Rencontre avec Akita Maïyo, l’Indien de la cité Faucher, à Dreux

Akito Maïyo sur son balcon, au quatrième étage d’un immeuble de la cité Faucher.

Jean-Luc Hardouin, 66 ans, membre de la tribu des Sioux, vit au quatrième étage d’un immeuble de la cité Faucher, en plein cœur des quartiers populaires de Dreux. Dans son appartement poussent des cactus, mais aussi des orangers, des citronniers. Akita Maïyo est cet homme « un peu sauvage » qui aime la solitude et les loups.

Gamin, il se rangeait toujours du côté des Indiens lorsqu’il se chicorait avec ses copains, après l’école, entre le bac à sable et les immeubles de sa cité. « À cette époque, dans les années 1960, il n’y avait pas de jeux vidéo. Le soir, après le goûter et les devoirs, tous les mômes se retrouvaient dehors pour jouer… et parfois pour se bagarrer », sourit Jean-Luc.

Soixante ans se sont écoulées. Les petits cow-boys ont depuis longtemps troqué leur colt et leur panoplie contre un bleu de travail ou un costume. Jean-Luc, lui, est resté un Indien, un vrai. Au quatrième et dernier étage d’un immeuble de la cité Faucher, son balcon est son nid d’aigle, avec vue plongeante sur les parkings, puis sur un espace vert qui fait (pâle) figure de plaine et, un peu plus loin, l’hôpital qui barre l’horizon. « C’est mon Dakota… », sourit Jean-Luc.

« Dans le quartier, on l’appelle Joe l’Indien. C’est un type très gentil. Il sort toujours habillé avec ses vestes à franges, ses bracelets. Mais sans sa coiffe. Les gens le respectent tel qu’il est. »

UN HABITANT 

« Je n’ai jamais accepté ce racisme » 

 Entre les cow-boys et les Indiens, le choix de Jean-Luc était définitif : « Dans les vieux westerns que j’allais voir au cinéma, les Indiens étaient toujours présentés comme des sauvages. Alors que les massacres étaient commis par les blancs. Tout le monde connaît l’histoire. Je n’ai jamais accepté ce racisme. »

Alors, il est devenu Indien, comme on choisit son camp, jusqu’au jour où, retrace-t-il, il a officiellement rejoint la planète (spirituelle) du peuple sioux. Dans le département de l’Orne, en 2009, explique-t-il, il a reçu le nom d’Akita Maïyo qui veut dire “l’homme tout en marchant” : « Le baptême a été assez dur. C’était un plein hiver. J’ai pris un bain dans de l’eau glacée avant de plonger dans un sauna. Les épreuves ont duré trois jours. »

Longtemps ouvrier dans l’ex-usine Philips de Dreux, puis graveur sur verre, Akita Maïyo a aussi vécu avec les loups, dans le parc de Sainte-Lucie, en plein cœur des Cévennes : « J’étais chargé de nourrir les loups. Entre eux et moi, il se passait quelque chose : rien qu’en les regardant, je pouvais les approcher sans risques. La directrice de la réserve a compris pourquoi : elle connaît le lien particulier entre les loups et les Indiens. »

De retour à Dreux, Akita Maïyo a repris tranquillement sa vie d’Indien. « Rebelle et sauvage », il aime la solitude et tient à distance le monde contemporain. Plantes, affiches de festivals et statuettes… gagnées dans les fêtes foraines peuplent ses tables, ses murs et ses étagères.

« Certains cow-boys nous prennent de haut… »

AKITA MAÏYO

De temps à autre, des associations l’appellent pour animer une fête. Il participe aussi à des rassemblements : l’Indien de la cité Faucher range alors son arc, ses flèches, sa hache et son tipi dans le coffre de sa Twingo pour partager ses rêves, en pleine nature, avec d’autres Indiens d’adoption. Il arrive que des cow-boys rejoignent le campement. Comme bien des Indianistes, Akita Maïyo se méfie de ces gars parfois arrogants.

« La plupart sont sympas. On écoute la même musique, beaucoup de country. On aime la vieille Amérique, les choses simples de la vie autour d’un feu de camp. Mais certains nous prennent de haut. On voit qu’ils méprisent les Indiens ! »

Akita Maïyo brandit alors sa hache et son arc et défend l’entrée de son tipi. Éternelle rivalité, comme un retour dans le passé… et les batailles de bac à sable.

L’ECHO REPUBLICAIN