Rennes : Pour ne pas être expulsé vers la Suède, l’ancien grand reporter afghan refuse le test PCR et ne se rendra pas à la police, “c’est une question de survie” (Màj: Elyaas entre en clandestinité)

08/04/2021

Le reporter de guerre afghan, menacé de mort dans son pays d’origine, espérait obtenir l’asile en France. Il se heurte au règlement Dublin, qui lui impose de retourner en Suède. Alors menacé d’expulsion, il a décidé de vivre caché, pour les mois à venir. La préfecture d’Ille-et-Vilaine souhaite rappeler ce qu’est la procédure dite « Dublin », qui s’applique aux pays de l’espace Schengen.

Assigné à résidence dans un foyer pour demandeurs d’asile à Rennes, Elyaas Ehsas est menacé de mort par les talibans dans son pays

« J’ai décidé de ne pas respecter la loi pour sauver ma vie ». Assigné à résidence dans un foyer pour demandeurs d’asile à Rennes, le journaliste afghan Elyaas Ehsas a décidé d’entrer en clandestinité pour éviter une expulsion vers son pays où il est menacé de mort par les talibans. « Je vais disparaître pendant dix-huit mois et ensuite, je demanderai l’asile en France », a-t-il indiqué.

Elyaas Ehsas, qui travaillait dans son pays pour une chaîne de télévision, appartient à la communauté Hazara, une communauté chiite discriminée et ciblée par les talibans sunnites. La préfecture lui avait demandé de réaliser un test PCR lundi, ce qui laissait augurer d’une expulsion vers la Suède, où il est sur le coup d’une mesure d’expulsion vers l’Afghanistan. Il devait également pointer mardi après-midi à la police aux frontières mais il a décidé de ne pas s’y rendre, de crainte d’être placé en centre de rétention puis expulsé.

Il devrait pouvoir déposer une demande d’asile en 2022

« Il a décidé de vivre et de ne pas prendre le risque de se retrouver assassiné par des talibans dans quelques mois à Kaboul », a expliqué son avocat Clément Père car « chaque mois, ses confrères sont assassinés en Afghanistan ». En exil depuis 2015, Elyaas Ehsas est arrivé en France à l’automne 2020. Selon son avocat, il devrait pouvoir déposer une demande d’asile en France en avril 2022. « La France a une position plus protectrice et plus en accord avec la situation en Afghanistan. Je n’ai pas trop de doute sur le fait que le juge français de l’asile le protégera », a estimé Clément Père.

Ouest-France

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06/04/2021

J’ai discuté avec mes amis, avec les associations qui m’entourent, beaucoup me recommandent de ne pas me rendre à la police ce soir. Je suis sûr à 99% de ne pas m’y rendre”, nous confie Elyaas Ehsas. Cette décision est difficile à prendre, car elle va à l’encontre de son caractère. Elyaas Ehsas est légaliste, il s’est toujours soumis aux obligations. Mais pour lui, ce soir, c’est une question de survie. “Je suis obligé, c’est dans mon droit de me protéger”. 

C’est trop risqué de se présenter ce soir”, confirme Carole Bohanne, membre du mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) 35 et qui le soutient depuis le début.

Quand on est en danger de mort, il y a un instinct de survie plus fort que tout. Il préfère prendre le risque d’être dans l’illégalité que de risquer sa vie.

Clément Pere, avocat d’Elyaas Ehsas

La semaine dernière, la préfecture lui avait demandé d’effectuer un test PCR pour ce mardi 6 avril. Son avocat et les associations qui soutiennent Elyaas Ehsas en sont persuadés : si on lui demande de se présenter avec un test PCR à la police aux frontières, c’est pour le renvoyer le lendemain en Suède. 

En effet, selon les accords de Dublin, seule la Suède, son premier pays d’accueil, peut le régulariser. C’est la raison pour laquelle, mi-janvier, la France avait rejeté son droit à une demande d’asile. Quant à la position de la Suède… L’été dernier, le pays lui a refusé sa demande d’asile et le menace de le renvoyer en Afghanistan.

Une vie dans la clandestinité 

Dans les prochains mois, Elyaas Ehsas va donc devoir vivre caché, mais il affirme ne pas avoir peur. “De toute façon, j’ai tout le temps peur de mourir”, se désole-t-il. Selon son avocat, Elyaas Ehsas pourrait être déclaré en fuite par les autorités dans les prochains jours. L’Office Français de l’Immigration et Intégration (OFII) risque de lui suspendre les aides financières. Elyaas Ehsas n’aura plus d’hébergement. 

Dans un an minimum, selon les accords de Dublin, s’éteindra la responsabilité de la Suède. Elyaas Ehsas pourra refaire sa demande d’asile. 

France3

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Elyaas Ehsas était grand reporter en Afghanistan. Menacé par les Talibans, il a fui en Europe en 2015. Mais il craint d’être renvoyé en Suède, puis vers l’Afghanistan. La préfecture d’Ille-et-Vilaine lui a demandé d’effectuer un test PCR en vue d’un pointage auprès de la police aux frontières. Une employée de laboratoire a accepté de ne pas réaliser le prélèvement.

