Roquebrun (34) : “Ils jetaient des bananes et du poisson pourri sur mon magasin”, le calvaire d’une Camerounaise victime de racisme, forcée de plier bagages

À Roquebrun, Nadine Amagne s’est battue pour faire tourner son commerce malgré la jalousie et le racisme. Elle a subi des coupures d’eau inexpliquées, trouvé des poissons pourris devant sa vitrine… Sept ans plus tard, elle tourne la page. Mais entend bien « partir la tête haute ».

Sur sa petite terrasse en palettes, il n’y a plus rien. À travers la vitrine, on aperçoit un fouet abandonné, quelques sacs en wax et des marmelades safranées empilées par dizaines, derrière un panneau « Orangeade » désespérément replié. Pas âme qui vive, et pour cause : après six ans de galères et d’attaques racistes, la Maison de l’épice est sur la sellette en raison d’impayés de loyers. Un engrenage déroutant, qui a conduit Nadine Amagne devant le tribunal cet hiver.

Cette artiste peintre s’est installée dans cette petite commune touristique de 600 habitants. Elle confectionne par ailleurs des produits culinaires avec du safran issu de sa propre production dans une commune voisine, Berlou.

Un véritable harcèlement

Depuis son arrivée, Nadine ne compte plus les nombreux actes de malveillances : des bananes pourries lancées sur la façade de son commerce rue du Barry (juste derrière le bureau de Poste), du poisson décomposé dégageant une odeur pestilentielle sur son magasin ou encore des voitures qui se garent délibérément au ras de sa boutique.”

Des bananes et du poisson pourri sont lancés de manière régulière contre son magasin. Des actes odieux dénoncés par une partie de la population qui a conscience que la réputation du village est entachée.

Faisant suite aux révélations d’actes malveillants la visant à travers sa boutique Nadine Amagne a reçu de très nombreux soutiens par les réseaux sociaux et directement rue du Barry où se tient son commerce. Le problème a été évoqué en conseil municipal de Roquebrun. Francine Marty, la maire, l’a reçue. Michel Bordenave, premier adjoint, lui a rendu visite et il faut noter aussi l’intervention directe d’une personnalité politique départementale de premier plan. Tout n’est pas résolu. Nadine attend que les promesses se concrétisent mais déjà elle a retrouvé le sourire et la volonté d’aller de l’avant. Il faut dire que cette jeune femme a plusieurs cordes à son arc. Fille d’un professeur de français, elle en a hérité un goût artistique multiforme.

Cette commerçante est désespérée. Elle vit seule ici avec sa fille. Nadine est arrivée en 1992 dans le sud de la France, où elle a passé son baccalauréat et ses diplômes supérieurs. Son dossier de naturalisation est en cours. Elle n’osait pas évoquer ce qu’elle vivait. Depuis peu, des commerçants voisins et des habitants viennent la soutenir. Elle a déposé une main courante à la brigade de gendarmerie pour dénoncer ces actes.

Mais Nadine ne semble pas la seule à avoir été victime de faits similaires. Il y a sept ans, Clément a ouvert un bureau de tabac dans ce charmant village au bord de la rivière l’Orb, à 35 kilomètres environ au nord-ouest de Béziers, dans les Hauts cantons de l’Hérault. Les premières années de ce jeune Martiniquais trentenaire n’ont pas été faciles. Des rumeurs ont circulé dès son installation. “J’étais un revendeur de drogue” disaient les mauvaises langues. Une rumeur prise très au sérieux, ce qui lui a valu une enquête de gendarmerie. 

Sa mère, installée dans le village bien avant lui, se souvient encore des moments difficiles subis par son fils. 

Ses œuvres non figuratives ont rencontré un vif succès dans plusieurs galeries de Montpellier où elle exposait régulièrement avant que son intérêt ne s’oriente vers la terre. La voilà installée à Berlou où elle développe une plantation de safran. C’est à partir de ce petit trésor qu’elle va créer de nombreux produits : des confitures de fruits sauvages, d’églantine, de pêches de vigne… Elle cherche les fruits méconnus, se plonge dans les assaisonnements d’épices, les vinaigres improbables et puis vient son célèbre sirop de foin dont certains diront qu’il est génial. Nadine innove et explique comment savourer ses créations.

Elle ajoute : ” J’aime le beau et le bon… Mes parents étaient épicuriens .” Nadine a voulu apporter encore une touche d’Afrique avec son poivre Penja cultivé uniquement dans cette région volcanique du Cameroun dont elle est originaire. Il existe en noir, blanc et vert. Enfin elle est aussi musicienne puisqu’elle joue de l’alto dans l’orchestre de Saint-Pons. Elle aime avant tout partager ses découvertes, ses coups de cœur. Autant de talents à découvrir dans sa boutique de Roquebrun, mais aussi dans le cadre des ateliers qu’elle organise à domicile.

Mediapart