Recquignies (59) : Traité de “buveur de sang de cochon”, menacé d’égorgement et de viol, il prend peur et tire à douze reprises sur son voisin “reconverti dans la religion musulmane”

Ce mercredi, au tribunal, retour sur cette folle histoire de coups de feu en pleine rue pour une simple histoire de place de parking.

Le 4 avril dernier, la police intervient à Recquignies, rue de la Brasserie. J.D., 36 ans, qui n’a aucune mention au casier judiciaire et amateur de tir sportif, admet immédiatement avoir tiré sur plusieurs véhicules. Des impacts de balles sont d’ailleurs constatés. On parle alors d’une dizaine de coups de feu tirés en pleine rue! Michael Soret, victime avec sa compagne, décide alors de porter plainte.

Un soupçon de racisme

Au début de l’enquête, le prévenu parle d’insultes proférées par son voisin: ” buveur de sang de cochon “. Il évoque rapidement la radicalisation présumée du voisin. Il reconnait d’ailleurs l’avoir traité de ” terroriste “. Aujourd’hui, à la barre, J.D. rappelle les faits. ” Ma femme s’était garée derrière la voiture du voisin, installée devant chez nous depuis plusieurs jours “, dit-il. Oui, c’est de là que tout est parti. Le prévenu explique que la situation s’envenime. M. Soret aurait menacé de brûler sa voiture, de l’égorger et même de violer sa femme. A cet instant, la police n’est toujours pas contactée. Devant ces menaces, J. D. décide d’appeler les forces de l’ordre qui auraient répondu ” ne pas se déplacer pour de simples menaces “.

Une peur panique…

C’est donc, par peur, que J. D. se saisit d’un révolver. La peur, ce sera sa seule ligne de défense. ” Mais il n’y avait rien de concret à cet instant, il n’y avait que des échanges verbaux ” coupe la présidente. ” Où est le péril imminent? Pourquoi tirer? M.Soret était déjà en train de fuir “ poursuit-elle. ” Vous remplissez le barillet de cinq balles et vous tirez sur les véhicules des Soret. Une douzaine de fois dans la rue. Vous ne calculez même plus qui peut être dans la rue ” appuie la présidente.

La situation va alors déraper en quelques secondes. « Le voisin a ouvert la fenêtre. Il a hurlé à plusieurs reprises et a sorti une arme. » Un riverain que nous avons pu rencontrer assure avoir entendu « une série de détonations. » Au moins une dizaine de tirs. Avec des balles qui iront éventrer la carrosserie des deux véhicules de Michaël. Ce dernier a tout juste le temps de se réfugier chez lui avec son propriétaire pour éviter d’être touché. « La police est arrivée en moins de dix minutes, mais ce temps nous a paru interminable. De l’intérieur on entendait encore les tirs », souffle Laury, la femme de Michaël.

Le suspect a pu être interpellé puis placé en garde à vue dans le courant de la nuit. Trois jours plus tard, Michaël Soret a encore du mal à réaliser ce déchaînement de violence : « c’est la première fois que je me fais braquer. Surtout pour une embrouille de rien du tout, on m’a tiré dessus pour une place de parking. » L’affaire devrait être jugée prochainement au tribunal d’Avesnes (lire ci-dessous). « C’est dur à accepter, reprend Michaël. Ça devrait aller aux AssisesMoi aussi j’ai eu des problèmes avec la justice, j’ai payé ma dette envers la société. Mais là, j’ai l’impression qu’on n’a pas pris mon dossier au sérieux. »

” J’ai pris du recul et je comprends que ce que j’ai fait est intolérable “ reconnait J.D. avant que la présidente ne se demande s’il ne souffre d’aucun problème psychologique ou psychiatrique? ” Vous êtes père de famille et votre femme a essayé de vous raisonner “ lance-t-elle. Même réponse du prévenu: ” j’ai eu extrêmement peur et je le redis encore aujourd’hui “.

