrutement. Accompagné d’agents des Houillères et de fonctionnaires marocains, il sillonne les souks dans les fins fonds de l’Atlas et les oasis, annonce son arrivée en un lieu plusieurs jours à l’avance. De milliers de Marocains se présentent au lieu de recrutement. « J’ai regardé dans le blanc des yeux un million de candidats marocains au moins, parfois même le père et le fils », se vantera le recruteur en 1989. Il examine les candidats à demi-nu. Ceux qui sont retenus sont cachetés sur le torse en vert. Les refusés recevaient, eux, un tampon rouge indélébile. La stratégie a fonctionné, et Félix Mora a réussi à embaucher, durant près de 20 ans, près de 80 000 hommes. Jusqu’à 120 000 hommes, estiment certains.

La promesse faite aux mineurs marocains, celle de leur garantir une vie meilleure en France ne sera pas tenue. Ils se trouvent sur la paille avec la grande difficulté de faire valoir leurs droits après la fermeture des mines dans le Nord et le Pas-de-Calais.

Bladi