Royaume-Uni : La justice autorise l’expulsion de migrants vers un hôtel touristique de Kigali au Rwanda

La Haute Cour de Londres a donné son aval vendredi 10 juin au renvoi de 32 demandeurs d’asile vers l’Afrique de l’Est. Plusieurs associations soutenues par l’ONU ont fait appel de la décision et dénoncé une « politique illégale ».

À quelques jours des premiers départs prévus, la justice britannique a autorisé vendredi 10 juin le projet controversé du gouvernement de renvoyer au Rwanda des demandeurs d’asile, rejetant le recours d’associations de défense des droits humains. Le juge de la Haute Cour de Londres Jonathan Swift, qui examinait l’affaire en urgence, a jugé « important dans l’intérêt public que la ministre de l’Intérieur puisse mettre en œuvre des décisions de contrôle de l’immigration ».

Le gouvernement a laissé entendre que les demandeurs d’asile pourraient s’installer définitivement au Rwanda. Au Hope Hostel, à Kigali, qui se prépare à les accueillir, le gérant, a souligné que son établissement « n’est pas une prison » mais un hôtel dont les résidents seront « libres » de sortir.

Deux recours

Les plaignants, dont les associations Care4Calais et Detention Action, ont interjeté appel, qui sera entendu lundi 13 juin, à la veille d’un premier vol transportant une trentaine de demandeurs d’asile vers le pays d’Afrique de l’Est, au grand dam de l’ONU et d’associations d’aide aux réfugiés qui dénoncent une politique « illégale ». La Haute Cour doit entendre le même un autre recours, intenté par l’association d’aide aux réfugiés Asylum Aid.

Sonya Sceats, directrice générale de l’association Freedom From Torture, s’est dit « déçue » mais a souligné que le combat était « loin d’être terminé », promettant d’utiliser « tous les moyens disponibles » pour que soit abandonné ce qu’elle considère comme un « programme néocolonial ». Ce projet très décrié a aussi été dénoncé vendredi par l’opposition travailliste comme une tentative de « diversion » face aux scandales politiques affaiblissant le premier ministre Boris Johnson.

Le prince Charles a jugé en privé « consternant » le projet du gouvernement britannique de renvoyer au Rwanda des migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, rapportait samedi 11 juin le quotidien The Times, à quelques jours de premiers départs prévus. Une source a affirmé au journal l’avoir entendu plusieurs fois exprimer en privé son opposition à cette politique.

10.000 traversées illégales de la Manche

En envoyant des demandeurs d’asile à plus de 6.000 kilomètres de Londres, ce qui rappelle la politique menée par l’Australie, le gouvernement conservateur compte dissuader les traversées clandestines de la Manche, toujours plus nombreuses. Depuis le début de l’année, plus de 10.000 migrants ont traversé illégalement la Manche pour atteindre les côtes britanniques sur de petites embarcations, une hausse considérable par rapport aux années précédentes, déjà record.

Le Rwanda, dirigé par Paul Kagame depuis la fin du génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, selon l’ONU, est régulièrement accusé par des ONG de réprimer la liberté d’expression, les critiques et l’opposition politique.

Vendredi, vingt-trois ONG ont appelé les dirigeants du Commonwealth à faire pression sur le Rwanda, qui accueille à partir du 20 juin une réunion de l’organisation, pour que ce pays libère des critiques du pouvoir et permette une plus grande liberté d’expression.

« Lutte contre les gangs criminels »

Pour autant, le ministère de l’intérieur britannique s’est dit « déterminé » à mettre en œuvre son projet, martelant qu’il est « pleinement conforme au droit international et national ». Pour le porte-parole de Boris Johnson, ce plan est « la bonne approche, notamment pour lutter contre les gangs criminels qui exploitent les migrants sur les côtes françaises et les forcent à monter dans des embarcations inaptes à la navigation pour effectuer une traversée incroyablement dangereuse vers le Royaume-Uni ».

La Croix