Retraite : « Il faut rembourser 60.000 euros! », les situations kafkaïennes de ces femmes qui ont repris une activité professionnelle

Pour compléter leur trop faible pension, des retraitées ont repris une activité professionnelle. Sans savoir qu’elles dépassaient le plafond autorisé, et sans que l’administration ne les en avertisse.

Ce sont «des histoires kafkaïennes», mais qui arrivent «de plus en plus souvent», témoigne Me Laurent Rabbé, avocat en droit du travail. Pour compléter leur trop faible pension, des retraités – des femmes pour la plupart, anciennes fonctionnaires, mères de famille nombreuse – ont repris une activité professionnelle. Sans savoir – et sans que l’administration ne les en avertisse – qu’elles dépassaient le plafond autorisé…

Des années plus tard, voilà que le service des retraites de l’État leur réclame un trop-perçu! «C’est la triple, voire la quadruple peine! s’émeut l’avocat parisien. Vous avez eu une carrière hachée, des emplois précaires, donc vous avez une petite retraite. Ainsi votre niveau de cumul autorisé est bas, et vous allez vous retrouver à devoir payer des sommes incroyables en ayant des revenus très modestes.»

Le dernier dossier que Me Rabbé vient de recevoir concerne une ancienne fonctionnaire de bientôt 65 ans. «Elle a continué à travailler pour un conseil départemental, indique-t-il. Pendant des années, d’un côté la Direction générale des finances publiques (DGFIP) lui versait sa pension – autour de 900 euros -, de l’autre le département déclarait les revenus à la DGFIP… Et l’an dernier, on est venu lui dire “vous avez excédé le plafond du cumul emploi-retraite ; il faut rembourser 60.000 euros!” Ça signifie que pendant tout ce temps, le service des impôts de l’État ne communiquait pas avec celui des retraites de l’État?».

La retraitée a fait un recours auprès du Trésor public. «Mais alors qu’elle touche 1200 euros, tout ce qu’on lui propose c’est d’échelonner le remboursement en payant 2000 euros par mois! s’effare son conseil. Elle a calculé qu’elle pourrait au mieux rembourser 200 euros: vous imaginez combien de mensualités ça lui fera?»

«Quelques milliers de dossiers par an»

La même mésaventure est arrivée à une autre de ses clientes, ancienne puéricultrice mise à la retraite d’office pour invalidité, qui a continué en tant qu’assistante maternelle à domicile pour compléter sa pension de 800 euros. Mais encore à cette retraitée de La Poste, qui a travaillé dans une boulangerie puis dans une mairie, et à qui l’administration fiscale réclame plus de 22.000 euros. «Il s’est passé douze ans sans qu’on ne me dise rien!», s’est-elle étonnée auprès de BFMTV. Elle envisage d’engager une action commune avec d’autres retraités confrontés à la même situation.

«Il s’agit de protéger les intérêts du régime et de ses cotisants en reprenant les sommes versées à tort», répond la DGFIP, précisant que cela concerne «quelques milliers de dossiers par an». Si le cumul d’une retraite avec le revenu d’une activité professionnelle est possible pour tous les retraités du régime général, certaines règles sont à respecter. Si vous ne bénéficiez pas d’une retraite à «taux plein», le total mensuel de votre nouveau revenu et de vos retraites ne doit pas dépasser la moyenne mensuelle de vos revenus d’activité des trois derniers mois (ou 1,6 fois le smic si cela est plus avantageux). En cas de dépassement, le montant de votre retraite sera réduit d’autant.

Le Figaro