Quintin (22) : Anne-Yvonne David rend hommage « aux migrants avec leur incroyable dignité »

Briochine d’origine, ayant passé quatre décennies en Normandie avant de s’installer à Quintin en 2005, sa vie bien remplie ne l’empêche pas d’évoquer avec tendresse ce qu’elle appelle « mes rendez-vous manqués. » La salle de dédicace du Marque-Page accueille quelques statues de la Quintinaise. Ses œuvres illustrent une réalité qui la touche profondément.

Des rendez-vous manqués uniquement avec l’art. « En primaire, à l’école de la Providence, à Saint-Brieuc, lorsqu’il a fallu choisir entre la gymnastique et le dessin pour l’activité du jeudi après-midi. » Ou plus tard, lorsque, jeune cadre bancaire à Évreux, elle doit faire une croix sur sa participation aux cours de l’école des Beaux-Arts de Rouen : « J’y étais entrée sur concours mais je n’y ai passé que six mois, les horaires étant incompatibles avec mes nouvelles fonctions à la banque. »

À l’émotion

Alors quand s’approche la fin de carrière, elle décide de réaliser un rêve de jeunesse : « Avec un congé de formation et la préretraite, j’ai pu m’inscrire à l’école supérieure des Arts modernes, à Paris. » Étudiante pour le moins atypique, puisqu’à environ 55 ans « j’étais un peu la maman de tout le monde » , elle s’épanouit, de 2001 à 2003, sur les plans et la 3D de la section architecture et design.

Ses premières années dans la petite cité de caractère, elle s’investit auprès des associations : secrétaire de Tiers-Monde Quintin, qu’elle représentait aussi lors de la fête des Tisserands ou pendant les Chanteurs de rue, secrétaire encore au sein du conseil d’administration de la MJC et à l’Heure musicale, elle a beaucoup donné : « Jusqu’à ce que je sois atteinte par la limite d’âge ! » sourit la fringante septuagénaire qui avait quand même pris le temps de s’inscrire aux Beaux-Arts à Saint-Brieuc, dès 2011 : « Après un premier temps consacré au dessin, j’ai commencé la sculpture en 2014. »

Très vite, comme pour rattraper un temps finalement pas perdu, elle mène en parallèle reproductions imposées d’œuvres classiques et quête de son propre style. « Je marche à l’émotion, comme après la lecture de La Rêveuse d’Ostende , d’Eric-Emmanuel Schmitt. » Après d’autres réalisations inspirées par la danse ou la lune, elle navigue aujourd’hui entre deux mondes : « Celui des migrants, avec leur incroyable dignité, et la forêt de Brocéliande.  »

Ouest-France