Rennes (35) : Le combat d’Awa Gueye pour son frère Babacar

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Awa Gueye a fait faire une maquette du lieu où Babacar est mort, sur laquelle elle a reportés les indices relevés durant l’enquête, comme les points d’impact des balles et l’emplacement des douilles.

Babacar Gueye, un jeune Sénégalais de 27 ans, a été tué de cinq balles par un policier dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Rennes. Près de cinq ans après, l’instruction est bientôt close, selon le procureur.

C’est comme un film projeté en boucle dans sa tête. Il hante ses nuits, l’empêche de trouver le sommeil. Le jour, il lui cause d’horribles migraines et des maux de ventre. Voilà cinq ans qu’Awa Gueye ressasse la mort de son frère Babacar, Sénégalais de 27 ans tué de cinq balles par un policier dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Rennes. Cinq ans, et Awa n’a encore que des questions.

Régulièrement, elle tente de reconstituer les faits grâce à une petite maquette, faite de planchettes de bois et de piques à brochette, représentant la cage d’escalier où le drame s’est produit. Awa y a dessiné tout ce qu’une scène de crime peut contenir d’indices : impacts de balle, douilles, traces de sang…

Elle étudie la trajectoire des coups de feu, les distances de tir, la position du policier et celle de Babacar. Puis elle pense à son petit frère. Cette nuit-là, il n’était pas dans son état normal ; il se mutilait avec un couteau. Pourquoi la police est-elle intervenue avant les secours ? Pourquoi l’ont-ils tué ? Pourquoi n’ont-ils pas su l’aider ?

Le 24 septembre, elle a obtenu une reconstitution des faits grandeur nature, dans le cadre de l’information judiciaire pour « homicide involontaire par personne dépositaire de l’autorité publique », ouverte en 2017. Vêtue d’un sweat sur lequel est inscrit « Justice pour Babacar, assassiné par la police », Awa s’y est rendue accompagnée d’une cinquantaine de personnes venues la soutenir.

Dans la foulée, le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc, a fait savoir que « l’instruction, sauf nouvelles demandes des parties, devrait pouvoir être clôturée dans les prochaines semaines ». A la date du 12 novembre, ce n’était pas encore le cas.

Pour l’avocat du policier, Frédéric Birrien, « il ne fait aucun doute que [son] client ait agi dans le cadre de la légitime défense pour protéger sa propre personne et ses collègues ». Une analyse partagée par le parquet mais que réfutent les deux avocates d’Awa, Muriel Ruef et Lucie Simon.

« Quand huit policiers formés à maîtriser un individu, équipés de tasers et de revolvers, font face à un homme manifestement en pleine bouffée délirante, dangereux avant tout pour lui-même, la légitime défense doit être questionnée », estime Me Ruef. Quant à Awa, elle a promis de se battre jusqu’au bout : « La moindre des choses, quand la police tue quelqu’un, c’est d’avoir une vraie enquête et un procès. » […]

Le Monde

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