Rouen (76) : “Du travail, j’en ai, c’est incompréhensible”, le combat de 57 travailleurs migrants, syndiqués à la CGT, qui exigent leur régularisation

57 travailleuses et travailleurs sans papiers ont signé une lettre adressée à la préfecture, à Rouen, pour demander à être régularisés. Ils sont en France depuis plusieurs années.

Alassane, Marie-Louise et Flory ont tous les trois pu trouver du travail en France. Ils demandent désormais à être régularisés.

Alassane, Marie-Louise et Flory ont tous les trois pu trouver du travail en France. Ils demandent désormais à être régularisés.

« Vous avez votre dignité de travailleurs, vous n’êtes pas des profiteurs ! » Le message du collectif CGT des travailleurs sans papiers est clair, et ses membres comptent bien le faire entendre à la préfecture de Seine-Maritime. Mercredi 20 octobre 2021, les militants étaient reçus dans la soirée à la préfecture à Rouen, une nouvelle fois, pour évoquer la situation de ces sans-papiers qui sont « aides à la personne, dans des Ehpads, travaillent dans les transports ou dans la restauration ».

Alassane, en France depuis 2009

En situation irrégulière, ils n’ont pour certains ni allocation chômage, ni assurance maladie et, après des années passées en France, plane toujours sur eux la menace de l’obligation de quitter le territoire français (OQTF). Une lettre, signée par 57 travailleuses et travailleurs sans papiers et demandant la régularisation des concernés, a ainsi été remise aux services de la préfecture. Alassane, 50 ans, est l’un d’eux. En France depuis 2009, après son départ du Sénégal, il a trouvé des emplois dans le nettoyage industriel, puis dans le ramassage des déchets.

Le collectif #CGT des travailleurs sans papiers s’est rassemblé devant la préfecture de #Rouen pour dénoncer les conditions de vie des personnes en situation irrégulière : « Vous avez votre dignité de travailleurs, vous n’êtes pas des profiteurs » pic.twitter.com/wd6UL1jKeB

Il a réussi à faire annuler par le tribunal administratif une première OQTF il y a quelques années, mais il en a récemment reçue une nouvelle, à son grand désarroi. « Du travail, j’en ai, on a besoin de moi partout », explique-t-il. Il vit dans une résidence gérée par l’Armée du salut. Même incompréhension chez Marie-Louis, 40 ans, et maman de deux enfants de 10 et 14 ans.

« Mes collègues m’ont soutenue »

Native de la République du Congo, elle est arrivée en France en 2016. Elle a ensuite enchaîné les emplois, mais a été contrainte d’arrêter le dernier, en novembre 2020. « J’étais remplaçante dans un Ehpad de Bois-Guillaume, pendant deux ans. Quand j’ai reçu l’OQTF, mes collègues m’ont soutenue. Les anciens patrons ont dit qu’ils attendaient mon retour », souffle-t-elle. Si elle ne parvient pas à faire annuler la décision, elle devra quitter le pays en mars 2022. Flory, lui a travaillé dans un centre de tri postal. Il l’affirme : « J’étais à deux doigts d’être embauché. » Lui aussi a dû arrêter, car il n’a plus l’autorisation de travailler. 

Les démarches sont les suivantes : pour obtenir un titre de séjour avec autorisation de travailler, il faut prouver que l’on travaille déjà, avec des bulletins de salaire ou d’une promesse d’embauche. « Mais la préfecture délivre de moins en moins de titres de séjour, glisse une militante. En travaillant, ils cotisent, sauf qu’eux, n’ont ni le droit à l’allocation chômage, ni le droit à la protection sociale, s’ils gagnent ‘trop’. » 

Et Flory de conclure : « Je paie mon loyer, je travaille, et on me fait comprendre que je dépends de l’État, c’est incompréhensible. »

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