Qui est Hassan Iquioussen, le prédicateur musulman marocain menacé d’expulsion, et que lui reproche l’État ?

Suivi par des dizaines de milliers d’abonnés sur YouTube et Facebook, le prédicateur Hassan Iquioussen, réputé proche de l’islam politique des Frères musulmans, a fait l’objet jeudi 28 juillet d’un arrêté d’expulsion de la part du ministère de l’intérieur. La décision est permise par la « loi séparatisme ».

Près d’un an après l’adoption de la « loi séparatisme », le gouvernement affiche son volontarisme pour la faire appliquer. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé jeudi 28 juillet l’expulsion prochaine de Hassan Iquioussen, un prédicateur du Nord réputé proche de l’islam politique des Frères musulmans, en raison de propos « incitant à la haine et à la discrimination » et « porteurs d’une vision de l’islam contraire aux valeurs de la République française ».

Le 22 juin dernier, la commission départementale d’expulsion des étrangers avait donné, selon l’hebdomadaire Le Point, un avis favorable à son éloignement vers le Maroc. « Ce prédicateur tient depuis des années un discours haineux à l’encontre des valeurs de la France, contraire à nos principes de laïcité et d’égalité entre les femmes et les hommes », a justifié Gérald Darmanin dans un tweet. « Il sera expulsé du territoire français. »

Hassan Iquioussen a contesté ces accusations dans un communiqué publié sur Facebook : « Depuis près de quarante ans, je m’attelle à la diffusion d’un islam authentique empreint d’amour et de tolérance, se défend-il. Dans mes interventions, j’ai toujours eu à cœur d’enseigner que le musulman français peut vivre pleinement sa foi dans le cadre des lois de la République. »

« Hassan Iquioussen ne présente aucune menace grave pour l’ordre public », a renchéri son avocate, Me Lucie Simon, dans un communiqué, en évoquant « ses récentes et nombreuses prises de position publiques, en faveur de la laïcité, de l’égalité hommes-femmes, des valeurs de la République et contre la xénophobie ». L’avocate a indiqué envisager « un référé devant le tribunal administratif de Paris et une saisine de la Cour européenne des droits de l’homme. »

Qui est Hassan Iquioussen ?

Né en 1964 à Denain, près de Valenciennes (Nord), père de cinq enfants et grand-père de 15 petits-enfants de nationalité française, ce prédicateur semble avoir peu d’attaches au Maroc, le pays de ses parents.

Ayant grandi avec la nationalité française, il l’a finalement refusée à la majorité, puis a bénéficié de titres de séjour de dix ans, régulièrement renouvelés. Après avoir demandé, comme à son habitude, le renouvellement de sa carte de résident à l’hiver 2021, c’est finalement une notification d’avis d’expulsion qu’il a reçue le 3 mai.

Les autorités l’accusent, selon l’arrêté ministériel pris le 28 juillet et cité par le quotidien Libération, d’« inciter ouvertement à la violence » à l’encontre des Juifs, en soutenant dès 2004 la thèse d’une « entente entre le mouvement sioniste et le régime nazi pour favoriser l’installation des juifs en Palestine. » Il aurait réitéré ces propos lors de deux conférences en 2014, au cours desquelles il soutient l’existence d’un « complot juif ».

Le prédicateur est également accusé d’avoir eu des propos hostiles à l’égalité femmes-hommes. Il avait notamment déclaré lors d’une conférence diffusée sur YouTube : « C’est malheureux qu’aujourd’hui, les femmes considèrent que servir leur mari et leurs enfants soit une punition, alors que c’est une bénédiction. » L’arrêté cité par Libération mentionne que Hassan Iquioussen « encourage son auditoire au séparatisme en préconisant notamment de ne pas suivre les lois de la République (…) au-dessus desquelles il place la charia. »

Prédicateur vedette, suivi par 172 000 abonnés sur YouTube et 42 000 sur Facebook, Hassan Iquioussen gravite, depuis les années 1990, dans l’orbite de la confrérie islamiste des Frères musulmans.

Très souvent invité dans les congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), « il faisait partie du cercle rapproché de ses dirigeants », rapporte Bernard Godard, ancien expert sur l’islam au ministère de l’intérieur. Musulmans de France, la fédération d’associations qui a succédé à l’UOIF à partir de 2017, a d’ailleurs relayé une pétition de soutien au prédicateur lancée vendredi 29 juillet. Le mouvement a aussi exprimé dans un communiqué son « étonnement et son incompréhension » face à la décision du ministère de l’intérieur, décrivant Hassan Iquioussen comme « un imam qui n’a jamais ménagé ses efforts afin de diffuser un islam authentique empreint d’amour et de tolérance. »

Comment expliquer la décision du ministère de l’intérieur ?

Annoncée des années après la tenue des propos incriminés, la décision d’expulsion de Hassan Iquioussen est en fait permise par la loi dite « séparatisme » du 24 août 2021. « Le titre de séjour de Hassan Iquioussen est arrivé à expiration, et le cabinet du ministère de l’intérieur a dû penser que c’était l’occasion d’appliquer la nouvelle loi », interprète Bernard Godard. « Le gouvernement montre ainsi qu’il agit contre l’islamisme. »

« Fervent activiste numérique, le prédicateur islamiste constitue une véritable menace pour la préservation de notre cohésion nationale et notre modèle républicain, a estimé sur Twitter le Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR) dans la soirée de vendredi 29 juillet. Face aux prêcheurs de haine, portant atteinte aux principes républicains, la France est, plus que jamais, déterminée à combattre partout, où qu’il se trouve, quels que soient ses relais, le danger islamiste et d’y faire face avec les armes du droit et de la démocratie ».

Dans le même sens, le ministère de l’intérieur a renouvelé mi-juillet pour cinq ans l’interdiction de séjour en France du prédicateur suisse Hani Ramadan, petits-fils du fondateur en Égypte en 1928 des Frères musulmans, Hassan El Banna.

La Croix