Ouest-France

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12/03/2021

Elyaas Ehsas, 27 ans, autrefois grand reporter en Afghanistan, est menacé d’expulsion « Dublin ». Menacé de mort par les talibans, il craint pour sa vie. Il a fui l’Afghanistan il y a six ans.  Cette semaine, quatre de ses compatriotes ont été évacués par avion, vers la Suède, le pays de première entrée de ces migrants dans l’Union européenne.

Elyaas Ehsas a couvert les exactions des talibans pour Rah-e-Farda, une chaîne d’information de la minorité chiite des Hazaras, à laquelle il appartient. Accusé de trahison, à partir d’octobre 2015, menacé de mort par les fondamentalistes islamistes, il prend le chemin de l’exil, d’abord avec son frère. « J’ai fui pour trouver une place où j’allais pouvoir vivre. Un nouveau pays dans lequel je devais tout réapprendre, comme un enfant », souffle-t-il dans un anglais parfait.

La guerre, Elyaas Ehsas la connaît bien, lui qui a choisi pour métier de la raconter. Cependant, de sérieuses menaces de mort l’ont contraint à prendre le chemin de l’exil. Après deux mois et demi d’errance dans des conditions inhumaines, il pénètre en Europe, et achève son périple en Suède. Quatre ans d’attente juridique, où il retrouve goût à la vie, mais voit finalement sa demande d’asile rejetée. Abandonnant tout ce qu’il avait créé et entrepris, il tente à nouveau sa chance, en France cette fois. À l’arrivée, sa requête est invalidée en raison du protocole de Dublin. Ce dernier limite l’instruction de la demande d’asile d’une personne à la justice d’un seul pays européen, en l’occurence celui ou il a été en premier recensé. En vertu de cette loi, il craint maintenant une expulsion en Suède, puis vers l’Afghanistan, ou il risque d’être assassiné.

Clément Pere, son avocat, défend Elyaas Ehsas aux côtés de Reporters sans Frontières (RSF) afin que la France accepte d’évaluer sa demande d’asile. « La France et la Suède divergent sur la situation géopolitique et sécuritaire en Afghanistan et notamment à KaboulOr la position du juge français de l’asile est de considérer que des journalistes comme Elyaas sont des profils à risque impliquant un besoin de protection internationale. Nous espérons donc que le recours devant le tribunal administratif de Paris pourra aboutir à l’annulation de son transfert en Suède », explique-t-il. […]

La première étape, et peut-être la plus dangereuse, était de sortir d’Afghanistan. Je suis monté dans un bus vers Kandahar (ancienne capitale des talibans à l’est du pays), tout en sachant que cette route était extrêmement dangereuse, d’autant plus pour les personnes issues de la minorité Azara à laquelle j’appartiens. Pour me camoufler, j’ai enfilé des habits traditionnels. Les carcasses de voiture sur le long de la route et les ponts éxplosés me rappellaient sans arrêt que si nous étions contrôlés, je finirais éxécuté sur le bord de la route.

Le trajet s’est déroulé sans encombres, et j’ai rejoint un réseau de passeurs pour traverser la frontière pakistanaise. À l’approche de celle-ci, le chauffeur nous a dit de finir à pied, car la zone était trop dangereuse. Après de longues heures de marche, j’ai fini par trouver un bus. On m’a mis à l’arrière dans une cache à proximité du moteur. Huit heures durant, je ne pouvais pas respirer. À ce moment-là je me disais que je préférerais qu’on me tue plutôt que de continuer à vivre cet enfer. Comme si ça ne suffisait pas, après avoir passé la frontière iranienne, je suis tombé sur des hommes armés qui m’ont tout pris : téléphones, argent, vivres etc.. Puis j’ai réussi aux côtés de centaines de migrants, à accéder à la Turquie où j’ai pu planifier mon départ en Europe. Dix jours plus tard, des passeurs nous ont mis à une cinquantaine sur un tout petit bateau et laissés seuls faire la traversée. Miraculeusement, nous n’avons pas coulé, et atteint la Grèce. Pour ma part, j’ai rejoint la Suède en train. Tout cela m’a pris deux mois et demi.

Les conditions d’accueil ont été excellentes. On m’a d’abord placé une semaine dans un hôtel le temps d’enregistrer ma demande d’asile, puis dans un autre logement, le temps de la traiter. J’ai travaillé en tant que volontaire avec la Croix Rouge et l’organisation Save the Children. Je faisais office de traducteur pour les autres réfugiés afghans, mon but c’était de donner de la motivation à ces gens-là, et ça me permettait aussi de m’en donner à moi-même.
Malheureusement après plus de quatre ans de vie sur place, ma demande a été refusée et j’ai dû me résigner à partir dans un autre pays. J’ai choisi la France.

Il y a trois mois, lorsque je suis arrivé, la situation était difficile. Le pays était en plein confinement, je dormais avec des centaines de personnes dans des campements situés à Saint-Denis, à proximité du Stade de France. Puis j’ai été relogé à Rennes par une association. Aujourd’hui je bénéficie de ma propre chambre et d”un petit budget pour vivre, en attendant. Ma situation est celle d’une attente perpétuelle.

Ouest-France