Rachida Brahim, sociologue : « La race tue deux fois. La nier assure la pérennité du racisme structurel »

La sociologue Rachida Brahim analyse, à partir d’une étude des crimes racistes en France, comment notre société utilise la race pour traiter différemment les individus, avant de la nier lorsque ces derniers la font valoir pour se défendre.

Racialistes », « indigénistes », « décolonialistes » voire « islamo-gauchistes »… Après les populations issues de l’immigration réclamant l’égalité des droits, c’est au tour des universitaires en sciences sociales d’être accusés de brandir la race à tout bout de champ. Au gouvernement et même à gauche, on reproche à certains chercheurs et chercheuses de créer des divisions identitaires en étudiant les rapports sociaux au prisme de la race.

Celle-ci, pourtant, est le résultat d’un processus subi par les populations à qui l’on applique un traitement différencié, par exemple en matière de logement ou de sécurité publique. En atteste La race tue deux fois, premier ouvrage de Rachida Brahim, chercheuse au Laboratoire méditerranéen de sociologie de Marseille. Pour l’écrire, elle s’est appuyée sur sa thèse, effectuée entre 2010 et 2017, et y retrace une partie de l’histoire des crimes racistes en France et de leur traitement politique et judiciaire. S’en dégage l’hypocrisie d’une double réalité : la violence du racisme et celle du refus de l’admettre. […]

La race tue deux fois. Une première fois physiquement, la deuxième fois quand le crime raciste est nié, dans la société et dans le droit. C’est ce phénomène qu’analyse la sociologue Rachida Brahim dans son livre intitulé La race tue deux fois, Une histoire des crimes racistes en France (1970-2000). Un travail de recherche de longue haleine issu de sa thèse, qui porte sur le décryptage de 731 crimes racistes. Pour l’autrice, ce livre est le fruit “d’une post-mémoire aphone, qui tente malgré tout de s’énoncer”.

Et à travers l’histoire des crimes racistes en France, elle raconte le racisme systémique, la production sociale de la race et ses conséquences sur la vie des personnes racisées, qui peuvent aller jusqu’à leur mort. Un livre richement documenté et qui éclaire le lecteur sur la réalité des crimes racistes, et plus généralement du racisme en France et des mécanismes qui le perpétuent encore aujourd’hui. Nous avons reçu Rachida Brahim pour ce nouveau numéro d’On s’autorise à penser.

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