Rochefort (17) : Expédition punitive entre Turcs et Kurdes sur fond d’élection présidentielle “des violences en réunion au motif de l’éthique raciale”

Dans cette affaire jugée au tribunal de La Rochelle ce jeudi 8 juillet, les deux communautés s’étaient affrontées en 2018 sur le parking d’une station-service. Ce sont six membres de la communauté kurde de Rochefort, mais ils auraient pu être bien plus, qui se sont retrouvés à la barre du tribunal judiciaire de La Rochelle.

Cinq heures de débats auront été nécessaire pour apurer ce dossier d’ampleur, en lien direct avec la situation politique que connaît la Turquie ces dernières années. Que s’est-il réellement passé le 24 juin 2018 entre 22 et 23 heures sur le parking de la station-service Esso de Rochefort ? Le ministère public, tout comme le tribunal n’hésitent pas à parler d’une véritable expédition punitive ce soir-là.

Deux convois pour une rixe

D’un côté, un convoi de véhicules de la communauté turque de La Rochelle venu fêter à Rochefort, la victoire aux élections présidentielles de Recep Tayyip Erdoğan. De l’autre, un second convoi de voitures de la communauté kurde de Rochefort, qui elle, parle de provocation. Lors de leur arrivée sur les lieux, les policiers prennent en charge un couple blessé réfugié derrière un buisson.

Mais tous les protagonistes de la rixe se sont évaporés dans la nature. Les forces de l’ordre constatent de nombreuses dégradations et traces de sangs au sol. Certaines victimes se présentent dans la nuit aux urgences de l’hôpital de la ville pour êtres prises en charge.

Trois se voient prescrire des interruptions temporaires de travail pour des durées allant de 4 à 10 jours.

Vidéosurveillance

L’exploitation de la vidéosurveillance de la ville et de la station-service, permettra l’interpellation de six kurdes, dont certains seront placés sous contrôle judiciaire et d’autres en détention provisoire durant quelques semaines pour des violences commises en réunion au motif de l’éthique raciale.

Tous les prévenus reconnaissent peu ou prou avoir frappé les turcs à coups de poing, bâtons ou peignes de carreleurs. Reste le motif. « J’ai entendu du bruit. Je voulais voir ce qui se passait et là je me suis fait insulter », explique Nurettin. Un autre prévenu parle d’un drapeau turc qui aurait été sorti par provocation, « on avait entendu dire que des turcs venaient de La Rochelle, pour tuer des kurdes. Ils sont venus pour se foutre de notre gueule ».

Un autre, qui selon lui pensait rejoindre avec son drapeau du PKK un groupe de kurdes pour fêter le score de leur candidat aux élections, tombe nez à nez avec les turcs, « un m’a frappé, alors je l’ai frappé ». Alors que Ayhan emmène cette bagarre collective sur le terrain de la politique internationale,

Les turcs ne nous laissent pas tranquilles. Ce sont des fascistes. Ce sont eux les responsables des massacres. Tant qu’ Erdoğan sera au pouvoir, les kurdes seront en danger, même à Rochefort. Nous, on a choisi la paix en décidant de venir habiter en France”. – Ayhan. Prévenu

Le tribunal interrompt le prévenu, « pas de plaidoyer politique ici ». Pourtant le trentenaire, tout comme Ekin qui bénéficie du statut de réfugié politique continuent de plaider la cause de leur peuple, « des fois ils passent dans le quartier du Petit Marseille de Rochefort , là où vivent 60 familles kurdes en exhibant le drapeau du Loup Gris. C’est interdit en France ».

Ekin explique qu’une des victimes turques qui a été frappée ce soir-là est un des membres du mouvement ultranationaliste turc,  néofasciste et anti-kurdes dissout en France en novembre 2020.

Un an à 18 mois de prison requis

Du côté du ministère public l’heure est au recadrage, « la France est une terre d’accueil et d’asile. Mais la France n’accepte pas les violences aux motifs éthiques, raciales, religieux ou sexuels ». Le procureur de la République, Thierry May, enfonce le clou, « c’était une expédition punitive. Vous étiez là, pour aller choper du turc!”. Des peines de prison allant d’un an à 18 mois sont requises. 

La réduction des quantums ainsi que des relaxes partielles sont plaidées par la défense. Me Brice Giret rappelant, « les kurdes ce sont nos Palestiniens d’Europe ». Alors que même s’il a été écarté des débats par le tribunal, « le contexte politique est à prendre en compte dans ce dossier », rappelle Me Matthieu Coutant.

Les six prévenus ont tous été reconnus coupables par le tribunal. Cinq dont le casier judiciaire était vierge ont écopé de six mois de prison avec sursis. Le dernier a été condamné à neuf mois de prison avec sursis. Son casier comportait déjà deux mentions. Tous devront également indemniser deux des victimes qui s’étaient constituées partie civile, mais qui étaient absentes à l’audience.

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