Rennes (35) : La mairie finance-t-elle le racialisme ?

À Rennes, le conseiller municipal d’opposition Charles Compagnon, ancien restaurateur, ex-président des commerçants du centre-ville de Rennes, et président du groupe Libres d’Agir Pour Rennes (centre droit) s’alarme de la progression de l’idéologie « woke » au sein même de sa métropole. Car des subventions publiques ont été accordées par la municipalité (en majorité socialiste et écologiste) à des associations qui prôneraient la division entre les Français, le racialisme et l’indigénisme. Pour ces prises de positions, l’élu est aujourd’hui attaqué de tous bords.  

Fild : Qu’est-ce qui vous a incité à prendre la parole ?

Charles Compagnon : C’est en particulier une délibération en conseil municipal pour approuver une nouvelle subvention à l’association déCONSTRUIRE*, qui organisait un colloque de formation dans les locaux de la métropole, sur les thèmes « Femmes, emploi et discriminations » ou « comment sensibiliser les professionnels aux discriminations ». Il n’y avait pas grande matière à discussion dans ces intitulés, mais j’ai été alerté par la description d’un atelier : « Femmes noires au travail, discrimination et santé mentale ». Cet atelier visait textuellement « à sensibiliser les participants à leur propre position de pouvoir, à leurs privilèges, et à leur complicité inconsciente avec le racisme, qu’ils ou qu’elles rejettent, et aux conséquences de ce déni sur la santé mentale de leurs interlocuteurs et interlocutrices racisées ».

J’ai dû lire au moins cinq fois la phrase, je ne comprenais pas le descriptif. D’autant plus que je suis viscéralement opposé à toute forme de racisme. Être raciste, c’est perdre le combat. Jamais je n’ai permis une seule remarque raciste dans mon restaurant. Si un jour c’était arrivé, si un client avait osé le faire, il n’aurait pas eu le temps de toucher son assiette et aurait fini dehors. Et ça, les employés de diverses origines que j’ai côtoyé au cours de ma carrière le savent très bien.

Fild : Comment interprétez-vous le militantisme de cette association ?

Charles Compagnon : C’est la porte ouverte à tous les procès d’intention. C’est l’inverse des valeurs républicaines. Vous êtes blanc, donc vous êtes raciste. Tous ces gens-là qui parlent de race en permanence sont en train de ramener ce concept qui avait pourtant disparu. Alors que c’est quelque chose qui, scientifiquement, a été démontré comme totalement faux et qui n’existe pas ! Ils ont décidé de réinventer le combat de la race. La lutte des classes devient la lutte des races. Cet atelier dont j’ai dénoncé l’organisation a été animé par Carmen Diop, psychologue du travail, doctorante en sciences sociales et en sciences de l’éducation à l’université Paris VIII. Elle est intervenue en 2020 dans un colloque intitulé « Peut-on parler de féminisme ? ». Elle a affirmé que les blancs ne savent pas qu’ils sont blancs, et ne sont pas habitués à être remis à leur place. On voit bien qu’entre ce colloque et cet atelier, il y a un fil conducteur : les blancs ne savent pas qu’ils sont racistes, il y a un racisme systémique, etc…

Fild : Ce n’était pourtant pas la première subvention débattue pour cette association ?

Charles Compagnon : Non, c’était la septième. On avait déjà voté 17 500 euros de subventions pour cette association. On se disait bien alors qu’il y avait quelque chose qui ressemblait à du racialisme, mais on n’avait pas suffisamment de preuves. En juin 2021, lors du dernier conseil avant l’été, deux subventions de 1000 euros et 2113 euros avaient été présentées dans deux délibérations différentes, avec comme objectif clair de dissimuler le montant total. Alors qu’il s’agissait bel et bien de 3213 euros qui partaient à la même association. Ce qui m’a fait récemment fait réagir, en décembre dernier, c’est la dernière subvention en date de 1500 euros que l’on devait valider pour l’association déCONSTRUIRE au motif d’acquérir des ouvrages pour sa bibliothèque qui, selon mes sources, avait vocation à être « destinée uniquement aux petits enfants noirs ». Des pressions ont obligé l’association à élargir le public de cette bibliothèque, aujourd’hui décrite comme une sélection de documents portant sur l’histoire, le présent et l’analyse des effets du racisme ainsi que sur les ressentis discriminatoires. Tout ce que je vous dis est vérifiable et public.

« Pour lutter contre la stigmatisation, ces associations stigmatisent quelqu’un d’autre »

Fild : Comment la mairie de Rennes a-t-elle justifié ces subventions ?**

Charles Compagnon : Ils justifient cela par la nécessaire lutte contre le racisme et les discriminations auxquelles le colloque subventionné fait référence. J’ai précisé, lors du conseil municipal de décembre dernier, que je ne m’opposerais pas au colloque, mais aux thèses décoloniales et indigénistes. Cela n’a rien à voir avec le racisme. Mais je constate que le « wokisme » est arrivé à Rennes, et je le regrette. Oui, la municipalité est à gauche dans sa politique, c’est une ville jeune et associative. Mais le racialisme, l’indigénisme porté par la Ville, c’est nouveau. Ce n’est pas ça Rennes, ce n’est pas la Bretagne. Nous sommes ouverts, tolérants, on n’accuse pas les gens comme ça. En fait, pour lutter contre la stigmatisation, ils stigmatisent quelqu’un d’autre. C’est inadmissible, ce n’est pas de l’universalisme. Et au sein de notre groupe à la mairie, nous avons martelé que le combat contre les discriminations doit être universaliste, et aucunement identitaire, ce qui aggraverait le risque de fracturer une société qui l’est déjà beaucoup.

Fild : Quelles ont été les réactions politiques au niveau local ?

Charles Compagnon : Pendant le Conseil municipal, le groupe « écologiste et citoyen » de Rennes a tweeté que le débat « s’extrême-droitisait » après mon intervention. On m’a accusé de nier les situations de racisme contraires à la République. C’est extraordinaire : je me retrouve traité de raciste d’un côté par l’extrême gauche, puis sur Facebook, c’est le Rassemblement National qui m’a attaqué pour dire que je devrais avoir honte de me plaindre après avoir voté les précédentes subventions de l’association déCONSTRUIRE. Je ne suis pas abattu ou dérangé par ces attaques, mais plutôt par le fait que cette gangrène de la division attaque ma ville.

* Aurélia Décordé Gonzalez, présidente de l’association déCONSTRUIRE, a décliné notre demande d’entretien

**Nous avons contacté la mairie de Rennes qui n’a pas souhaité pas communiquer davantage sur le sujet que ce qui a été dit lors du conseil municipal.

Fild