Reims (51) : Souleymane Cissé, livreur à vélo malien, va être expulsé alors qu’il devait passer son baccalauréat

Un jeune homme originaire du Mali s’est fait arrêter à Reims le 4 juillet 2021 par la police, après avoir grillé un feu rouge, alors qu’il livrait un repas. Son obligation de quitter le territoire français ayant expiré, il a été transféré dans un centre de rétention administratif.

C’est une infraction au code de la route qui prend des proportions inattendues. Ce dimanche 4 juillet 2021, alors que Souleymane s’apprête à livrer une commande Deliveroo, il grille un feu rouge dans les rues de Reims. Des policiers qui étaient à proximité l’ont interpellé, et les ennuis ont commencé pour ce jeune Ouest-Africain de 18 ans.

Il était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français [OQTF] qui a expiré“, relate Marie-Pierre Barrière, membre du Réseau éducation sans frontière (RESF) de Reims. Les autorités lui délivrent alors une autre OQTF. “Il a été transféré au centre de rétention administrative de Toulouse“, ce dimanche.

Un parcours plein d'”ambitions”

Pour Marie-Pierre Barrière, cette situation est injuste. “Souleymane a un long parcours en France“, souffle-t-elle. “On attend que sa situation soit prise en considération. C’est du gâchis“, poursuit-elle. Le jeune homme est arrivé en France à l’âge de 15 ans, puis pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance un an plus tard. L’adolescent obtient un CAP en électricité, puis souhaite de lui-même poursuivre en bac professionnel, “preuve de ses ambitions“.

À ses 18 ans, il dépose une demande de régularisation aux services de la préfecture. Problème : à l’époque, “ses documents ont été jugés contrefaits par le bureau de la fraude documentaire“, affirme Mme Barrière avant de nuancer : “Une majorité de jeunes Africains de l’Ouest, qui n’ont pas été déclarés à la naissance, sont aujourd’hui confrontés à ce problème du fait de la précarité des services administratifs de leurs pays d’origine.

Une pétition et une manifestation

Les amis et les soutiens de Souleymane ont lancé une pétition en ligne à destination du préfet. “Souleymane, arrivé en France à 15 ans, demain bachelier, ne doit pas être expulsé !” indique le document. Le Réseau éducation sans frontière veut par ailleurs organiser une manifestation prochainement. “Il va sans doute avoir son baccalauréat. Nous voulons le fêter devant la préfecture“, annonce Marie-Pierre Barrière, pour qui il est urgent d’agir. “On est inquiet pour les jeunes qu’on accompagne. Il y a une tendance au durcissement, avec beaucoup de contrôles“, conclut-elle.

La préfecture ne souhaite pas s’exprimer au sujet de l’expulsion de Souleymane. 

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Monsieur Le Préfet,

Nous souhaitons attirer votre attention sur la situation de Souleymane Cissé, qui a été emmené en vue de sa reconduite, au Centre de Rétention Administrative de Toulouse hier en fin d’après-midi après avoir grillé un feu rouge en vélo à Reims.

Souleymane est arrivé en France à 15 ans, sa minorité n’a pas été contestée et il a été placé auprès des services de l’Aide Sociale à l’Enfance comme mineur non accompagné. Scolarisé au Lycée Georges Brière de Reims en bac pro Electricité (MELEC), il est considéré comme un élève assidu, sérieux et sans histoire. Il affronte ses difficultés scolaires sans se décourager. Discret et soucieux de bien faire, il attend aujourd’hui ses résultats… en rétention !

Pris en charge par l’ASE en avril 2016, Souleymane a eu 18 ans en novembre 2020 et a déposé auprès de vos services sa demande de régularisation. Ses documents d’état-civil expertisés ont été jugés contrefaits par le bureau de la fraude documentaire. Rappelons qu’une majorité de jeunes Africains de l’Ouest, qui n’ont pas été déclarés à la naissance, sont aujourd’hui confrontés à ce problème du fait de la précarité des services administratifs de leurs pays d’origine. Souleymane, à l’issue de l’instruction de son dossier et malgré d’excellents rapports scolaires et sociaux qui le décrivent comme respectueux des règles, calme et serviable, a fait l’objet d’une décision de reconduite hors du territoire français aujourd’hui expirée : il aurait pu faire une nouvelle demande de régularisation sur la base d’une promesse d’embauche à l’issue de sa formation, mais une autre OQTF lui a été notifiée hier ! 

Hier en effet, Souleymane qui met un point d’honneur à assumer lui-même ses dépenses et à ne dépendre d’aucune aide, a été arrêté sur son vélo alors qu’il circulait comme livreur Deliveroo. Le fait de griller un feu rouge constitue-t-il un trouble à l’ordre public tel qu’il justifie la rétention administrative pour un enfant de 18 ans?

Nous sommes révoltés et désespérés : comment justifier qu’un jeune dont le parcours en France est exemplaire, qui a mis en œuvre tous les moyens nécessaires à sa réussite puisse être traité de cette manière ? Comment supporter que la France qui a déjà investi pour lui, ne lui offre pas la possibilité de poursuivre son parcours, de se former, de réussir la vie pour laquelle il a tant risqué déjà ? Si la santé morale d’un pays s’évalue à l’aune de l’attention que ses politiques publiques accordent aux plus fragiles, les orientations actuelles semblent attester d’une grave démission. Elle nous attriste et nous effraie !

Nous vous demandons instamment, Monsieur le Préfet, de faire sortir Souleymane de rétention, de lui permettre de  fêter avec nous sa future réussite au baccalauréat, et de l’autoriser à poursuivre son parcours d’insertion en France. Nous vous remercions de votre attention à notre demande et vous prions d’agréer nos salutations distinguées.

L’Union