Régionales 2021 : Percée de l’abstention et chute du RN, deux phénomènes fortement liés

Les départements des Hauts-de-France sont ceux où la participation a le plus reculé et où le RN, qui y avait battu ses records en 2015, a le plus baissé. En Paca, le parti lepéniste a moins pâti de l’abstention.

Le record d’abstention a des explications générationnelles et sociologiques – les plus jeunes ont boudé les urnes (85 % des 25-35 ans), ainsi que les catégories populaires. Il a aussi une lecture géographique, laquelle présente de nombreuses similitudes avec «l’accident» électoral subi dimanche par le Rassemblement national.

L’abstention fut particulièrement élevée le long du littoral Atlantique (du nord de la Loire-Atlantique au sud de la Gironde), du littoral méditerranéen (de Nice à Perpignan) et le long de la frontière nord et est de la France. Des records ont également été atteints en Île-de-France, la palme de l’incivisme revenant, comme en 2015, à la Seine-Saint-Denis (75,78 %), la Moselle (73,32 %), le Val-d’Oise (72,81 %) et la Seine-et-Marne (72,29 %).

«Nos électeurs ne se sont pas déplacés», a déploré Marine Le Pen pour justifier le recul de 8,4 points de son parti par rapport aux régionales de 2015. Pour vérifier si le RN a bien été la première victime de ce phénomène de sécession démocratique, il convient d’examiner l’évolution de l’abstention d’un scrutin à l’autre, plus que son ampleur proprement dite. Cette variation permet en effet de comprendre qui sont les nouveaux boudeurs des urnes et quelle formation cela a pénalisée.

Corrélation avérée

De fait, la corrélation entre recul de la participation et recul du Rassemblement national est avérée. Au moins dans deux régions où le parti lepéniste était le plus puissant: les Hauts-de-France et le Grand-Est. À l’exception de l’Alsace, les cinq départements où la participation a le plus fortement reculé d’une régionale à l’autre, sont les cinq départements des Hauts-de-France: le Nord (- 22,7 points), le Pas-de-Calais (- 26,4 points), la Somme (-21,4 points), l’Oise (-21,2 points) et l’Aisne (- 20,5 points). Ces territoires étaient aussi ceux où le FN avait réalisé ses meilleures performances, dépassant les 40 % des suffrages exprimés dans quatre d’entre eux (44,4 % dans le Pas-de-Calais où Marine Le Pen fut ensuite élue députée, 43,6 % dans l’Aisne).

Cette corrélation est également forte dans la région Grand-Est, autre région où le Rassemblement national, très puissant en 2015 (36,07 % pour Florian Philippot) a très sévèrement reculé (21,12 % pour Laurent Jacobelli). Là aussi, l’abstention a progressé plus fortement que sur l’ensemble du territoire national: 20,6 points dans la communauté européenne d’Alsace (les deux anciens départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin), 18,7 points dans la Marne, 18,6 en Meurthe-et-Moselle, 18,2 dans les Vosges, 17,2 dans l’Aube, 16,7 en Moselle. Et là encore, la liste Jacobelli y a subi parmi les ressacs les plus brutaux: 16,8 points perdus dans les Ardennes, 16 dans le Meuse, 15,5 dans les Vosges, 15 en Moselle, 14,7 dans la Marne. Dans le Grand-Est aussi, les nouveaux abstentionnistes sont d’anciens électeurs lepénistes.

Enfin, c’est également dans ces quatre départements que la liste RN, conduite par Sébastien Chenu a enregistré ses chutes les plus spectaculaires: 18,4 points perdus dans la Somme, 18 dans le Pas-de-Calais, 17,6 dans l’Aisne et 16,6 dans l’Oise. Dans cette région, il semble clair que les nouveaux abstentionnistes de 2021 sont des électeurs lepénistes de 2015, ce qui a permis à Xavier Bertrand de progresser fortement en pourcentage avec un nombre de suffrages globalement stable. Le patron des Hauts-de-France a moins «converti» d’électeurs RN que le parti de Marine Le Pen en a dissuadé de voter à nouveau pour lui.

Le lien est, en revanche, moins évident dans la très disputée région Paca. Cinq de ses six départements ont vu l’abstention progresser plus fortement que dans le reste de la France. 19,9 points de plus dans le Vaucluse, 18,9 dans le Var, 18,5 dans les Alpes-Maritimes, 17,6 dans les Bouches-du-Rhône et 16,6 dans les Alpes-de-Haute-Provence. Et pourtant, ce sont dans ces départements que le parti lepéniste a le moins reculé, avec une baisse inférieure à 6 points. Les Alpes-Maritimes, fief de Christian Estrosi, principal artisan de l’accord avec les macronistes, est même l’unique département français où le RN ne recule pas par rapport à 2015. Marion Maréchal y avait obtenu 37,90 %, Thierry Mariani y a totalisé 37,87 % des voix.

L’un des ressacs les plus spectaculaires du Rassemblement national a été mesuré an Auvergne-Rhône-Alpes: de 25,52 % à 12,33 %. Ce recul s’accompagne dans certains cas d’une flambée de l’abstention (dans la Loire, l’Ain, l’Isère, la métropole de Lyon, la Haute-Loire), mais, dans d’autres, il s’inscrit dans le cadre d’une participation qui a mieux résisté (le Cantal, l’Allier). Dans les Pays de la Loire, l’effondrement de la participation est parmi les plus élevés (plus de 19 points en Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et dans la Sarthe), mais le recul du RN y est, proportionnellement, plus mesuré (6,8 points perdus «seulement» dans le département nantais). Signe que le lien entre les deux phénomènes électoraux marquants de ce dimanche, pour réel qu’il soit, n’est pas automatique.

Le Figaro

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Le réveil de l’ancien monde. Alors que les résultats du premier tour des élections régionales, la semaine dernière, étaient apparus comme une surprise au regard des récents sondages, les premières estimations du second tour, publiées ce dimanche, viennent confirmer les tendances observées.

La droite sort en effet de ce scrutin avec le statut de première force politique du pays, puisque Les Républicains et leurs alliés ont obtenu 38% des voix à l’échelle nationale, selon l’institut Ifop-Fiducial pour LCI/TF1. Ils devancent l’union de la gauche et des écologistes, qui résiste bien avec 34,5% des suffrages.

Derrière, le Rassemblement national accuse sévèrement le coup, avec seulement 20,5%. Il s’agit d’une véritable déception pour le parti de Marine Le Pen, qui misait sur cette séquence pour remporter une ou plusieurs régions, et engranger ce faisant une dynamique en vue de la présidentielle de 2022.

Une nouvelle claque pour le parti d’Emmanuel Macron

Enfin, comme c’était à prévoir, la majorité présidentielle ferme la marche très loin derrière, avec à peine 7%. Cette nouvelle claque, après celle des municipales de 2020, vient cruellement confirmer le manque d’ancrage local dont souffre La République en marche, le parti d’Emmanuel Macron.

Le Figaro