… Ou de la haine

Pour les partie civiles, il y a doute. Est-ce de la peur ou de la haine? ” Est-ce que vous pensez que votre voisin s’est radicalisé? Faîtes-vous le lien entre une djellaba et la radicalisation? ” interroge l’avocat.

Le procureur entre dans la partie. ” Vous tirez, dîtes-vous, au jugé. Donc n’importe où? ” s’interroge t’il. Il n’hésite pas à prendre l’exemple d’une arme retrouvée chez J. D.: ” une AK 47, pour faire du tir sportif “. Coupé par l’avocat du prévenu: ” cela n’en était pas une, ce n’était pas un fusil d’assaut “. Mais on sent que la fascination de J.D. pour les armes, interpelle le procureur de la République.

La peur de leur vie

Michael Soret et sa compagne décident tout de même de passer à la barre. L’homme ” Français d’origine, reconverti dans la religion musulmane “, se dit fatigué et apeuré. Il réitère les insultes de terroriste proférées à son encontre, parce qu’il était en djellaba. ” J’ai eu la peur de ma vie quand j’ai entendu les premiers coups de feu dans mon dos “ poursuit-il en qualifiant son voisin de ” raciste “. Mais il n’omet pas de rappeler qu’il porte un bracelet électronique.

Mme Soret atteste qu’aujourd’hui le moindre bruit lui fait peur. En larmes, elle explique avoir entamé un suivi psychologique et avoir du mal à s’occuper de sa petite fille de deux ans.

J. D. est rappelé à la barre suite à ces deux témoignages. Il se dit alors ” atterré “ face à la réaction de la jeune femme et présente ses ” plus sincères excuses “.

Un arsenal fou

La présidente le questionne une nouvelle fois: ” êtes-vous raciste? “. Elle appuie davantage: ” et tout cet arsenal chez vous. C’est pour protéger votre forteresse? Cela dépasse le cadre du tir sportif “. Pour les parties civiles, on parle d’emblée de ” stress post-traumatique “. Pour l’assistance de M.Soret, ” deux mois après, la peur est encore là “. Il parle lui aussi d’une “armada” d’armes. Et il pointe l’usage disproportionné d’une arme létale pour une histoire de parking. Pour lui, il n’y a aucun mobile sérieux: ” le prévenu rame pour expliquer l’inexplicable “. Pour lui, la haine et le racisme semblent sous-jacents.

Le conseil de Mme Soret, parle d’une femme ” parfaitement détruite “. Les actions de J.D. ne sont pas pour lui ” un coup de colère, mais muries dans le temps “. Pour lui, ” cet homme a peur dans sa construction psychique “. Il insiste, la femme qu’il représente est ” terrorisée ” car elle a été ” confrontée à l’idée que ce jour là, elle aurait pu mourir “.

En dehors de la réalité

Le procureur parle de tirs ” irraisonnés et irraisonnables “. Il pense que J. D. était alors ” en dehors de la réalité “ et qu’il n’était même plus ” accessible à ce qu’on pouvait lui dire de l’extérieur “. Une fois encore, la ” fascination “ de J.D. pour les armes l’interroge toujours. ” Vous avez rechargé deux fois, votre voisine avait son enfant dans les bras ” appuie-t-il. Il requiert alors 12 mois d’emprisonnement entièrement assorti d’un sursis probatoire. La défense n’a pas ” d’explication rationnelle “. Elle ajoute que ” lui-même n’en a pas vraiment “. Elles regrettent, comme toutes les parties, qu’aucune expertise n’a pu être menée, tant pour son client ” que pour les victimes “. L’avocat évoque alors une possible ” peur paranoïaque “, mais il ne mâche pas ses mots et lui aussi parle ” d’acte inadmissible “. Pour autant, il refuse de voir dans cette affaire, de la ” haine ” ou du ” racisme “.

Une dernière fois appelé à la barre, le prévenu représente ses ” plus sincères excuses aux victimes et à la société “.

Délibéré

18 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire total de deux ans. Interdiction de détenir ou de porter une arme pour une durée de dix ans. Confiscation des scellés et des armes.

L’Observateur