Roumanie : Les diplômes d’Elena Ceaușescu, le « Génie des Carpates »

Elena Petrescu naît le 7 janvier 1916 en roumaine dans une famille d’origine rurale. Jeune fille, elle tient un bar dans la banlieue de Bucarest où elle termine une scolarité médiocre en quatrième. Avec son frère, elle travaille comme assistante de laboratoire d’analyses avant de devenir ouvrière dans une usine textile.

Née en 1916, cette fille de paysans, qui n’a guère fréquenté l’école, occupe de modestes fonctions d’assistante de laboratoire lorsque sa carrière s’accélère brusquement à partir de 1957, l’année où Nicolae Ceaucescu devient numéro deux du Parti communiste. Deux fois recalée à sa maîtrise de chimie, elle finit par la décrocher sous la menace.

En matière scientifique, elle ne comprenait rien à rien, parlait un très mauvais roumain et aucune langue étrangère », pestait en 1990, José Jaz, chimiste et ancien représentant de l’Unesco à Bucarest. A partir des années 1970, Elena Ceaucescu enchaîne les titres ronflants et exige de cosigner, voire de s’approprier intégralement les travaux des spécialistes roumains de chimie macro-moléculaire, souvent de très bon niveau.

Le pays tout entier savait qu’elle avait arrêté l’école à quatorze ans. Chaque nouveau diplôme que lui remettait l’université de Bucarest était source d’inédites plaisanteries. alors quand ce fut au tour des universités étrangères de lui accorder des titres de docteur honoris causa en chimie, aux Etats-Unis, en Grèce, en France, en Argentine, le tout amplifié, déformé par la presse d’État, parfois diffusé à la télévision nationale en différé.”

En 1947 : Elena travaille alors comme secrétaire au ministère des Affaires étrangères, ce qui fait d’elle une figure de l’élite du parti communiste qui ne manquera de rien et ne sera jamais menacée, même aux moments les plus rigoureux de la dictature. Le  23 décembre 1947, elle se mari avec Nicolae Ceaușescu rencontré dans le Parti.

À partir de 1948, elle est affectée au prestigieux département international du Comité central du PC, où elle reste une personnalité de second rang jusqu’à la nomination de son mari au poste de secrétaire général du parti, en 1965. À partir de juillet 1971, lui sont confiés des postes de haut niveau de responsabilité au sein du Parti communiste roumain.

Ses diplômes

Dans les années 1950, elle obtient un diplôme d’ingénierie chimique à l’Université Politehnica (Bucarest), elle devient directrice générale de l’Institut de recherches chimiques roumain et devient également membre de l’Académie des sciences. Son niveau d’instruction limité ne l’empêche pas d’accaparer de nombreux prix scientifiques internationaux en chimie, notamment en matière de polymères, durant la période où son mari est à la tête du pays : il fallait à tout prix que l’ex-assistante de laboratoire devenue l’épouse du n° 1 roumain apparaisse comme le fruit d’une réussite sociale exemplaire et aucun scientifique n’était assez téméraire pour refuser d’écrire les articles qu’elle signait.

Elena Ceaușescu devient ainsi docteur-ingénieur en chimie, bien que sa thèse ait été tout d’abord refusée pour insuffisance par le professeur Cristofor I. Simionescu, qui fut limogé et son nom retiré des encyclopédies.

Elena Ceausescu trouva en la personne de Ion Ursu, un jeune universitaire servile, dont la carrière devint fulgurante. Ainsi la presse de l’époque put-elle saluer « la contribution décisive » qu’elle apporta à la science dans le domaine de la recherche sur les polymères et les composants de synthèse macromoléculaires… ce qui faisait ricaner ses compatriotes, lesquels rapportaient complaisamment que la femme de leur dirigeant ne connaissait même pas la composition chimique de l’eau.

Cela permet à la première dame roumaine de recevoir des diplômes honorifiques de prestigieuses universités étrangères, elles-mêmes sous la pression de leurs propres gouvernements (notamment celles d’Athènes, Buenos Aires, Lima, Manille, Mexico, Nice, New York, Quito et Téhéran) qui soignaient leurs bonnes relations avec le Bloc de l’Est.

Elena passe pour une scientifique émérite, couverte de doctorats et de distinctions décernées par des institutions occidentales, dont un département de l’université de Nice qui n’existe pas. Mais cela se savait tant dans la population que dans la communauté scientifique du pays, qui est très fermement invitée par la Securitate (police politique du régime) à taire ses railleries, certains scientifiques ayant été emprisonnés.

Pour bien des motifs, les Roumains gardent un ressentiment tenace à l’égard d’Elena Ceausescu , heurtés encore plus par sa prétention, alors que son ignorance et son absence de culture étaient proverbiales, que par l’influence néfaste qu’elle exerçait sur son mari et sur le pays.

La femme du « conducator » n’avait de cesse d’être reconnue comme une scientifique exceptionnelle. L’encyclopédie roumaine de l’époque consacre près d’une demi-page à tous les titres qu’elle s’est fait complaisamment attribués.

Au cours des événements de l’époque, les Roumains ont beaucoup glosé sur la découverte du carnet scolaire de la future femme de leur leader. On y découvrait qu’elle était une élève très médiocre, n’ayant suivi, en tout et pour tout, que deux classes primaires, ce qui amena un journaliste à conclure, sur le mode ironique, qu’elle était vraiment une savante d’exception… aucun autre scientifique, à travers le monde et l’histoire, s’ étant vu reconnaître autant de mérites après si peu d’études.

Distinctions qu’ils se sont vite empressés (Roumanie et Pays étrangers) de retirer lors de la chute du couple Ceausescu, en décembre 1989.

Lorsque le « Conducator » s’empare des rênes du pouvoir, en 1965, son épouse se trouve brusquement hissée au rang de spécialiste émérite dans le domaine de la chimie macro-moléculaire. Selon l’un de ses collaborateurs, elle est incapable de reconnaître la formule de l’acide sulfurique (H2SO4) mais obtient un doctorat après avoir soutenu ses travaux à huis clos. Son directeur de thèse, insuffisamment coopératif, est destitué de ses fonctions.

En 2022, plusieurs scientifiques roumains ont lancé un appel afin d’obtenir que le nom d’Elena Ceaucescu soit retiré de plus d’une vingtaine d’articles et d’ouvrages scientifiques. Et que soient révoqués les titres pompeux qui lui furent décernés, y compris à l’étranger. La tâche s’annonce délicate car nombre d’institutions ne tiennent pas à ce que l’on rappelle à leur souvenir la pseudo-scientifique dont ils ont salué les compétences.

Les cibles d’une lectrice à visée