Racisme sur ordonnance

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«Vivre les uns à côté des autres selon sa couleur de peau, cela porte un nom : l’apartheid.»

Mépris de la parole du malade, sous-estimation des douleurs, délégitimation des demandes… Des études relèvent l’existence de biais socio-culturels dans la prise en charge des patients racisés.

Début août, le collectif militant contre les discriminations raciales Globule noir publie sur son compte Twitter (depuis supprimé) une annonce pour trouver une «infirmière à domicile racisée» dans le XIIIe arrondissement de Paris.

Immédiatement, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) interpelle le ministre de la Santé, Olivier Véran, dans un tweet alarmiste : «La folie identitaire conduit à cela : choisir son médecin en fonction de la couleur de son épiderme et publier des listes de médecins noirs. Nous demandons à @olivierveran de se saisir de cette question pour défendre l’honneur d’une profession et celle de la République !»

Repris notamment par la droite identitaire, ces réactions fortes ont également été partagées par des personnalités de gauche, comme le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, condamnant dans un tweet: “Par quelle folie au nom de la lutte contre les discriminations certains identitaires « racisés » réhabilitent le pire des régimes ?” […]

La Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme a interpellé le ministre de la Santé, Olivier Véran, dénonçant une « folie identitaire ». Des femmes expliquent se tourner vers des praticiens qui leur ressemblent afin d’éviter les « micro-agressions racistes ».

La recherche d’une « infirmière à domicile racisée » provenait de « Globule noir », un collectif de soignants qui se présentait comme « lutt[ant] contre la négrophobie et les discriminations au sein des institutions hospitalières », dont le compte a depuis été suspendu. L’autre capture d’écran est une liste de « gynécologues noires en Ile-de-France », non sourcée.

Si certains, comme Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, ont rejoint la prise de position de la Licra, dénonçant une forme d’« apartheid », de nombreux autres internautes, notamment issus de minorités, ont expliqué choisir des praticiens qui leur ressemblent ou à partir d’annuaires en ligne, après avoir essuyé par le passé des commentaires racistes lors de consultations.

« En tant que femme noire je suis tombée sur : un gynécologue blanc qui m’a dit qu’en étant une femme noire j’avais une sexualité plus bestiale ; une généraliste blanche qui m’a dit que c’était inadmissible de me laisser aller en ayant une afro et ne pas me lisser les cheveux ; un généraliste qui m’a dit que les Noirs avaient une odeur particulière ; un psychologue qui m’a dit que je devais accepter les remarques racistes pour montrer que ça ne me touchait pas », raconte ainsi la journaliste et auteure Mauvaise fille sur Twitter.

« Pendant des années j’étais terrorisée, mais vraiment, par les soignants et leurs micro-agressions racistes. Je me soignais plus. Ça m’a sauvée d’avoir des soignantes noires ou alliées », explique-t-elle plus loin.

Une autre femme raconte : « Je suis noire et le premier gynécologue chez qui je suis allée était raciste. Il m’a dit que comme toutes les femmes africaines je devais “aimer accoucher” pour les allocs et qu’il était surpris que je veuille la pilule. C’était la pire expérience médicale de ma vie. » Expliquant avoir subi plusieurs fois ce genre d’expérience, elle confie : « J’ai le droit de ne plus vouloir vivre ça et de vouloir me faire traiter par un médecin noir. Il n’y a rien de raciste là-dedans. Ça s’appelle survivre dans une société raciste. »

Mariame dit quant à elle s’être « retrouvée face à des psys blancs attribuant à ma culture d’origine (envers laquelle je suis critique) tous les maux du monde, et ignorant mon origine sociale. Puis j’ai cherché à consulter quelqu’un comprenant d’où je venais sans angélisme ni hostilité. Un psy séfarade. »

« Peut-être que si le système n’était pas raciste, nous n’aurions pas besoin de ces listes »

« Choquant quand on sait le nombre de maltraitances dont les personnes noires peuvent être victimes dans le milieu médical et que le syndrome méditerranéen est maintenant connu et reconnu », écrit pour sa part Kely. « Peut-être que si le système n’était pas raciste, nous n’aurions pas besoin de ces listes. »

Le « syndrome méditerranéen » est un préjugé répandu dans le milieu médical, selon lequel les patients originaires des pays méditerranéens seraient plus expressifs dans l’expression de leur douleur, quitte à l’exagérer. Un stéréotype raciste qui fait parfois courir le risque de passer à côté d’un diagnostic, comme nous le racontions dans cet article.

De nombreux internautes citent notamment le cas de Naomi Musenga, décédée en décembre 2017 après avoir été raillée par une opératrice téléphonique du Samu qui n’a pris sa douleur au sérieux.

« Des gens meurent à cause de médecins racistes. On ne peut pas [leur] en vouloir de vouloir réduire les risques », résume une internaute.

En novembre déjà, des internautes dénonçaient le racisme dont ils avaient été victimes lors de consultations sous le hashtag #BalanceTonMédecin. En 2018, c’était sur le hashtag #MédecineRaciste que les témoignages affluaient.

En France, le Code de la Santé publique énonce : « Le droit du malade au libre choix de son praticien et de son établissement de santé et de son mode de prise en charge […] est un principe fondamental de la législation sanitaire. » Face à la polémique déclenchée par la Licra, certains ont fait remarquer que le choix d’un praticien en fonction de certains critères est une pratique courante : femme préférant avoir affaire à une gynécologue pour être plus à l’aise, personnes gays ou transgenres ayant recours à des annuaires de praticiens « LGBT-friendly », personnes grosses, parfois elles aussi sujettes aux mauvais diagnostics du fait de leur corpulence qui se tournent vers des médecins recommandés par le bouche-à-oreille…

« Il existe des annuaires LGBT-friendly pour éviter de subir l’homophobie de praticiens ; que des personnes racisées cherchent à échapper au racisme dans le milieu médical est sain », pointe ainsi William.

Et une autre internaute de conclure : « Dénoncez-moi aussi alors ! Comme beaucoup de femmes, je ne vais que chez des gynécologues femmes. Fichez-nous la paix, occupez-vous des vrais problèmes et laissez-nous nous soigner tranquillement. »

Libération & Nouvelobs

1 Commentaire

  1. La séparation des espèces n’aura pas lieu, nous n’avons jamais fait partie de la même.
    Pour en soigner certaines l’homme a créé les vétérinaires, quant à l’espèce intermédiaire, elle s’arrange avec ses croyances:

    https://youtu.be/WEDd9cZ1TDY

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