Régionales 2021 : le grand essoufflement

Pour qui prétend s’intéresser à la politique, nul doute que la soirée d’hier se sera montrée particulièrement éprouvante. Sur absolument tous les points, le système politique français a donné toutes les preuves de son essoufflement.

« Que ceux qui n’ont pas voté ne se plaignent pas des résultats », pouvait-on entendre, hier soir, à l’issu de l’annonce des résultats du premier tour des élections régionales et départementales. Sacrée opportunité de paix sociale : près de 66% des Français ne sont pas allés voter dimanche, réduisant drastiquement les effectifs de gaulois réfractaires autorisés à renâcler. Le fait est qu’on comprend assez bien que les Français aient préféré passer un dimanche tranquille à la maison. Hier soir, toutes les familles politiques ont brillé par la médiocrité de leurs réactions.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par le parti présidentiel. A l’instar des élections municipales, le scrutin d’hier a tourné à la bérézina pour LREM et son chef, Emmanuel Macron. Les candidats de la majorité n’arrivent en tête nulle part. Dans l’ensemble du pays, ils ont reçu à peine plus de 10% des voix.. Pire encore, dans les Hauts-de-France, la liste LREM soutenue par tout ce que le gouvernement compte de poids lourds, Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin en tête, n’est pas même qualifiée pour le second tour. Sa tête de liste, le secrétaire d’Etat aux retraites Laurent Pietraszewski, a piteusement annoncé qu’il voterait pour Xavier Bertrand au second tour, en vertu de « son engagement républicain ».

Xavier Bertrand, justement, incarne quant à lui la vraie fausse victoire des Républicains – qui, s’il fallait les entendre, sortiraient tout bonnement ressuscités. Incontestablement, sa victoire dans les Hauts-de-France est particulièrement large, l’ancien assureur ayant rameuté 44% des électeurs. Les victoires sont toutes aussi importantes en Île-de-France ou en Auvergne-Rhône-Alpes, où Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez sont largement arrivés en tête. On l’a cependant suffisamment dit : ces victoires, si clinquantes soient-elles, sont celles des présidents sortants. Notons, en passant, que deux des trois victoires magistrales des LR sont enregistrées par des personnalités… qui ont quitté le parti. Mais qu’importe : comme en semblait convaincu Xavier Bertrand hier, le scrutin marque la renaissance du centre-droit français. Quitte à faire jouer à ce dernier un rôle d’antifasciste d’opérette.

« Nous avons brisé les mâchoires du RN », professait hier soir le président sortant des Hauts-de-France. Si sa posture a pu sembler ridicule, elle pointe avec justesse la douche froide reçue par les dirigeants du RN. Le parti mariniste était annoncé en tête dans six régions par tous les sondages. C’est finalement Thierry Mariani qui sauve l’honneur en Paca, prenant cinq points d’avance sur Renaud Muselier – soutenu par LR et LREM. Dans le Centre-Val-de-Loire, Aleksandar Nikolic semble également faire jeu égal, en tête, avec le président PS sortant. Ailleurs, tous les candidats RN déçoivent. Sébastien Chenu, annoncé à 40%, pointe à 23. En Bretagne et en Auvergne, 12%, dans le Grand-Est et en Île-de-France, autour de 20%, etc. En fait, plus de 70% des électeurs frontistes ne sont tout simplement pas allés voter. Cela, tous les leaders du parti l’ont justement souligné hier soir. Aucun, en revanche, ne semble s’être demandé pourquoi leurs électeurs sont nettement moins allés voter que les autres. Sans doute parce que, comme le montrait une récente enquête du JDD, plus d’un tiers des électeurs RN… ne savent même pas pourquoi ils font ce choix.

La gauche, enfin, s’en sort avec les honneurs, mais ne peut que constater son inédit recul dans la vie politique française. Les listes PS arrivent en tête dans deux régions, l’Occitanie et la Nouvelle Aquitaine. Dans plusieurs régions, les listes de gauche unie ne déméritent pas – le seul moment de panache de la soirée nous ayant d’ailleurs été offert par la liste PS/PCF/EELV de Jean-Laurent Felizia, en PACA, qui a refusé de se soumettre au chantage du front républicain et devrait se maintenir au second tour.

Que dire encore ? La distribution des promesses électorales semble avoir tourné au fiasco – elle était pourtant assurée par une entreprise privée à laquelle l’Etat a délégué cette compétence, tiens tiens. Certains bureaux de vote n’ont tout simplement pas ouverts à Marseille et ailleurs, la police se voyant obliger de réquisitionner des citoyens pour tenir les urnes. Personne, hier, n’a semblé capable de remettre en question l’existence même de ces régions, charcutées par François Hollande en 2015, et auxquelles personnes ne s’intéresse plus – la faute à un découpage territorial totalement coupéedes réalités identitaires et des enracinements historiques.

Personne n’a voté, on l’a dit. Quelques jours après son propre fondateur, LREM est à son tour giflée, consacrant la totale déconnection de la majorité qui gouverne le pays – en étant soutenu par 10% des votants, et 3% des inscrits. La droite caracole sur une fausse victoire, et fait semblant de voir que si elle a toujours un électorat, elle n’a ni colonne vertébrale ni chef. Même la fameuse « alternative au système » ne rassemble plus grand-monde, et ne semble toujours pas décidée à entamer une remise en question. Il y a décidément des gifles qui se perdent. Surtout, on peine à voir ce qui pourrait sortir le système politique français de sa lente fin de vie. Qui sait, pourquoi ne pas miser sur un candidat dynamite ? Foutu pour foutu, peut-être existe-t-il au moins un moyen de secouer tout ce beau monde en 2022.

Par Étienne de Solages pour L’Étudiant Libre