Royaume-Uni : Accusé de racisme, un livre jeunesse sème la zizanie dans l’édition britannique

Lire ou ne pas lire, certains ont choisi. L’ouvrage de la poétesse Kate Clanchy, Some Kids I Taught and What They Taught Me, a été accusé de promouvoir des stéréotypes racialisés sur les enfants. Goodreads, le réseau social de lecteurs, et Twitter, le réseau social tout court, ont servi à une vindicte contre la lauréate du prix Orwell 2019. Et en guise de chevalier blanc, un certain Philip Pullman.

Le livre paru chez Picador, aura suscité de vives réactions depuis sa sortie en avril 2019. Elle y dépeint des enfants, de jeunes noirs et des autistes, d’une manière qui en fait frémir certains. Des écrivains, comme Chimene Suleyman ou Monisah Rajesh, ont d’ailleurs été pris à parti en ligne, suite à des commentaires sur ce livre.

Pourtant, il en est un, Philip Pullman, qui n’en démord pas : président de la Society of Authors depuis 2013, il rejetait les critiques formulées. Pour lui, cet ouvrage était « humain, chaleureux, sain, généreux et bienvenu ». Mieux : il suggérait, frappant le conseil du sceau du bon sens, d’ouvrir le livre avant de l’éreinter. Et que ceux qui le condamnaient se sentiraient assurément chez eux dans les factions d’Isis ou chez les talibans.

Un mot trop dur, que l’écrivain a décidé de supprimer de Twitter, en l’accompagnant d’excuses pour ce débordement.

Il n’empêche : la SoA s’est sentie obligée d’intervenir auprès de ses membres. La présidente du comité de direction Joanne Harris et la CEO, Nicola Solomon, ont adressé un courrier pour marquer leur prise de distance vis-à-vis du président Pullman.

Ses interventions se faisaient à titre personnel, souligne le courrier, et dans son ensemble, la SoA « condamne tout type de discours raciste, haineux ou non professionnel ». Suleyman, de son côté, voyait dans cet événement une cassure dans le monde du livre, qui nécessiterait que les « écrivains et lecteurs de couleurs » auront un chemin à parcourir pour renouer.

Pullman, de son côté, s’est empressé de corriger le tir : « J’ai réagi à la hâte et j’aurais dû mettre plus de distance pour comprendre d’où cela venait. » Et dans son sillage, la Fondation Orwell, qui avait salué l’ouvrage, admet que le livre de Clanchy a pu provoquer des inquiétudes et blesser des lecteurs.

Probablement est-ce pour cela que l’éditeur a annoncé qu’une réécriture de certains passages était en cours, de concert avec l’auteure. Si la poétesse s’estimait accusée de racisme à tort, elle pointait surtout que les descriptions qu’on lui reprochait étaient sorties de leur contexte. Pour autant, elle a décidé de prendre le temps nécessaire pour intégrer les critiques formulées.

Picador, acculé par les interventions multipliées, a fini par s’investir un peu plus dans le débat : « Nous condamnons vigoureusement les tentatives ignobles d’intimidation en ligne, que bon nombre d’internautes ont exprimées. » Mais dès la semaine prochaine, un travail de réécriture sera envisagé avec la poétesse…

The Guardian