« Quoicoubeh, Apanyae » : De TikTok aux salles de classe, la nouvelle tendance qui électrise les ados

Depuis quelques semaines, les adolescents lâchent des « Quoicoubeh » ou des « Apanyae » en piégeant leurs interlocuteurs à tout bout de champ. Des repas de famille, aux cours de récréation, en passant par les salles de classe, ils répliquent une tendance née sur TikTok il y a peu.

« Quoicoubeh », « Apanyae » : il suffit de tendre l’oreille pour entendre ces expressions fuser à la sortie du collège Georges Rouault, à quelques pas de la porte de Pantin, dans le XIXe arrondissement de Paris. Un surveillant sourit : « ah oui, ça, ça n’arrête pas en ce moment ». Les parents de collégiens fatiguent aussi quand leurs têtes blondes ne cessent de s’époumoner avec ces mots obscurs au dîner. Un journaliste de BFM TV s’est même fait piéger entre deux directs, tout comme de nombreux passants filmés à leur insu.

Inutile de tenter de comprendre ce que cela signifie. « Quoicoubeh », qu’on peut aussi orthographier « Quoikoubeh », ça ne veut absolument rien dire. Tout comme « Apanyae », qu’on peine tout autant à épeler. Pourtant, il suffit de se balader sur TikTok pour se rendre compte de l’ampleur qu’ont pris ces nouvelles expressions, nées il y a seulement quelques semaines à la faveur de quelques boutades du TikTokeur @camskolavache, dit « La Vache ». Une séquence d’un adolescent filmé en cours en train de lancer un « Quoicoubeh » à son prof totalise à elle seule 3,6 millions de vues.

Les collégiens sourient quand on leur demande d’expliquer ces mots étranges. « Dès que quelqu’un dit « quoi », tu dis « Quoicoubeh » », décrypte un jeune collégien à la sortie d’un autre établissement du XIXe arrondissement de la capitale. Son voisin précise « C’est comme quand vous dîtes « quoi » et qu’on vous répond « coiffeur » ». Le « Apanyae » répond de son côté à un « hein », quand « commandant de bord » sert à rebondir sur un « comment ».

Comprenez donc qu’il s’agit d’une réinterprétation contemporaine et plus fleurie de blagues antiques de cours de récréation, éprouvées sans discontinuer par de nombreuses générations d’adolescents inspirés. « Ils s’amusent à jouer avec les mots », s’amuse Catherine Duval, professeure de Français au collège Georges Rouault. « En gros, les enfants nous posent des questions, souvent en parlant une sorte de langue étrangère inventée et quand on répond « quoi » ils répondent « coiffeur » ou « quoicoubaye » »

En plus de prononcer quelques palabres incompréhensibles, les adolescents n’hésitent pas à ruser pour faire sortir à leur interlocuteur les sacrosaints « quoi » ou « hein ». Inedson, scolarisé en cinquième à Georges Rouault, se prête à une démonstration : « Hé, trois moins deux, ça fait combien ? ». Ses amis s’empressent de glisser « un ». C’est perdu. Un « Apanyae » vient d’être lancé.